Drama Purge

« Tu aimes ? C’est l’effet froissé ! » se cabre Z2 en chemise fleurie et toute droite sortie d’un tambour de lave-linge. Dimanche 28, autour de la buvette ancrée sur le quai de La Marquise, nous « bookmakons » sur la durée de vie cette mode vestimentaire de la chemise gaufrée-froissée. Nicolas Stifter fête son départ de la péniche et la barbecue party s’anime sur un air fluvial léger où Hubert Lafférière s’allonge sur un transat et délaisse wonderful Carla au duo chic, Helena et Gregoire Roche.


Devant le nouvel amant de Laconque, L’Ange Brun peste : « Ce n’est pas le pire qu’elle est eue. Seulement, c’est un enfant : elle passe d’un homme à l’autre de façon très désinvolte ». (C’est également pour cela que nous l’aimons.) La Kanardo Family dégringole les verres alcoolisés sous le regard lunaire de Seb Broquet (Nova Mag). Nous partageons avec le journaliste indie cette analyse que la musique électro tourne trop souvent à vide à Paris comme ici puis dansons « à la Fred Astaire » sous les yeux persans de Peggy-Laure. Eric du Petit Paumé se pose la question idiote : « je me demande si je ne suis pas hétéro à cause de la pression sociale » à faire rire Jérôme d’Art Canut. Le décorateur, d’une coupe liquidée d’un trait : « Dès la descente de l’avion de Gaëlle, nous faisons l’amour sur le tapis à bagages ». Clignez des paupières. Mardi, au Falafel (rue Terme, quartier Terreaux), la table de Franck Michel râle : « Nous sommes arrivés trop tard pour le concert. Tu as vu quelque chose toi ? » Une jeunesse rockeuse amassée devant l’Hôtel de Ville, foule anti-facho les bras tendus vers la démocratie. Un « que deviennent tes poings quand tu tends les doigts ? » (©Miossec) de rage et communion. Quatre dames quinquagénaires nous font voisinage. Ma plus proche : « C’est terrible de devoir voter Chirac, mais je le ferais. Sans ça, ce sera peut-être la dernière fois que l’on me donnera le droit de voter ». Au Mushi-Mushi, les mains dans les platines MK2, Nasser me brandit le vinyl de « Superlover Boy » de Maria Carey : « C’est pour toi. Je te l’offre » alors qu’en terrasse Mourad avoue : « Je me suis déjà fait sucer par un mec : pas mal ». Sur le dancefloor du Marais, le même gosse («  »pour un pd, t’es cool » sourit-il en me drunkant) se prend râteau sur râteau devant des lesbiennes anti-couilles. Sur le canapé du Medley, je relève un objet sexuel bien identifié qui amusera ma nuit pré 1er mai sur un improbable « Be Sincère » de MJ Cole. Clignez des paupières. mercredi, le corps resapé par une pluie pénétrante et la joie alimentée par une mobilisation historique, Karine et Marie-Êve s’engagent dans une manifestation qui s’auto-boucle sur 7 kilomètres. Un détournement sur petit panneau de la primaire chaîne de télévision croisé («  »TFN, l’insécurité 24h/24h » ») et le mouvement s’achève dans la rouille boueuse de la place Bellecour. Un frisson à produire de l’eau dans mes yeux coule dans mon dos lorsqu’un groupe d’étudiants sourit, à gorge greffée au coeur, une Marseillaise directement classable dans le mémorable. Clignez des paupières. Au 5, place de l’Hopital (quartier République), le Broc’Café vient d’ouvrir, Mireille de feu VertuBleu en cuisine. Vendredi, Christophe B., Primabella et Sébastien C. y collectionnent les pots de rouge jusqu’à Tombé du Ciel où Olivier Angel me flatte d’un « Tu es une sorte de Pacadis. Tu connais Alain Pacadis ? » Oui mais j’espère ne pas mourir étranglé par un amant bien que le suicide ou le crime passionnel soit une façon admirable de mettre fin à la vie. Le comédien rectifie : « Tu es un médiocre ». Très certainement. De retour au Medley, Alexis perturbe mes multi-dragues. Primabella décide : « Tu es incapable d’être amoureux. Tu es amoureux d’Alexis ? ». Un « Oui » définitif pour cligner des paupières. Samedi, la neige se mélange à la plus belle lumière de l’année sur le massif du Trièvres. Le Mont Aiguille bataille avec une couverture blanche douillette et une lueur rose à extasier. Clignez des paupières. « Vous êtes originaire du Périgord ? » tente de me décrisper Patrice Béghain devant l’urne, dimanche. Je lâche avec gêne mon vote « Chirac » dans la caisse blanche alors qu’à l’extérieur Christophe B. tapisse les portraits du Porc d’affiches « Votez Facho, non ! Votez Escroc, oui ! ». Dès 19h, LC nous communique les premières estimations afin de mettre en route les imprimantes pour une descente à 20h01 dans la permanence de l’État RPR. 19h30, Mon Épouse, Mireille, Cécile, Z2 ouvrent l’appartement. 20h01, blanc de peur, je pénètre la permanence chiraquienne, muni d’un panneau « Monsieur 82 %, j’ai vomi après avoir voté pour toi ». Christophe B., Super Pénélope et Mireille emboîtent le happening. Se laver d’un vote que nous n’assumerons par l’unique souvenir d’avoir évité le pire. Révéler que mon pays ne se suffira pas d’un bandit en col d’or pour tuer le mal brun qui l’attaque. Fermez les paupières.

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