Les paillettes nous brûleront les yeux

Il y a des nuits que l’on préférerait passer enfermer dans un Loft lobo-atomiseur de pensées. A l’abri de la gorge qui se noue férocement. Loin de ce trébuchement manifeste de la mémoire et des idéaux « clean ». dimanche efface une semaine de sorties telle la pile saline vissé dans le cerveau de l’électeur irresponsable (ou absent) qui coupe son énergie vital et le fait jouer avec des allumettes dans un bois vert mais sec, les doigts de son feuillage croisés sur un ciel pas complètement bleu.


Le finish pixellisé sur l’écran TV d’un Le Pen versus Chirac me pousse dans la rue dès 23h entouré d’anarchistes, de militants politisés et de révoltés spontanés. Le Pen est leur ennemi. Le Pen n’est pas mon seul ennemi. 40% de mobilisés par la peur des autres (pour les seuls chiraquiens sécuritaires et fachos à visages honteusement découverts) pour 100% de touchés (ou pourraient l’être) par la peur générale. Au milieu, je doute encore et toujours. Ma vie est dense, amoureuse de l’autre et riche des surprenantes rencontres vécues à coeur ouvert. Que se passe-t-il ? Suis-je borgne ? Suis-je un infâme privilégié qui danse sur la tête de ceux qui souffrent ? Un déconnecté du réel, un con niqué par l’irréel ? Voilà où ça fait mal : l’irréel vendu comme du super-réel. Les paillettes nous brûleront les yeux. Le voleur de sac-à-main à chaque coin de rue en reportages filmés et ressassés à éblouir et appuyer sur la gâchette du vote sécuritaire. La boîte à cul, dôme des plaisirs où la chair n’est que matière et la sensibilité anéantie. La culture formatée « bien-pensante » et élevée au rang du « bon goût » exclusif. Tout ce qui m’entoure ne semble générer que frustrations par isolement comme si chacun rêvait de toucher physiquement son voisin, de l’aimer et que, dès sa naissance, la société lui imposait la distance par méfiance. Un « Je crève d’envie de te toucher pour te connaître et t’aimer mais finalement j’agresse ton corps parce que l’on ne m’a appris que ça ». Mon malaise est là. Les hommes politiques ne sont pas les uniques responsables de cette lente et dégoulinante déconfiture sociale, relationnelle. Médias, sommes-nous encore porteurs d’idées humanistes, d’engagements, d’informations non centrées sur le vendeur scandaleux et rude ? (A regarder TF1, on se dit que notre présumé pouvoir médiatique pue atrocement de la gueule). L’industrialisation de nos supports (télé, web, presse payante ou gratuite), la précarité de nos emplois, nous machinent-elles en scribes obéissants, commerciaux soumis à la World Compagny, fournisseur officiel de notre matière à écrire ? Pire, notre reconnaissance journalistique doit-elle nous placer en survivants cyniques qui s’accrochent à un microcosme politico-culturel ceinturé de strass et petites frimes ? Où est la pensée ? Où sont nos idées ? Qu’échangeons-nous de sensible à chaque article, édito ou reportage ? Peut-on avoir le culot de conspuer de véritables idées, mêmes extrémistes, lorsque caste politique et médias ne vendent que de la communication en boîte stérilisée ? Certains se disent amusés («  »Très cul… léger. » ») voire incrédules («  »tu inventes tout, non ? » ») lorsqu’il lisent Nuits Mobiles. Cela me blesse souvent. Pourtant l’espace de liberté que ce journal m’offre est cher et rare. Ma démarche politique est toujours présente qu’elle soit incomprise ou cachée par mes maladresses rédactionnelles : approcher l’humain, faire toucher l’inconnu, traverser des milieux socio-cul-turels en cohabitation paisible, frôler le mal-être, jouer avec mes doigts sur la peau de l’autre, l’énerver, le caresser, l’éprouver. Tenter de montrer que nous vivons dans une ville des multiples possibles, que nos yeux brillent d’excitation ou d’émerveillement face à la diversité et se mouillent encore face à l’adversité ou la simple difficulté d’être ou de devenir un être. Fermez les paupières.

Nu.Mo. (Courts-lettrages). Petit tour de manivelle sur ce qui arrive ici, partout et ailleurs. Ce mercredi 17 à 20h30, Le Radiant ouvrira le rideau d’un Cravate Club avec Charles Berling et Edouard Baer. Clap. Vendredi 26 et samedi 27, le Britannicuts (adaptation de Racine par Olivier Rey) tournera sur quatre écrans au Théâtre Du Point du Jour. Plusieurs séances (nocturne à 21h30) de cette « performance vidéo-théâtrale » à checker au 04 78 15 01 80. Clap. Dimanche 28 avril, Nicolas Stifter fera ses adieux à la direction artistique de La Marquise lors d’un grand barbecue privé et brûlant. Clap. Le même soir, « Chérie » Line du Medley sortira les costumes et le tourne-disque pour un grand show transformiste : « Chantal Goya sera là… enfin, presque ». Clap. Le 25 mai, après un concert pour happy few aux Subsistances l’an dernier, Programme revient nous fracasser la tête au Pez-Ner. Vital. Clap de faim.

0 comments on “Les paillettes nous brûleront les yeuxAdd yours →

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*