Là où les hommes n’ont plus de noms

La Biennale de la Danse tire bientôt le rideau final et nous aurons, encore, entendu toutes les critiques : mise en pois forcée des rues de la ville, amateurisme de certaines compagnies, bals chèrement élitistes, lieux culturels monopolisés ou tableaux du défilé trop engagés. Ces grincements intellectuels amuseraient si cette manifestation culturelle d’envergure n’était pas la seule heureuse et réussie de Lyon intra-muros. À voir les expositions proches de la nullité de la précédente Biennale d’Art contemporain ou les niaiseries de la Fête des Lumières, Terra Latina nous sauve du naufrage en eaux de petite bourgade de province.


À quelques déceptions près. mardi, j’imagine un semblant de Drawing by Numbers, en scène au Théâtre de la Croix-Rousse : danseurs accros au reflet de la lune, déboussolés par le soleil et plus en marche qu’en cadence. La compagnie Paula Nestorow approche la poésie sans jamais nous la faire toucher. Ce n’est pas le jeu de lumières sous parapluie ou les ombres basculées et chaleureuses, encore moins le seul pas de danse rabâché du « je tape dans mes mains, remue du popotin et claque des pieds » qui nous relèvera d’une heure trente à patienter pour l’applaudi-poli. Super Pénélope me remonte le moral : « Quasar est programmé à la Maison de la Danse cette saison. Tu vas y être tous les soirs pour baver devant ton danseur ». Évidemment. En course pour un digestif au Modern Art Café, Mon Épouse refuse d’être « la future mère » de mes enfants si je persiste à vouloir rouler en Volvo : « Non, nous aurons un monospace du genre Picasso ou Espace ». À débattre. En maître du bar, David Cantéra ouvre ses yeux noircis par une nuit à Ibiza sur un sourire en coin fatigué mais cajoleur. Trois heures plus loin, je cligne des paupières au comptoir du Voxx à réinventer notre vie d’urbain avec Nassaboy et Kamel. mercredi, Philippe Chareyron se moque de ma ferveur sur les gradins du Stade de Gerland lors du match OL-Rosenborg. Profil bas et clignement de paupières. jeudi, des boules lumineuses rotulent au pied de la fontaine Bartholdi et rougissent les chevaux en fougue, les sabots au galop dans un bassin bleu électrique. La place des Terreaux suit les cours de latino-dances alors que Claire offre son bras pour un dîner chez Géraldine et Kévin. Ma princesse relate ses allers-retours incessants entre Paris, Bruxelles et Cannes avant de nous narrer un certain 19 juillet, jour d’un de ses nouveaux agissements follement « borderline ». Suite à cet éclat, je lâche mon verre et me retrouve tout penaud. Personne ne peut rivaliser avec Claire dans ce raffinement à conjuguer snobisme, intelligence et actes désarmants voire jeux enfantins. Une des raisons qui m’aimante à elle. Clignez des paupières. vendredi, OLB retient Mon Épouse en apéritif au Café 203. « Tu n’es pas très gentil avec notre bon Maire depuis quelques temps » maline le motard coiffé d’une casquette de syndicaliste et dont j’avais oublié le sex-appeal « vavavoum ». Au Théâtre des Celestins, Astrid Hadad fait défiler sa garde-robe sur un ton féministe et drôle lors d’un concert qui aurait pu être mémorable sans les ennuis de voix qui agaçaient visiblement la Brésilienne « frapadingue ». Sur le parvis du théâtre, Julien Micro P. se qualifie, en sus de son légendaire TBB (Très Bien Boursé), de TBM (Très Bien Monté). Clignez des paupières. Les bureaux de Michèle Neyret Culture se transforment à l’occasion d’un nouvel âge pour Robert V. en LE rendez-vous du week-end : Petit Poucet commet l’erreur d’un « vos textes sur la mort ont donné de la force à votre rubrique ». Marie Rigaud semble ailleurs. Sandrine B. questionne : « Pourquoi les mecs bien sont-ils tous gays ce soir ? ». François Kanardo, en sortie du bouclage pour Le Petit Paumé, attire tous les regards avec son look de pompiste ricain mal rasé et casquette au front. Guy Darmet épuise son stock de chemises rouges « biennales ». Patrice Béghain gratte son nouveau bouc sur ma barbe de cinq jours avant de me bâcher : « Demain matin, nous entamons un séminaire avec Gérard Collomb. Je ne manquerai pas de faire part au Maire des critiques de Edgar ». J’engage une drague maladroite et sans issue sur Roland des Enfants Gâtés lorsque Z2 lève les bras au ciel : « Je viens de croiser Patrice qui m’a conseillé de vous rejoindre ». Le sous-sol danse un « Demoiselle de Rochefort » maniéré et speedé avant de cligner des paupières. samedi, l’anniversaire du Ninkasi et le Bal Blanc attendront : l’appel du sexe me cloisonne dans l’obscurité de lieux où les hommes n’ont plus de noms. Au Double Side, un jeune étudiant multi-baises me bonifie : « tu es mon meilleur coup de la journée ». Dans l’uproom de La Jungle, j’éjacule sur un fauteuil pendant que mon pompeur anonyme tente de « se finir ». Sa jouissance n’est plus mon problème. Fermez les paupières sur un « Adagio for Strings » de Barber actif et en souvenir du prochain mariage de Sylvie et Jean Marc, samedi 5, à 10 heures, en mairie du 1er.

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