Sonar BCN Makes The World Goes Round

Un couple déjeune, table de camping plantée sur le bitume d’un autopont. jeudi, en autoroute pour Sonar à Barcelone, Nicolas Stifter retrovise les carspotters : « Cela m’a toujours surpris de voir les gens regarder les voitures passer du haut d’un pont ». Notent-ils les plaques minéralogiques ? Voyagent-ils par procuration ? Attendent-ils un crash en direct ? Étrange.


Nous filons plein sud et partageons le volant avec David Cantéra, du Modern Art Café, Vincent et Marie. Clignez des paupières devant trois jours de fêtes à expérimenter dans la capitale catalane, capitale mondiale des musiques électroniques pour ce neuvième Sonar Festival. Au CCCB (Centre Culturel Contemporain) déjà plus de 7.000 danseurs dégustent les deejays du label Ninja Tune sur la pelouse verte synthétique ou naviguent entre mixes deep house sous un dôme futuriste et expérimentations tarées dans l’enceinte du site. Là, la performance de Christian Marclay se projette dans une obscurité religieuse sur deux écran vidéos, relais de son jeu avec disques et platines : maltraitance des acétates par scratchs bordéliques, chutes et rechutes brutales du diamant sur les sillons ou détournement en scie circulaire d’un disque roulé sur un autre. Une uvre d’art affamante. Clignez des paupières. Violaine, extra-festivalière de notre séjour espagnol, nous asseye à Sandwich & Friends afin d’attaquer, le ventre plein, le premier round nocturne à Montjuic 2. « Call the police ! There’s a madman around, running down underground, to a dive bar, in a West End town… «  se dandine Neil Tennand des Pet Shop Boys en nasillant West End Girl. Nicolas, Vincent et David se retournent à chaque passage de punkettes, sexy à en déchirer le corsage. Clignez des paupières dans un entre-deux salles mouché de piqûres lumineuses et rythmé par un battement cardiaque régulier. Dj Krush termine un aller sourd de breakbeat immobilisateur. Radioboy, aka Herbert, nous envoie un retour anti-mondialiste : en parfait cabotin, le dj-producteur sample un cornet de frites Mac Dégueu ©, détruit en direct un téléviseur, déchire un caleçon Gop © pour finir salué unanimement par un public conquis, le sac en papier du vêtementier enfoncé jusqu’au cou. À ciel ouvert, sur SonarPark, une électro 80 me fait tendre un verre à Alban, espagnol massif et bavard qui m’entraîne aussitôt dans les chiottes pour ouvrir son portefeuille, empoussiéré de blanc. Il sniffe la coulée de dope d’un regard heureux. Son visage en sueur retient une traînée de poudre au-dessus de la lèvre que je finis de pousser dans sa narine. Clignez des paupières. vendredi, une house américaine nous huile le corps sur la plage de l’Inertio, bar paisible et au sable tamisé par des vendeurs de bières et de chocolat frais. Le soleil retombé, dans le long tunnel de La Salsitas, les palmes des ventilateurs-plafonniers brassent une électro atmosphérique sur les pupilles dilatées de déesses (top-models internationaux) qui nonchalancent contre les feuillages blancs sculptés sur chaque pilier du bar. Marie m’indique le plus beau gosse du lieu, métis coiffé d’une casquette beige et body-looké « Harlem Chic ». « All Is Ok for you ? Nice to meet you » me fixe, de ses yeux bleus marins, le jeune mafioso. Roger Sanchez ouvre Sonar By Night à des kid clubbers empotés dans un son trop lourd pour être dansable. Je perds l’équipe lyonnaise qui me retrouvera au levé du soleil, accompagnée de Snoopy, Barcelonais beau et dynamique. Clignez des paupières dans un bain chaud matinal à l’hôtel. « Tu peux m’enlever mon t-shirt ? » s’exerce (en français) un bodybuildé local après avoir étendu sa serviette à mes pieds. samedi, sur la plage de l’Inertio, nous comatons en paix et David se révélera d’une sieste, grillé par le soleil et la marque des lunettes autour des yeux. Une foule compacte lève les bras au ciel lorsque Jeff Mills commet son premier matraquage technoïde. Les Maradona (homme-visuel du festival cette année) se révèlent sur un dancefloor « stadium », envahi par de jeunes minets en t-shirts numérotés (du « DJ 00 » au mythique « 10 » ») aux tignasses crêpées néo-punk et shootés tels le sportif argentin à ses heures perdues. Plus loin, Anti-Pop Consortium ennuie dans un live hip hop plat avant de faire toute la place au génie de Mr Scruff. Violaine, David, Snoopy, Pierre et Will transpirent sur California Soul de Marlena Shaw dégoupillé par un Good Life progressif d’Inner City. Un pur moment de délivrance corporelle. Clignez des paupières. « Penses à une Chupa Chups. Tu dis au mec : chupa me, por favor«  m’apprend Max pour coller quelques « sex-toys ». À 9h, Violaine et Will nous traînent à l’after sur un bout d’herbe près du parc d’exposition. « N’importe quoi. On dirait un after sur un rond-point » tente-je de raisonner le duo pour enfin fermer les paupières sur Sonar, toujours plus grand, toujours plus haut, toujours plus fort.

0 comments on “Sonar BCN Makes The World Goes RoundAdd yours →

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*