Je n’ai jamais rien vu, je n’ai jamais rien vu d’aussi haut, c’est haut

Mardi 11, un hélicoptère survole la place Bellecour en plein boum des sorties de bureaux. Quoique habitué à mater son droit chemin bien horizontal, chacun lève les yeux vers le ciel à l’affût d’une invasion globale et improbable de Boeing destructeurs. Au Comptoir Sainte-Hélène (place Gailleton, quartier Bellecour), Claire n’a pas envie de plaisanter : « Ce qui vient de se passer est humainement terrifiant. »

Plus tôt, en plus lunaire, dj Arnie s’écroulait sur le portable : « New York sans ses Twin ne sera plus jamais la même. C’était les plus beaux gratte-ciel du monde : ceux sur lesquels King Kong était perché dans sa version ciné de 1976 ; ceux où S-Express tournait son clip pour Superfly Guy« . À la Maison de la Danse, l’ouverture de la saison se joue dans le magnétique avec la première du circonstanciel Sabotage Baby de Ohad Naharin et la Batsheva Dance Company. Les danseurs humanoïdes s’aimantent sur la scène et tentent, au fil des différents tableaux, de s’extirper de leur basse condition de robotiques machines qui se larvent sur une musique industrielle et stridente. Sombre et poétique, la représentation froisse sensiblement ma paroi cardiaque. Peu d’enthousiasme au cocktail suivant où Jean-Paul Brunet virevolte avec sa petite besace d’éternel bel ado, Claire discute Lyonpassionnement.com avec Julien Berthet alors que Heidi s’enfuit, à peine une coupe vidée. Clignez des paupières. Jeudi, François Kanardo m’invite à le rejoindre à la Galerie Néon pour une installation « Cosmétique » sans grand intérêt mais qui a dû ravir quelques beaux-hardeux présumés artistes. Au Mushi-Mushi, nous plongeons une sucette dans des cristaux de sucre et faisons frire notre bouche sous l’éclat de fraise industrielle. Un bonbon Pez plus loin, nous soupons à l’adorable Koutoubia (rue Hippolyte-Flandrin, quartier Terreaux) avant de cligner des paupières, un verre de thé à la menthe renversé. Vendredi, le Ninkasi Kao fait pression, dans sa distillerie, sur son quatrième anniversaire. Christophe Fargier épate d’assurance (le garçon bafouillait un petit peu l’an dernier pour l’ouverture du Kao) devant Gérard Collomb et Jean-Pierre Flaconnèche. Quatre verres à la santé du lieu (et à mes 31 ans tombés) et nous traversons le Kafé qui plafonne les boules luisantes de Ellie et Jérôme pour courir un before au Cap Opéra transformé en plage d’Ibiza. Nous traînons quelques grains de sable jusqu’au Dark’s en petite forme avant qu’Arnie s’échappe et que Pascal m’embarque au Medley. Sur un Tainted Love de Soft Cell (remixé 1983 et des poussières), je frotte direct un Alain peu farouche et obtiens, en deux caresses, mon cadeau d’anniversaire sexuel. Clignez des paupières. Samedi, Laconque m’offre un radeau de sable gris dans lequel surnage deux galets gravés « YOU » et « LOVE » : « Tu peux les disposer en ‘You Love’ ou ‘Love You’. Au choix », me sourit l’amoureuse. Au Mushi, Kamel me kidnappe coiffé d’un turban afghan orangé et crie : « Je l’ai ! Je l’ai ! ». Christelle Kanardo taxe mon couvre-chef de provocation pendant que Fred de B. insiste pour nous montrer un tour de magie. Le fishburger de Laconque en poche, le peintre s’amuse (« Promis, dès que je rentre chez moi, je le mets dans un aquarium ») et s’allonge à plat-ventre entre deux tables afin que son chien, Loana, lui saute dessus. Plus tard à La Marquise, Mandrax initie le dancefloor aux torsions de beats electro à la mode dans un mix plus que réussi. Hubert Lafferrière (qui est au nightclubbing flamboyant ce que Marco de Lyonpoupoules.com (mercial) est aux mondanités locales) s’échappe cheveux au vent et nous dégoulinons de margarita. Christelle Kanardo finit drunky devant Nasser et la paire de beaux gosses, Antoine et Julien. Nous poussons hors des flots une paire irlando-américaine avide de toujours plus à boire et fermez les paupières.

Rentrée des clubs (2). L’activisme gay continue. À l’instar du Dark’s Klub, bientôt majeur dans le paysage nocturne lyonnais, le Cap Opéra inaugure des apéros mix tous les jeudis. Enfin finis les pousseurs de cd-deux titres cheap’n’cheesy et à la traîne de ce que les établissements « hétéros » proposent depuis des lustres. Presque fini. Car si des efforts sont faits pour une musicalité un peu plus avant-coureuse, les djs résidents des clubs gays vous font friser la dépression nerveuse (circa la calamité des « sets » du Régis au Dark’s). Côté « soirées mensuelles mainstream et hardhouse », Factory continue au Fridge sous la baguette de David Vincent (le retour) et Enjoy s’installe au Transbordeur pour des gay-festen gargantuesques (première le 21 octobre). Pour ceux qui aimaient avoir le tee-shirt mouillé par la transpiration, Le Medley est enfin climatisé et promet nuits qui sentent toujours autant le sexe et la musique d’antan. La Jungle se paye, les dimanches matin, l’after le plus hardsex de la ville.

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