Le présent te ment

Jeudi marque la reprise effective de la post-période de fin d’année. Tous en sortie. La Galerie Houg prête sa Red Room à la collection privée de Jérôme Vital-Durand. Accompagné du peintre terrien et sexy Philippe Moncorgé, nous buvons le projet du collectionneur pour un Hôtel-Dieu « au quai recouvert de verdure jusqu’aux berges du Rhône. Des galeries d’Art, restaurants, une crèche pour les touristes » à nous faire rêver.

Une coupe sur belles toiles nous rapprochent d’un autre vernissage plus bruyant et mondain, moins bourgeois. Le Rectangle ouvre l’exposition de Gérard Traquandi sur de grands tableaux bleutés dont j’oublie la froideur en jouant au lâché des « bonsoir, ça va ? » plus ou moins sincères. Christophe Montfort, en phase de débronzage montagnard, annonce l’arrêt de sa collaboration avec l’Auditorium. Denis Trouxe avance toujours une main conventionnelle et sèche alors que son successeur Patrice Béghain me gifle d’un « vous faites les vernissages d’art maintenant ? ». Carla et Z2 nous attrapent afin de se déguinder à la Galerie Tator et son exposition alternative Sidesonic de Matali Crasset. Un boomer en plastique gonflable jaune poussin crépite de beats électro devant une pyramide rose désaxée, ovni à classer entre le radeau pour voyage psychédélique et le landau pour adultes inactifs. Étudiants aux Beaux-Arts aspirent gobelets de rouge, expirent un brouillard de fumée et s’essaient aux discussions présumées engagées. Je chasse quelques turbulents pour une suite nocturne plus libérée. Dans la rue, nous attaquons un Antonin inconnu qui patiente à l’interphone d’un immeuble. Son allure de jeune homme « début du siècle » me plaît autant qu’elle amuse Agnès (« il est tout mignon, le petit »). L’échevelée en jupe-culotte roule sa provocation (« Les mecs me prennent soit pour la gentille fille à pds, soit pour une transsexuelle ») avant de montrer ses seins au Comptoir Saint-Hélène où Jean-René frise la crise de nerfs devant notre agitation à faire valser les verres à vin. Gaelle Communal, ultra- » vavavoum » en robe blanche à plumes, et Jérôme d’Art Canut se sauvent sur leur scooter puis notre groupe explose à en perdre Carla. Au Bastringue, sur un plateau de fromage et charcuterie allégé par un Busy Line sirupeux de Rose Murphy, Philippe M. avance que « l’amour ne dure que par la totale liberté que tu donnes à autrui ». Je prolonge : « la liberté de l’autre, c’est uniquement ne pas projeter ses propres merdes sur lui, c’est la tranquillité de soi » alors que Marie-Chantal s’énerve au portable : « Vous avez dix minutes pour nous rejoindre à La Ruche« . Au bar, tout en classique, Julien-Justin ne se libère toujours pas de ses « j’adooorre ». Marie-Chantal aguiche tous les clients («  »Rodgers, enfin Roger, il a voulu me piquer ma coupette » »), le serveur («  »Frédérique !!!! », en hystérique, « Il a l’air li-bi-di-neux », la moue en dégoût) pour finir par bécoter un bellâtre à l’United Café. Nous clignons des paupières devant Laurent Radix recouvrant de neige synthétique Florent de La Table d’Hyppolite, en surchauffe et allongé au milieu du dancefloor. Vendredi, Rue Royale Architectes commet la première belle fête de l’année et se moque des castes : Sophie Descroix (M6), Anne et Pierre Obrecht, Gilles Buna, Christophe B. et Primabella, Jean-Pierre Bouchard, Paul Satis (TLM) au bras de Philippe Chaslot, Helena et Gregoire Roche, Gaelle qui sort son Eric « sympathique » Thouvenel de cousin, Elie et Jérôme d’Art Canut, Emma et Alain Turgeon, Carla, Vincent Carry (Lyon Poche), Jean-Luc du Vertubleu et tous les borderliners de la ville se brassent dans un carré d’expos authentiques et belles (les photos de nus « boisés » d’Olga Mansilla, la pièce rouge en courbes et lumières des Art Canut ou les dizaines de papillons plombés dans la cour de l’immeuble). Laconque me fait sortir de ce brillant événement et je me retourne une dernière fois sur l’installation grandeur nature de Laurent Vailler : une image en livre-relief pour enfant où Fred de Boccard fait face à un coucher de soleil rougeoyant, son chien assis à ses côtés et tenu en laisse par une guirlande électrique. Un petit effet Forrest Gump, une immensité de poésie naïve. Au Mushi-Mushi, Laconque s’épanche en mangeuse d’homme sur Kamel alors que j’attire un Benjamin, curieux anglais de 1m95 aux yeux doux et à l’accent exotique qui « ne joue pas dans la même équipe » (présumé hétéro). Nous l’embarquons pour fermer un Funambule heureux et transpirant d’afro beats et clignons des paupières au Medley où la beauté de Benjamin fera tourner les yeux de Line et des effrontés Pascal et Laurent. Samedi, ce ne sont ni les caprices de Sylvain assis sur le comptoir de Tombé du Ciel, ni le regard joueur de Carla ou encore mon entrejambage imprévu de Philippe M. et Marie-Charlotte toujours en survolt (« Demain, on va à la messe et à midi, je fais une purée maison. Cette nuit, on partouze »), ni l’invitation à un dimanche à la campagne (« très Philippe M. » selon Julien-Justin) qui me relèvera de cette jolie semaine. Fermez les paupières.

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