Crash Peste

Un sexagénaire sort son chien à 5 heures du matin en robe fleurie et perruque blonde sur la rue Paul-Chenavard. Celui que je peux encore aimer m’annonce qu’il visite une fois par mois un homme esseulé moyennant un chèque de 100 euros. Un jeune étudiant en médecine, attrapé sur un réseau télématique, voue avenir à sa vie rangée de futur chirurgien, richement marié, et corps au secret d’enculades clandestines.


Le sang pisse sur le volant. David, ange blond et bel-ardeux, conquiert l’oeil de Christian-Johan Bégaud pour une future expo à CJB. Je salue un politicien gay qui mériterait de se faire « outer » au regard de la politique moraliste et sécuritaire mise en place ici et ailleurs dont il est activement complice. Le Hell de Lolita Pille est de ces nouveaux romans de gare où le vagin traumatisé et les narines ensanglantées par les rails de la blanche dérangent autant qu’un Arlequin mièvreux. À côté de la pédale d’accélération, les pieds mercurisés par les fuites de la batterie. Jacques Haffner annonce l’ouverture de son club pour le 5 septembre… « dans une caravane ». Clignez des paupières. À La Jungle, bordel incorrect, un « butch » s’agenouille dans une cabine et se laisse insulter, la bouche en va-et-vient sur ma queue gaulée et incapable d’éjaculer pour avoir été trop alcoolisée. « Tu n’inventes pas ta chronique : tu détournes « juste un peu « la réalité » (Marie-Êve). La mousse ouverte du siège avant se teinte du rouge d’un bras déchiré. Alors que l’opération Paris-Plage ouvre un bout des quais de Seine au rêve citadin, l’opération Lyon-Trottoir envoie l’avenir « radieux » des tapins hors du centre ville. La gauche lyonnaise est toujours au sommet de l’inventif et du social. Je prépare mon déménagement et revisite le passé par tri d’archives presse et photos perso : les Unes de Libération, jaunies des morts de Mitterrand et Lady Di, l’élection de Chirac-pas-encore-Monsieur 82 % en 1995, le 11 septembre… La mémoire ne garderait-elle que les moments les plus tragiques de l’histoire ? Peut-être pas. Sur les photos en pack, ma vie d’enfant toujours accompagnée d’un chien différent (mes parents les récupéraient à la SPA et ils claquaient tous de maladies), une série de clichés « période ado » où je jouais le minet avant de me travestir en rebel. Des bougies soufflées, des buildings sans tête, le pont Saint-Charles à Prague, les frissons lors de la traversée du Grand Canal de Venise, Piccadaly Square en néons publicitaires, des dîners entre amis, des beautés dans la nuit. Si on se sédentarise trop, un appartement peut vite se transformer en petit musée de ses propres uvres, heureuses ou pas. Je jette donc quelques sacs poubelles d’objets trop longtemps conservés. Clignez des paupières. À la sortie de La Ruche, Christian s’interroge : « De Mike Brant ou Joe Dassin, qui avait le plus de poils et de chaînes d’or sur le torse ? ». Ceux qui justifient la fermeture du Riad du dégoûtant « ce n’est pas la licence IV qu’ils n’avaient pas transférée au bar mais la licence Coke qu’ils n’ont pas su garder » ne sont vraiment pas gentils. La tête baissée devant un pare-brise en miettes de verre. De retour du Mexique, Mathieu clone un aventurier de Koh-Lanta avec son visage grillé et une barbe naissante. Jean-Albert en pleine punky attitude s’accorde avec le faux baroudeur au comptoir de l’United Café pendant que Laconque descend des vodka-pomme au bras de son presque amour. Comment un vendeur de béton et de téléphones peut-il également informer le citoyen ? Vendredi 16 août, LCI (groupe TFN-Bouygues) lance un sujet annexe au Teknival du Col de Larche en ces termes : « Regardons maintenant la réglementation française en vigueur pour lutter contre les free parties ». Lutte contre le cancer, le sida, la toxicomanie… et l’amusement. Le lendemain, la même chaîne désinfo : « Les jeunes se sont installés du côté italien de la frontière. L’Italie n’a PAS ENCORE pris de mesures restrictives contre ces fêtes illégales ». Notre pays est évidemment un modèle législatif et pro-jeunes. Clignez des paupières. « Tu as des nouvelles de Claire ? » (Kevin). Temps pourri. Au premier rayon, Mon Épouse nous guide vers un déjeuner hors norme et paisible quelque part en bord de Saône, à deux pas de Bellecour. Rosé au frais, parasol au vent, taboulé vert et plat « bon comme à la maison » étirent le bien-être jusqu’à l’oubli du temps. Le coeur ne bat plus. Les yeux ne bougent plus. Une tôle cabossée sur un lit de débris sera son cercueil transitoire. Un cher est mort. Fermez ses paupières.

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