Cinq jours après ma mort

Une veuve noire déambule avec la légèreté d’un feu follet vaporeux sur les tombes d’un cimetière. Elle plonge, tête curieuse, dans le porche d’un tombeau, petite niche à morts. Ainsi, mercredi, s’ouvre en préface vidéo, Cancion de los ninos muertos, de la Compagnie Dramo Dramaturgia del Movimiento, en scène dans l’amphithéâtre de l’Opéra de Lyon. Les danseurs ombrent leurs corps vivants de lumignons rouges derrières la toile de fond et expulsent en avant des tableaux baroques : imageries d’un jardin d’Eden bancal, éternité encastrée dans la beauté d’un marbre virginal, féminité maltraitée qui se contredit toujours entre le désir de romantisme et le machisme brutal.

Ce vagabondage post-mortem bataille avec nos petites joies et grosses cruautés pour s’ouvrir sur une fin de vie heureuse. Les bizarreries et contre-styles des danseurs ne convainquent guère Gaelle Communal, en garçonne excitante, gominée et enfin retrouvée. Si, effectivement, les gestuels de la compagnie vénézuélienne se cassent en abrupt, les mains lascives qui coulent sur la nuque des danseurs surlignent cet abandon tendre et doux qui nous manque parfois. Clignez des paupières. jeudi, Mathieu m’offre une table chez Félicie, Le Dimanche Aussi, nouvelle histoire gastronomique de Sylvie et Jean-Marc, après leur fabuleuse expérience du Mi Mots Arts. À quelques heures de mes 32 ans, j’expose au mathématicien mon trouble « arithmétique » : « Mon père est mort à l’âge de 32 ans et j’ai l’impression que mon corps veut me lâcher comme certain qu’il ne passera pas le cap du je serais plus vieux que mon père ». C’est, raisonnablement, stupide. Physiquement, ma charpente se contracte et le malaise est bien là. Clignez des paupières. « Nous sortons du Pulps et partons voir les pédés à l’UC avant un verre à L’Ambassade. Le Pulps ? Vas voir, tu me diras », se moque Jacques Haffner au portable. Nous ouvrons Le Pulps, nouveau club au 38 rue de l’Arbre-Sec, par une bière en bouteille à 5 euros avant de s’ennuyer sur des banquettes « Léopardisées ». L’euro-house déboosté ne provoque aucune « bisexual émotions » et nous flashgordons vers l’United Café. J’y demande un baiser à Gaétan : « Soit tu me prends pour un con. Soit tu es très con » me gifle le bel homme. Jacques m’agrippe l’oreille avant d’y souffler une de ses propositions sexuelles à censurer ici. Clignez des paupières. vendredi, Duchesse et Maître XXY croustillent une pizza en terrasse du Modern Art Café. Après un premier apéritif, il y a quelques semaines, où Maître XXY récitait « Nuits Mobiles » sur le bout des doigts, pendant que sa main tentait de mesurer mon membre à travers le pantalon, cette nouvelle brassée en public donne, à nouveau, dans le registre sodo-rasage : « J’ai toujours les couilles rasées J’adore raser les anus Je veux t’accompagner à la Jungle pour me faire sucer en moins de deux minutes », veut me convaincre le provocateur. David Cantéra me livre baiser d’anniversaire et T-shirt du bar en cadeau. Cricri prend table au coude de sa nouvelle girlfriend. Thierry Pras nous annonce la relance d’Infoconcert.com : « Christophe Mahé nous a apporté l’aide financière et la synergie avec son groupe qui nous faisaient défauts auparavant. Je suis confiant ». Puis, en vieux Muppet viewers, nous remontons le temps où les musiques généraient un mode de vie anticonformiste. Le rock, le punk et, à moindre effet, la house nation ont tous révolutionné les mentalités avant de crever ou se vider de sens pour ne devenir que des niches à rebellion post-pubère où tout réside dans le look et la défonce d’un concert ou d’un week-end. Ensuite, tous rentrent bouffer des pixels sur TF1 et chier un costume-cravate dans les rayons d’un Carroufe, sans même fredonner le « Lost in a supermarket », des Clash. Clignez des paupières. L’étage à baise n’est qu’ombres de mâles qui se maquent, ferment les portes de cabines grises, se pipent dans une salle obscure. Autour le silence. Au milieu, Fabrice et Pascal me laissent brailler mes exigences : « Je cherche un suceur, plutôt bien foutu et qui ait des yeux innocents. Enfin, l’innocence, je n’y crois pas trop ». Nous explosons La Jungle de harcèlements verbaux et mains basses sur des hommes tristes. Je ne sais pas ce que je fais dans ce bordel. Peut-être faire violence aux corps au mien, à ceux des autres. Clignez des paupières. « Je suis d’Avignon et vais vendanger en Bourgogne » sirote, samedi, Marc au comptoir de Tombé du Ciel devant Dominique en pleine frappe de cocktails chics et le corps en vogue sur un Daniel Balavoine. Le jeune étudiant se drunkize à en vomir dans toutes les chiottes des clubs visités : au Medley, Line accroche Marc d’un « Chéri, touche-moi » alors qu’un militaire l’intrigue. Hétéro incrédule : « T’es gendarme pédé ? ». À L’ambassade, il se plaque tel un raveur contre les enceintes alors que Manoo égrène des perles house et Marie lève sa coupe de champagne et baise ma joue de ses lèvres sucrées. Fermez les paupières.

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