Se crocheter la nuque

« Je serais à Lyon samedi après-midi. Une sieste ? » s’éclaire le portable, mardi, alors que Mathieu roule vers le Tobbogan. L’ASSA (Amant Sans Suite Amoureuse) souhaite me « pomper 3h non-stop. J’aime votre queue ». Il fantasme plus qu’autre chose et samedi est encore loin. À Décines, Balé De Rua agite une troupe d’anciens ouvriers brésiliens en pleines figures hip-hopantes et haute-chorégraphie à revisionner dans les clips R’n’B de MTV. Survitaminé, surprenant mais une demi-heure aurait suffi pour s’exotiser l’esprit.


Je décroche sur une représentation qui emballe le public mais ne nourrit pas mon envie d’émotions, de délicates visions. Clignez des paupières. Le corps en sommeil perturbé se blottit contre l’oreiller. Puis la tête s’assourdit par glissade sous le poids plume. Marcela Escobar se relève, crispée, et entame un solo avec ce lourd sac anthracite. jeudi, sur la scène de la Salle Gérard Philippe, la chorégraphe et interprète se fait violence, les muscles tendus sur un poids dont elle ne séparera jamais. Les premières minutes du duo, original, entre une danseuse et un sac de sable aiguise la curiosité. Ensuite, on regarde sa montre plus que les contorsions de la jeune chilienne. « Le lieu du désir » de la Compagnie Pe Mellado Danza, qui suivra cette figure sur la symbolique du poids, dérange : deux couples en scène pour, a priori, deux conceptions de la vie à deux. L’un, passionné, violent et pratiquant du « j’ai besoin de toi pour avancer » ou du « je ne sais pas trop ce que je veux, ni qui je suis donc je m’accroche à toi ». L’autre, joueur et provoquant, qui manie l’égoïsme cynique à faire sourire. Les corps se bousculent, se balancent contre les murs, se cassent au sol et se trompent sur une musique low-tech. À se demander si ces histoires d’amours contrariés ne sont pas issues d’une névrose de jeunes gens sous dopes hallucinogènes. Ingénieux et dynamique, la compagnie nous sort de la salle songeurs mais satisfaits. Dans le hall d’entrée, Peggy-Laure veille au doux Ange, le bras bandé après son crash (finalement heureux), et nous annonce la mise en orbite de O’stin, agence d’architecte. Frédéric Sicre m’invite pour un souper à Koutoubia avant un digestif au Mushi-Mushi. Kamel hausse de la voix : « le commissariat du premier devient insupportable : nous subissons des contrôles tous les soirs. C’est la même chose partout dans le quartier. Il faut faire quelque chose ». Peut-être demander à Monsieur le Maire, qui se vante d’être à l’écoute des jeunes et fait la promo de son GGDC (Gégé Dance Complex) au Confluent, d’être un peu crédible : dire aux jeunes « je pense à vous avec mon Plouc Land » tout en corsant le travail des bars en centre ville, est-ce bien sérieux ? Plus tôt, une taupe nous ragotait que ce même Gérard Collomb « est en train de se faire torpiller par une bonne partie de ses adjoints. C’est assez folklo à la Mairie Centrale : la gauche « descend » plus que l’opposition ». Clignez des paupières. La merveille qui nous fait sentir vivant et heureux de l’être, apparaît vendredi, au Théâtre de la Croix-Rousse : Quasar conjugue quatre femmes et quatre hommes dans des tableaux à sentir son corps traversé d’émerveillements et d’excitations. De longs silences se déchirent de discussions et chansons enregistrées (avec les souffles du direct) et entraînent les danseurs dans des scènettes asymétriques où prouesses physiques « bluffantes » et cabotinages dilatent les pupilles du spectateur. Des couples se crochètent la nuque pour se balancer à terre. D’autres se penchent dans une ligne rouge de lumière pour s’y diaboliser ou languir. Il y a dans la scénographie comme un effet « mime Judoka » qui verrait le danseur se préparer, observer son adversaire en longeant le tamis et finir par mesurer non pas sa force mais sa capacité à épater par le Beau. Plus que positivant, sublime. Je textote à Chatte Rouge et Robert V. mon désir de rencontrer et « faire n’importe quoi » avec l’un des danseurs, brun poilu qui magnétise à tout va dès que sa mine virile aux yeux sourires s’agiter sur la scène du théâtre. Sans réponse. Plus loin, je me fais un « 69 » dans une cabine du Double Side avec un David, professeur de français sensuel. Nous dormons queue dans la main sous la couette après s’être enlacés au petit matin sur l’esplanade de la place Antonin-Poncet, le Rhône tranquille à nos pieds. Clignez des paupières. Les clichés bancals de La Cebra, samedi au Transbordeur seront devancés par un relevé de Mathieu : « c’est une ambiance pré-United Café« . Frédéric Sicre résume le spectacle : « un truc de travelos que tu vois dans un club homo de province ». Nous dansons rapidement un petit tango au Bal Noir de l’Hotêl des Ventes des Brotteaux entre danseurs joliment costumés, sérieux dans leurs pas glissés et nous immergeant dans l’old fashion. Frédérique Mille m’éblouit et je file fermer les paupières, plaqué contre un mur de La Jungle, la tête d’un inconnu plaqué sur mon entre-jambe sans entrain.

0 comments on “Se crocheter la nuqueAdd yours →

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*