Summary (retroconcessions estivales)

Au commencement de juillet, assis sur le fauteuil au milieu du salon, le parquet en champ de boîtes de cd ouvertes, j’engage ma petite déprime de chroniqueur en vacances. A Dream de Lou Reed et John Cale étire l’air ambiant et tourne en « repeat » plusieurs heures jusqu’à me poser sur un petit nuage gris en basse altitude.


Les deux mois à venir me sortiront vite de cette apesanteur glandouillarde : Claire et Le Guilloux m’embarquent pour Jazz à Vienne un soir de pluie en juillet. Pierre Budimir nous dorlote de panchos à effet de serre, petites gouttes à mettre dans le ventre et privilège d’assister en backstage à un concert lumineux de Medeski Marin And Wood : trio new-yorkais de jazz électro-taré où un frisson d’extase me gagne lorsque les musiciens font corps avec leur instrument, ou plutôt, lorsque je ne distingue plus qui de l’instrument ou de l’artiste produit autant de bonheur. Toujours juillet, Julien-Justin se frotte aux nuits du Dark’s en ne cessant de pousser des « J’adoorre ! » de jeune premier en cours à un probable Fashion-Victim Center. Alors qu’il prétend qu’ » Olivier Malnuit de Technikart adoore se faire des étudiants », je l’arrête net : « Pas moi : ils sont bêtes et ne savent pas sucer, ou alors avec les dents ». Quelques jours plus tard, toujours dans ce même club (en passe de devenir le plus excitant de la ville), Marc Chabert refuse l’autocollant de la love-contact du soir et concède que le lieu est voué à s’agrandir, « étant propriétaire du sol au plafond ». « De la backroom au plafond », rectifiè-je. Cette même backroom qui sera le lieu de visites multiples tout l’été en compagnie de Christophe B. et Primabella. Dans ce sous-sol bucolique du bien-être, Jérôme L. se retrouve nu à cracher des « J’espère que tu ne t’es pas branlé aujourd’hui », ou « J’aime l’odeur de ta queue ». Au 14 juillet, la Caserne de Saint Louis donne son bal dans ses hangars. Occasion pour Laconque de fondre d’admiration sous le nec plus sexy, Christophe B.. Nous clignons des paupières dans le bar des pompiers où le champagne coule à grands jets au milieu de divorcées choucroutées en jupes à volants espagnoles, et faux-pompiers (mais vrais gays) trop heureux de côtoyer leurs modèles fantasmés. Le mois s’achève dans une série de bains de nuit chez Laconque sous perfusion de Vodka, Champagne, barbecue de poissons et squat intégral du poolhouse : Claire y jettera sa perruque coiffée-colorée version Cher, Ange nous proposera un plan à trois inabouti, Christophe apprendra le « clitoridien ». Le « clitoridien » est un pur produit de l’été. Il consiste, pour un gay, à s’aventurer dans les cuisses des jeunes filles juste pour le fun. Il donnera lieu à une longue nuit de débats chez Marie-Eve où, en même temps, nous tordrons le coup à ces stupides « hype », « tendance » ou « lounge », que les paysans urbains affectionnent actuellement : « Employons plutôt « à la mode », « au goût du jour » ou « en vogue » » » snobe justement Claire en pleine embrouille avec Mezzont, son amant secret depuis le printemps. Ma Princesse m’embarque pour Henri Salvador aux Nuits de Fourvière qui vaut, en concert, ce que vaut son dernier album : tranquille. Un crochet par le Village de la colline nous fera vite fuir : encravatés affamés (oups, Jacques Haffner au buffet des desserts) et quelques happy-fews égarés. À l’invitation de Françoise, Pierre Le Magnifique et Fred. D, nous passons un week-end à la campagne dans la ferme des deux amours. Claire trépigne dans le train à l’idée de revoir Patrice Armangau, à en avoir oublié ses raquettes de Badmington. Dans la chaumière, nous nous attablons sous le préau et dégustons vins et jambon fondant et caramélisé cuit au feu de bois par Fred.D. Patrice Béghain prend Claire par le bras et insiste pour nous marier ensemble alors qu’elle le couvre de faux-titres « Monseigneur », « Monsieur Le Ministre ». Un présumé acteur lance des horreurs («  »C’est de bon goût », « Très intéressant, le travail de » ») à me donner la rage et à tenter de sabrer la bonne tenue du souper. Alors que Tornon me fait la cour, Luis et Claire se rapprochent pour former un majestueux couple de snobisme haut de gamme. Après une sortie en tracteur à 2h du matin, trois sur l’engin et une dizaine dans la benne arrière à glousser comme des gosses tout en biberonnant du champagne et se bombant de crème chantilly, la nuit nous assouplit et le dimanche se fait bronzette et lecture de Voici et autres Paris Match sous les caresses de Tornon. Week-end définitivement gravé dans la case mémoire. Autre fin de semaine, autre ambiance : Mi-aôut, Cécile nous convie à son anniversaire où Fred De B. finira la nuit nu sous le poolhouse à se gratter la queue devant une tablée, Samuel en costume noir debout dans le bassin pour boire le lendemain matin des Martini blanc travesti en Samantha : boucles d’oreilles rubis et soutien-gorge de Laconque sur ses seins, il-elle se lamente : « Je veux mourir. Je veux mourir. J’ai tout essayé même la tête dans le barbecue au gaz ». Nous roulerons la fin du jour dans l’acidité de verres de rosé en écoutant l’album de l’été (Felix Da HousecatKittenz and the Glitz) et son Madame Hollywood sussuré par Miss Kittin. Fermez les paupières.

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