Body lite versus heavy mind

Body lite versus heavy mind

Body lite
Semaine de dîners privés et intimes. Semaine à ralentir le rythme et observer les citadins se tranquilliser à mesure que les voitures filent sur une autoroute estivale. Je suis depuis longtemps convaincu que la ville s’énerve et suit le rythme bruyant et incessant des bolides. Là, tout se calme. J’ingurgite Lyon à petits regards et mon esprit tricote. Tiens, une idiote en jeans délavé. Oui, la mode « mainstream » de l’été, le jeans bigarré tout bleu et râpé au cul et sur les cuisses. On se demande qu’est-ce que les thinkers tanks du jeans prennent pour pondre une atrocité pareille. Il faut largement remonter à l’époque du « jeans neige » pour trouver plus importable. Ce qui, in extenso, me projette à mater l’habit des moines locaux : un vrai monastère de sous-préfecture. Une bimbo au Riad qui se la joue « chienne-SM » en Christian Dior d’il y a deux ans. Au même apéritif, une cour de pimpos soit « Gino gominé » (main en gourmette dorée sur les hanches et jambes plantées écartées pour laisser pendre une hypothétique virilité), soit la TV-Touch (costumes Smalto basiques sur t-shirt très basique) qui date de… de… je vais demander à ma grand-mère, fan de Jean-Luc Delarue à ses débuts. Un pédé à l’United Café en moule-rien-du-tout et total Steevy-Fashion. Un autre body-buildé au Double Side qui se laisse fesser dans la cabine tout en aspirant mon sexe et relâche des « J’aime ta queue.. J’aime ta queue ». Le nu ne trompe pas. Au final, Lyon est à la traîne du vestimentaire : l’avant-garde se résume à une poignée d’originaux, le chic sent le vieux Elle naphtaliné et le casual n’est même pas sauvé par l’arrivée de H & M sur la place. En musiques, ce n’est pas mieux. Depuis l’avènement du djing, rien d’autres à danser que de la tek-house poussive (D-troy est une offense à tout désir de body-music), de la deep-house sans âme (supporter un dj-set de Léa Lisa relève d’un crash test avec l’autoradio branché sur Radio Fourvière), de la jungle de jeunes blancs péteux, de l’acid-jazz et soul bien tenus (merci aux Spider, Nasser et June) ou de la house aux kilomètres, invariante et épuisante. La ville est passée à côté du revival électro dont personne ne chante en sueur « Emerge » de Fischerspooner’s ou le tubesque  » Sunglasses At Night (Tiga & Zyntherius)  » des City Rockers. Le néo-punk ne court pas les rues de la Presqu’île. Ici, pas de maquillage crypto-junkies qui cerne les yeux de ténèbres chimiques et crêpe le capillaire en couleurs et rasages PIL-eux. Paris dégénère en plein rail d’Italo-dance. Le futur remontera le passé de l’acid-house et de Madchester. Lyon roupille. Clignez des paupières

Mind heavy
Lyon roupille à 6 ans de décalage, à une mandature municipale de décalage. Francisque Collomb (19xx-19xx) lâchait une ville triste et grise à Michel Noir (19xx-19xx) qui, malgré les critiques et ses déboires juridico-familiaux, agrandissait Lyon pour Raymond (19xx-19xx). Le même Raymond grossissait les traits, au national, d’une ville ouverte et, à l’international, d’une ville touristique avant que Gérard Collomb ne se lance dans le « Regardez, je ne suis pas tant de gauche que ça » et ne lise, chaque soir, quelques pages de la biographie du « sauveur » de New York et puant Rudolph Giuliani. Il y a encore, dans cette ville que j’aime et vis, comme un effet d’après-mandat exécutif. Noir a réveillé la ville et Raymond en a profité. Raymond a endormi la ville et Gérard récupère et prolonge ce long sommeil : ultra sécuritaire à le rendre jumeau du Petit Nicolas et nouvellement anti-prostitution. Tout ce qui fait tâche doit être éliminé. Que compte faire notre maire et la droite gouvernementale contre les graines du mal et de la violence qui s’enracinent ? En souterrain, la Ville, l’État, pensent-elles à la violence conjugale et aux sévices sexuels sur les enfants ? À l’esclavage (en appartement ou dans des ateliers clandestins) des immigrés ? À la prostitution télématique, économique, d’étudiants ou de rmistes ? À la discrimination raciale, sexiste et sociale ? Au harcèlement moral et/ou sexuel au sein d’une entreprise ? Au rapport de force et de management vicieusement instauré dans les bureaux ? Aux dealers en cols blancs ? Non. Ce qui compte est ce qui ce voit à l’oeil nu. Ce qui compte est l’électorat qui se réduit, se réduit. Cricri me dit, dans l’entre deux tours post 21 avril : « Plus tu simplifies, plus tu es fasciste ». Juste. Trop juste. Lyon digère son coup de Barre. jeudi, Rive Gauche, la nouvelle Buvette du Pont Wilson fait terrasse pleine. La Marquise s’initie au camping. Le Fish tire son garden apéro au plomb. La Passagère remet des bières. La terrasse du Café Mug se blottit sous le feuillage d’arbres décimentés. Place du Pont, Rachid se fait contrôler papier et sacs de supermarché. L’avenir est là. Fermez les paupières.

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