Démocrades

Lundi 22, Christophe B. brandit un mégaphone sur les marches de l’Hôtel de Ville. Maladroit et auteur d’un discours humaniste brouillon, il n’active guère les 500 jeunes paumés et autres ultra-politisés tournés vers lui. Foule impatiente d’hurler à l’appel radical, simpliste et invariablement monté en pancarte depuis l’apparition du National (Front) Socialisme : « Le Pen Dehors ».


L’individu est souvent bête, la masse l’est toujours. La semaine défile dans de longues discussions politiques à se griller le cerveau d’idéaux fumeux et à écraser ses mégots sur le cendrier des seules réflexions pour courir dans l’action. A Koutoubia, Claire, Mon Épouse et Cricri me convainquent que je ne peux me soustraire au vote « C.h.i.r.a.c » le 5 mai. Sic ! Ralliement contraint à leurs arguments pour défendre une démocratie dont le baromètre politique vient de caler son aiguille entre la droite dure et son extrême butoir. Ainsi, mardi, au Café Jules, naît Survie 2002 (www.ifrance.com/survie2002) en formation avec Super Pénélope et Marie-Êve : voter avec des gants blancs pour Chirac et les adresser ensuite (bulletin de Le Pen joint à l’enveloppe) à Monsieur Le Président de La République, Palais de L’Élysée, Paris. Cricri hurle au téléphone : « Il faut en discuter ! Ne pas faire n’importe quoi. Le vote n’est pas un folklore ! ». Trop tard, nous partons avec Lucas pour une séance photo « mode d’emploi » : urne, bulletin, gants et pince à linge sur le nez. « Dépêches-toi ! Cela fait très mal ! » grimace mon complice le nez bouché devant l’objectif. Clignez des paupières. Mercredi, à la Fédération du Parti Socialiste, nous prenons le pou de ses militants. Il y a dans le discours de ces jeunes socialistes une forme d’arrogance, de « je sais tout et vous êtes des veaux ». Au débat sur « la gauche doit-elle se repositionner ? Plus à gauche pour contrebalancer les droites ? » se greffe un caméraman de M6. Le chasseur d’images dont le sujet du jour tourne autour de « l’afflux de nouveaux adhérents au PS » bloque son viseur sur ma tempe avec insistance : « Vous venez adhérer ? ». Une secrétaire de la fédération : « Non, je note ses coordonnées. C’est juste un sympathisant ». le charonniard, béta-flingue à l’épaule : « Vous êtes sûr de ne pas vouloir adhérer ? »… presque certain que la simple vision de sa caméra me poussera à lui donner l’image qu’il veut mettre en boîte. Ou comment les médias, rubans tue-mouches crades, jouent avec ses images, sa réalité organisée. Clignez des paupières. Au Double Side, l’amour bulle dans le bain à remous. Jean-Marc glisse l’eau sur mon corps avec tendresse alors que je le questionne : « Tout est codifié. Ici, les mecs se comportent comme des machines. Comment vivre un amour hors système imposé ? ». Le caresseur : « Si tu te poses ce type de question, demandes-toi ce que tu cherches ici et ailleurs ». Je cherche parfois à me détruire par l’absurde. Je cherche souvent à grandir pour approcher la Tranquillité. Je cherche toujours à aimer. Clignez des paupières. Jeudi, pendant que Chirac fait face à ses futurs stratèges, experts en cuisine et alliances avec le FN (Millon, Blanc et Soisson) nous défilons au milieu de 20 000 manifestants humanistes contre le fachisme, pour l’anarchie, trop peu pour un appel à voter, trop peu pour le réveil des consciences politiques et la vigilance post-élections. En fin de parcours, une centaine de jeunes s’enfonce dans la partie populaire du quartier Guillotière. Aux cris « nous sommes tous des français ! », les fenêtres s’ouvrent et les applaudissements nous couvrent. Face réjouissante et bienvenue d’une marche, jusque là, de « petits bourgeois » dans ses beaux quartiers. Nous enterrons cette journée en terrasse de la Friterie Marti où Christophe B., Primabella, Anne-Lise et Véronique redessinent le monde. Clignez des paupières. Vendredi, nos envies de dérisions surfacent la lune pleine. Le Medley agité, libidos remontées, Dj Arnie, Michel et Christian miment un tube retro pour « Claudettes » électrocutées. Alexis, troisième homme vavavoum de mon célibat prolongé, m’aimante en un seul sourire. Nous partageons un jeu de chuchotements muets à fleur d’oreilles, interrompu par de longs baisers à La Marquise. Un clignement de paupières sur un lit froissé me fait ressentir sa peau, sa queue, son touché, sa bouche, cet amour consciemment non partagé par mon partenaire. Samedi au DV1, Ab et Fab de Tapiole.com photo-numérisent nos déhanchements sur l’intemporel « Everybody be Somebody » de Ruffneck. Jacques Haffner, tendre provocateur et futur Guetta de la nuit lyonnaise avec l’ouverture de sa disco en septembre prochain, remonte mon sourire : « Tu as l’air plus propre avec tes cheveux rasés ». Reine Claude plante deux pailles dans son verre, « c’est pour boire plus vite » , avant qu’Alexis me ferme les paupières par un faux baiser et un « bonne nuit ».

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