À nos désordres

Jeudi, Super Pénélope et Julien Micro P. sortent d’un restaurant présumé branché du Plateau : « C’est cher pour ce que tu manges. Tu devrais y aller pour recruter de nouveaux amants quoique… il y a beaucoup de gays mais c’est le genre de mecs qui rêvent d’être des blondes pouffiasses », tacle Julien. Au Modern Art Café, David Cantéra sautille sur son parquet en passe de devenir un radeau : « Une canalisation a flinguée et l’eau remonte ».


Soirée encore plus technique lorsque Julien se frotte à deux amateurs de scooters et mesure, vante, compare « les pistons de modèle (truc) et le pot d’échappement du modèle (machin) ». Pénélope : « Il est toujours comme ça. Il en parle des heures de ses scooters. Ce week-end, nous allons en Avignon, moi pour les spectacles et lui, dans un bled du coin, pour une réunion de fans de scooters ». Clignez des paupières. L’éternel « Last Night a dj saved my life » d’Indeep transforme les pompiers, tenanciers du bar, en gogos pour fétichistes de l’uniforme « remonte-cul ». samedi, à la Caserne Pierre Corneille, le hangar à camion se libère pour un bal populaire à valser, à jouer au petit train, tunnel-chenille sur dance-country et ce genre de dérapages que l’on ne trouve plus que dans un camping de campagne. Certains diront que les fausses pucelles qui lèvent leur jupe devant le torse barré de rouge, les divorcées qui espèrent un renouveau héroïque et les gays qui matent le lance-flammes coincé dans un petit pantalon qui balance bien, tout ça est top ringard. D’autres fieraceront d’un « c’est tellement décalé, donc branché ». Au milieu, j’observe et souris : le bal des pompiers est effectivement branché parce qu’il s’y passe quelque chose. Un mélange des genres et une connivence générale dans l’amusement. Clignez des paupières. Au Medley, les drapeaux tricolores flottillent sur Rachid : « Je t’attends depuis minuit. Tu es avec moi ? Si tu trouves un mec mieux que moi, tu vas aller avec lui ? » questionne le bel homme aux yeux en diamants noirs. Jacques Haffner me châtie bien : « Pour une fois que tu as un mec présentable… L’autre soir, j’ai trouvé mon dj : Kerri Chandler. Il était à L’Ambassade et c’était tellement merveilleux que je le voulais. Julien m’a expliqué qu’en fait, il était peut-être un peu trop cher ». Oui, à plus de 1.500 euros le dj-set. Florent (La Table d’Hyppolite) bascule dans la surexcitation pendant que Fabrice insiste pour qu’un futur apéritif à son Café du Pond. Rachid me fait cligner des paupières et se blottit dans mon corps en coquille. dimanche, les mèches flambent à la terrasse de la nouvelle Buvette du Pont Wilson (Monsieur Claude vient de lâcher la belle affaire). Mireille (Feu VertuBleu et Broc Café) s’acharne sur la foule qui recouvre les quais du Rhône : « Regarde toutes ces mouches. Mais regarde ! J’ai horreur de ça ». Christophe B. et Primabella attirent les CRS à chacun de leur lancer de pétard. « C’est déjà, la quatrième fois que vous venez.. », grince Primabella. « Je vous ai déjà dit qu’avec le vent, c’était dangereux. J’espère que je n’aurais pas à vous le redire », se cabre le Bleu Marine. Nous imaginons déjà un big brother où chacun de nous aurait un flic pour lui tout seul. Je le souhaite « beau, sexuellement soumis et qui me monte mes courses ». Z2 couve Carla qui me choisira comme escort-boy pour la fête de Will à venir. Rachid me tient la main, les yeux grands ouverts sur le fleuve où le feu d’artifice s’accompagne d’une bande son prise en direct sur la fm et de petits chanteurs suçant un cierge clérical. C’est tenace à Lyon, cette idée de la République encore liée à la « crétinté » : la municipalité à lâcher Fourvière pour faire siffler du gosier des culottes courtes sur les quais. Je brûle la poudre d’un rouge et un Bleu s’invite de nouveau à table. Je me défends et le jeune gardien (de son ordre), à peine 25 ans, perds assurance et écoute : « Monsieur, vous commettez un outrage en me parlant ». Allons bon. Il faut peut-être que je le supplie d’excuser mon audace à lui expliquer que « si les pétards sont dangereux, la Préfecture devrait en interdire la vente pendant la fête Nationale ». Le CRS appelle renfort et je me trouve plaqué contre le rideau d’un kiosque pour une palpation. Je m’y soumets calmement pensant que les Jeunes de la Paix doivent avoir besoin d’entraînement concret à effectuer sur un citoyen lambda afin de mieux réagir sur un brigand bien désordonné. Je sors mes papiers, leur tiens tête en les vouvoyant comme je l’aime (avec un certain dédain peu visible) et le corps policier part vers d’autres occupations. « Tu as aimé te faire plaquer ? » ose un pd à rollers. Cela m’a plutôt inquiété. Non sur le risque couru de me retrouver au poste mais sur les futurs « outrages » qui placeront ceux qui ont la face moins blanche que la mienne dans le panier d’une armée de flics couverts par un gouvernement sécuritaire. Fermez des paupières dans le non ordre à venir.

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