Les toilettes blanches

« Pierre, pourriez-vous nous prêter vos jumelles ? » Claire fait le tour de l’orchestre et ne vise rien. Chaussé des montures de turfistes, je bloque sur un clarinettiste au double menton naissant et un cameraman agile. mardi est jour des Victoires de la Musique classique et l’Auditorium se trouve être le centre de la terre lyonnaise. Cérémonie agréable, inconséquente, qui deviendra vite fort appréciable après le cocktail de clôture qui suivra ses « heu, je remercie ma mère d’avoir su me doter d’oreilles ».

Perchés en bout de corde à l’hôtel Méridien, nous snobons ces modestes petits canapés sucrés pour mieux plonger dans les seaux à champagne. Nous croisons un craquant présentateur de TLM auquel je déclare ma flamme musicale : « J’aime beaucoup votre air benêt, un peu nigaud. Regardez vos pieds. Vous ne savez jamais où les mettre. » Pas de chance, le ravisseur ne saisit pas la portée déconnante de la réflexion et me rappelle ma dernière tentative : « Oui, nous nous connaissons : vous m’aviez proposé d’aller ‘baiser’ dans les toilettes, il y a peu. » Nous tournons les talons et Ours Fort apparaît vêtu de sa cravate jaune et de ce petit air coincé protocolaire. Nous insistons pour le baiser qu’il refuse en un tel lieu de bienséance. Las, nous dansons à la capucine avec Françoise : « Vous serez des nôtres, vendredi, pour la Babouche Party ? », me tient d’affection la belle dame. Évidemment, vendredi, l’Auditorium pouffe de musiques turques et d’amusements surréalistes. Le champ de foire est vaste et me replonge dans la nostalgie du bal de clôture de la Semaine Folle, il y a quelques années, à l’Opéra Bastille : lieu vaste, insolite, propice à des rencontres fabuleuses et habité par une faune bariolée. Patrice Armengau me fait don d’une superbe coiffe brodée de petits miroirs que nous filons admirer dans les toilettes en compagnie de mes surs d’un soir. Fermés à double tour dans la pièce blanche, nous rions à l’amour simulé puis retournons nous perdre dans des couloirs tenturés et braisés de faibles flammes. La scène Jungle n’encense aucune odeur d’amour et nous remontons vers la sortie de secours à La Divine Comédie. Assoiffés par une nuit qui en a dépassé les mille dernières, la backroom du club se trouve vite pillée de ses meilleures pièces. Pierre, homme de loi et de finesse, devient absent et accuse la fatigue. Une vive nuit mémorable.

Générique de faims. Mercredi, Jack de Marseille et Phunky Data electroïdent le Fish. Le spleen majestueux des Mélankolik de Bristol intellectualise le Plastic People (rue Sergent Blandan, quartier Terreaux). Jeudi, les curieux iront faire un tour au fond à droite de la rue de Thou (chut) pendant que les gays iront découvrir un nouveau Bar, Le Versus, au 17 de la rue Leynaud. Vendredi, Gus Gus Allstars s’amusent au Fish et nous avec (lire page 29). Au Monde à L’Envers, Krysalid et Stephanovitch bastonnent les tek-kids. Quand le club va-t-il arrêter ces flyers pseudo-underground faits à la main et sans aucun intérêt graphique ? Samedi, Jumping Bass au 3672 code 19.19.19 avec Yan, Max le Sale Gosse, Yellow et plus. À la Marquise, Spider convie les Latinospoters à sa Especial Salsation où Mc Rucangola et les batucadas ouvriront nos sensualités. Mardi, re-Marquise pour du hip-hop : B.O.S.S. Party avec Lady Laister, Dj James et Terror Seb.

Try the Disco-tek. Mercredi, Active Prod. s’installe dans le 2P + C pour des Oldies But Goodies hebdo attendues comme sulfureuses. Cette semaine, c’est Dj All’N qui s’y colle. Le reste du week-end, l’appartement de la rue Terme continue dans le Disco is Discount : « Le disco, c’est cheap, c’est vieux », avertit le flyer. Pas tout à fait d’accord mais cela promet d’être drôle.

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