Dégorgement de chaleurs

Mercredi, l’Institut Lumière réduit son écran pour La Cinquième et son reportage fleuve sur notre belle et internationale ville. Les petits plats sont mis dans les grands reportages et nous chargeons Xavier de visionner l’affaire : « Là, c’était le cliché frontal entre des gens d’Ainay et de la Croix-Rousse », résume le web-journaliste. Les fourchettes crochetées dans le requin mitonné par La Minaudière et Philippe Chavent, Pascaline nous narre avec passion la rocambolesque histoire d’un noble italien et d’une jeune héritière (frigide, il semblerait) de la maison à coudre Singer à rendre un Stéphane Bern fou de jalousie.


Claire s’en va tenter des public-relations étranges : « Oui, d’accord, c’est une fashion-victim sans aucun goût mais elle est gentille », se défend ma compagne. Nous grelottons aussitôt sous le hangar et reniflons des thèses politiques et de métissages avec Farid : « Le délit de faciès existe certainement plus à Lyon qu’ailleurs, j’ai l’impression. As-tu vu une seule boîte de raï avec pignon sur rue ici ? » Effectivement, si quelques restaurants se parent de rythmes orientaux pour couvrir le bruit des assiettes, si une poignée de bars « communautaires » s’enterrent dans leurs sous-sols pour finir la nuit en noctambules clandestins, Lyon ne brille pas pour ses boîtes maghrébines. jeudi, Claire insiste pour fêter le printemps à L’Escalier et m’assure de la présence de la merveilleuse Françoise qui déclarera forfait avant notre arrivée. Le bar est fiévreux, Primabella en sourire et son homme excité : « On a chassé sur le Net hier soir. Le deal était que le mec sonne à la porte à poil, prêt à baiser. On n’y croyait pas trop. Il est venu et a lâché ses fringues dans le sas commun », rigole le gaillard. Plus tard, nous faisons grimper le taux d’alcool réchauffant nos veines à l’United Café, temple de la pintade élevée au grain de la ferme. Le très fragile Stéphane C., en compagnie d’un téléprésentateur touché par le syndrome Laurent Boyer (« je tutoie tout le monde, c’est mon côté star-system, microcosme«  ») semble décontracté mais toujours peu sensible à ma drague maladroite et directe. Guillaume, séducteur définitif, m’explique qu’avec ce type de jeune homme, « il faut la jouer en finesse ». Tant pis. Tant pis également pour la Fireball du lendemain où la fatigue me retient dans un lit de solitaire. samedi, la tournée des bars gays n’est que musiques de supermarché, délires de drogués au sexe facile et long échange avec Ours Fort à qui je m’efforce, sans espoir, d’expliquer « qu’il n’est pas judicieux de pacser avec des établissements nocturnes basiquement étrangers à l’idée que l’on peut avoir d’une vraie fête : métissée, populaire et généreuse ». L’eurodance le rend sourd et il m’embrasse tel un homme politique conservateur. En appartement, le poste lâche une interview d’un triste rugbyman expliquant la défaite de son équipe dimanche après-midi : « Il y a eu aussi un problème avec cette nouvelle chaleur dans le stade : nous n’avons pas assez dégorgé. »

Accordez vos volants. Samedi, la Maison de la Danse sort les fanions tricolores et la rosette qui graisse les doigts pour le Bal dingue d’Yvette Horner. Ce sera certainement plus chic, bien que déconnant, mais pas moins que la sortie nocturne de la semaine.

Bladedancers are repliquants. Mercredi, Le Monde à l’Envers fait sa Luluterie avec Lululala, P. Moore, Bastouille, Strat et St Jean. Jeudi, le ghetto house se niche à L’Ambassade pour une Brooklyn Boogie. À L’Élément (25, rue Saint-Georges), Flore gravite autour de la drum’n bass. Au 12, quai Saint-Antoine, c’est le hip-hop de Didydee et Evok qui prend l’assaut du Studio. Vendredi, dans le cadre des Inouïes, Asian Dub Foundation se gonfle du Natty Bass Sound Sys. et K-Reem au Transbordeur. À fréquenter, le corps bien vitaminé. Le Monde à l’Envers invite les sudistes Rykk’s, Sandy et Juan Pedrox. Samedi, Ultimate Techno au Space avec Dany, Fury et JPS pendant que la New Eden Party de Madcap et ses amis programment les sonorités d’Europe centrale de Malossol au Bart (16, rue Romarin, quartier Terreaux). Dimanche, Factory au Fridge avec Vas des brillants Kojak. Mercredi, Oldies But Goodies contine au 2P + C avec dj All’N.

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