Ces négatifs cérébraux

Brève morosité, mercredi, au Modern Art Café lors du vernissage des photographies en saturation chromatique et superpositions technologiques-naturalistes de Claudine Sauvinet. L’air tiède du printemps me découpe le cerveau. Pensées, en équilibre précaire sur la lame d’un rasoir, prêtes à basculer dans la petite déprime corsetée par les multicouches protectrices de la fin d’hiver ou dans la légèreté de cette nouvelle saison où l’on range les cols roulés pour se découvrir, le corps presqu’à nu.


Étrange passage. Julien-Justin s’amuse de mon prochain vote centriste (« Viendrez-vous, demain, à la Brasserie Georges ? ») avant que Carla ne pousse une chaise en terrasse et roule sa clavicule opérée : « Ils m’ont mis une plaque en fer et tout bien recousu. Maintenant, je peux servir de porte-magnets comme sur vos frigos ». Super Pénélope et Marie-Eve partagent le casque du lecteur cd portable et grimacent à l’écoute du premier morceau de L’Enfer Tiède de Programme (Lithium/Virgin). « C’est la dépression assurée, si tu te passes ça un soir où tu n’es pas très bien » font raccord les deux jeunes femmes. Pourtant, je cligne des paupières sur le déglingué Et la Vie Disparaît : « Et plus on se rapproche, plus c’est flou. Et plus on se raisonne, plus c’est fou. Et plus on se raccroche, plus c’est mou ». jeudi, l’avant-première d’Et Si On Parlait d’Amour débobine quatre portraits de sexualités particulières au cinéma Ambiance. Sous découvert de libération des murs, le film documentaire de Daniel Karlin révèle des personnalités qui ont toutes en commun de dégommer le bien-baisant afin de composer leur besoin d’amour dans un singulier, à mille lieux du vulgaire et tout près des handicapés relationnels que nous sommes tous. Le film est beau parce que plus optimiste sur notre capacité à inventer une forme d’amour inédite plutôt qu’à photocopier crâdement le gentil couple qui s’échappe par procréation de sa stérilité. Salle close, Chatte Rouge, personnage du projet, sourit et me touche d’un baiser interrogatif. « C’est touchant et pur » monte à ma gorge. À l’after organisé à Tombé du Ciel, le quatuor intervenant dans la sex-party de Chatte Rouge me congratule : « Ton «  »Banane en bouche ne fait pas queue sortir » est devenu une de nos expressions favorites » (circa les environnants du tournage auquel Z2 et moi avions drunky poussés nos corps entre le carrelage et la chaîne hi-fi boostée au Rollin & Scratchin de Daft Punk). Philippe Moncorgé et Marie-Charlotte témoignent d’un perfect love dans leurs souvenirs d’expo à Seattle alors que Z2 me fixe : « Tu regardes toujours au-dessus de mon épaule : tu ne m’aimes plus ». S’ensuit des échanges journalo-journaleux entre Géraldine, François MyTV, Jean-Olivier Arfeuillière et Guillaume : « Guillaume va te remplacer dans Nuits Mobiles. T’es viré ! » (Directeur de publication). « Je n’ai rien compris à ton dernier papier » (Guillaume) et autres vacheries à me faire douter. Douter. Sans le doute, où est la vie ? Douter me prouve que j’existe, que j’engage ma vie dans le risque, la prise de chemins, dans l’erreur possible. Géraldine en rajoute un verre à l’United Café : « Allez, je te propose une rubrique Resto-clubbing. Un deux en un » séduit-elle Jean-Olivier. Clignez des paupières. Tête de gamin vicieux, les yeux fixant une DV qui s’autoprojette sur un frigo, le mari fantasmé de Lolo Ferrari serre des genoux à la première de Je Suis Le Mari De aux Subsistances. Nouvel handicapé de la vie qui passe son temps à « avoir la trique » et « s’astiquer » et nous replonge dans un bain ftal avant de nous faire biberonner les gros seins à Lolo. Tendre et régressif malgré la lenteur narrative de la dernière demi-heure. « Ennuyeux et, en plus, je ne supporte pas Johnny Halliday » s’écorche Cricri au drink post-event. Pierre Le Magnifique et Fred bisent Françoise Rey avant de s’échapper. Nous flashgordons au Mushi-MushiLaconque joue au chat avec Kamel et à la souris avec Cricri, torturé par la Raison. Je m’aventure à l’imagerie, celle où notre boîte crânienne fonctionne plus par images que par raisonnements lorsque notre vécu remonte par crachats de photos instantanées plus que par idéaux structurés. Après un dub de « Where’s The Party ? » par Madonna au milieu d’un Funambule excitant, Cricri cligne des paupières au Medley sur une danse ringo-rigolo partagée avec Laconque. « Tiens, un pot de Yaourt qui danse » double, samedi, un invité de la Demy Party privée de Super Pénélope et Julien Micro P. lorsque Catherine Deneuve s’incruste dans Les Demoiselles de Rochefort. Entre bonbons acidulés et films pastelisés, l’hallucinogène nous tord de fous rires sur les bottines blanches et les pantalons moule-cul des acteurs. Les yeux perturbés, je ramasse un pimpo au Medley et ferme les paupières (pour Jean-Alain Fonlupt de Lyon Poche, toujours curieux de ma fin musicale) en enculade sur A Samouraï In Automn des Pet Shop Boys.

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