Lyon is sleepin, my bed is burnin

« Tu fais de plus en plus de sorties culturelles et moins de pures nuits » observaient David du Modern Art Café et Ange à La Marquise, il y a quelques beuveries d’ici. Usé, blasé par les dancefloors ? Plutôt en attente. Depuis un an, la ville s’est recroquevillée sur les acquis nocturnes excitants de ces cinq dernières années.


Certains patrons d’établissements diront que « depuis le 11 septembre, ce n’est effectivement pas la joie » mais l’excuse est un peu légère. La destruction des Twins ne marque finalement qu’une nouvelle fin de période de croissance à haut débit d’Audi TT, carte Am Ex et robe Miu Mui. Si la nuit se porte mieux en temps de prospérité économique que lorsque la crise rend honteux le bourgeois à flamber, elle se nourrit également des phénomènes de société. Enfin, et l’important, ce qui fait bouger un clubber restera à jamais son corps : un « Dis-moi comment tu bouges ton cul et je te dirais ce que tu vis ». Deux événements (certains s’aventureront à y voir une cause à effet) ont posé les bases du clubbing de ces 20 dernières années : le Sida et la House-music, tout deux apparus dans les eighties. La peste niquait l’hédonisme du mouvement disco pendant que l’électro ouvrait de nouvelles pistes à danser et innovait avec des raves surextasiées et une musique hallucinogène. C’était le début de la bataille club-culture versus dj-culture qui sera rapidement gagnée par la seconde dans un élan « dansons en évitant la mort ». Aujourd’hui, ces deux socles frein-moteur de la nuit vacillent. Le cul se libère avec parfois beaucoup d’ignorance et la House Nation s’est docilement offerte à l’Universal System en y laissant son âme pour revêtir celle des commerciaux biberonnés au marketing rock chargés de la vendre. Les djs sont devenus stars, ennuyeux, fiers et très lointains du festif des warehouse parties originelles. Alors pour passer le temps, certains ressortent les pantoufles et nous font gober du lounge à tous les étages comme l’easy-listening qui pousse notre chariot dans les linéaires du supermarché. Sans saveur. Lyon, petite fainéante, adore. Nombre de lieux ont fleuri avec concepts et décos (le dj placé entre la plante verte et le chandelier). « Assieds-toi et bois çà » pour tous. Même si cette débauche de First, Bus Café, Café Cuba, àKGB, Lolo Quoi et consorts apportent un coup de neuf et de présumé chic à la ville, la déception saute à la gorge dans ce qu’ils véhiculent tous : l’ennui, un « chez-soi dehors » et l’embourgeoisement creux. Certains (clients ou médias) s’imaginent que ces bars et clubs sont « branchés » voire « people ». Je ne partage pas cette définition du mot « branché » et continue à jouer mon trip « donneur de leçon » : quel intérêt de vivre en ville si ce qu’on vit ressemble à l’étroitesse d’esprit des ruraux ? Le « hip » n’est-il pas fondamentalement urbain ? Les boîtes à baises ; les fous qui cassent des verres au comptoir ; les mélanges de personnalités, de genres ; les putes ; la dope ; la musique qui dérange ; l’inconnu ; la surprise. Tout ce qu’un paysan ou un bourgeois refuse d’approcher, ou pire, regarde en voyeur frustré. J’adore ma ville. Elle est belle dans ce que chaque traversée de fleuve me fait enjamber un univers différent. Elle m’agace lorsqu’elle joue la petite fille provinciale, pardon, paysanne. Pessimiste ou aigri ? Non, juste dans l’attente que les activistes sortent du buisson ; qu’ils ne copient pas la capitale pour faire « branché-bourgeois » ; qu’ils inventent au lieu de suivre ; qu’ils mettent un contenu vavavoum dans leur boite-à-musique en acajou où la poupée est trop bien habillée et tourne toujours pareil. Où est la relève ? (Chez François Bayrou. Je plaisante mais mon premier vote sera pour lui : ça n’engage à rien). D’Allemagne avec une ré-invention de la musique à danser. D’Espagne avec ce braincreating permanent capable de développer des lieux qui détonnent. De Belgique pour l’art mis au quotidien du buveur. De Lyon ? Le printemps à venir pourrait réveiller la somnolence actuelle avec une souplesse prévue pour la sortie des tables en terrasse et l’esprit d’ouverture supposée de la municipalité dans les initiatives des associations ou établissements. À Patrice Béghain : « Patrice, vous organisez un grand bal à la piscine du Rhône ? Je veux bien tenir le bar ». Enfin, j’oubliais le fabuleux projet d’un complexe nocturne au Confluent. Aspirateur à touristes ? Videur des embarrassants clubs du quai de Saône bouchonné ? Somnifères pour le centre ville ? Je reste toujours perplexe face à ce projet lorsque je parcours les nuits du dimanche au mercredi dans les rues de la ville désertées. Pourquoi construire ailleurs ce qu’on n’a pas abouti au sein de la ville ? La quiétude des riverains ? Bah, fermez les paupières.

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