Dans la peau de Basil

« Certaine que tu vas me casser et dire que mon installation est dépassée, trop années 80. Non ? », précautionne Estelle Desplaces, au vernissage, mercredi, de ses lettrages en relief sur les murs du Modern Art Café. Une série de slogans se chaînent et ceinturent le bar de « connecting people », « just do it » ou « parce qu’elle le valait bien ». Sous les pas discuteurs de Peggy-Laure, Raph, Nassaboy, David Cantéra et Ange, s’isole du parquet un « dire je t’aime », parcelle d’une phrase blanche incrustée en diagonale.


Très 80s certainement mais malin et accrocheur : à ses idiomes ultra-lisibles, le regard se perd rapidement pour une échappée dans le non-espace textuel à la recherche d’un mot sauvage, d’une faute de sens. En terrasse, Duchesse, Mon Épouse, Cruz Poutre et Joël revisitent les séries télés ricaines. Duchesse entonne le générique de Dynastie à la perfection jusqu’au « je ne me souviens plus de la chute », alors que Cruz Poutre défend Miami Vice, pour nous convaincre qu’à moitié. Puis reconnaît : « Le problème de Miami Vice est que c’est trop daté pour devenir culte ». Un long moment en compagnie de Gaelle Communal couvre mes yeux de brillantine et me renvoie, devant la beauté et la douceur de la danseuse, vers le trop facile « pourquoi ne suis-je pas hétéro ? » Clignez des paupières. Vendredi, un déjeuner avec Aurélie Habérey au Café Jules me balance cette même impression de « c’est con que je ne sois pas hétéro : la femme est plus sensible et raffinée qu’un mec ». Aurélie propose une collaboration privée pour un travail photographique sur les petits bonheurs nocturnes avec une telle clairvoyance dans son argumentation (notre course vers l’ordre moral ; le travail gouvernemental sur la peur par la sécurité ou la censure qui masque tout ce qui est encore heureux ; la délation et le repli sur soi) que je suis conquis. Clignez des paupières. À La Marquise, Dj Rocket pousse une techno ultra-basse et se paume dans une drum’n bass pour post-pubères. Olivier, jeune pousse de compositeur – « je m’essaie dans le downtempo du style Warp, Autechre et ce genre de musique », capte mes pulsions. Je récite ma vision électro en vieux con, donneur de leçons : « Les free parties sont devenues des cages à défonces pour blancs-becs en mal de rébellion La house nation s’est volontairement laissée bouffer par le marketing très rock des majors (album, interviews et tournées) Le hip-hop est la musique dominante car il a appris comment se servir du système ». Cette dernière affirmation me laisse digresser dans le rapport que chacun de nous peut avoir avec le pouvoir, la reconnaissance dans son environnement : il y a les Puristes, dans l’ombre d’un sous-sol, qui rejettent notre système commercialisé soit par crainte d’affirmer au monde leur présumé talent, soit parce qu’ils n’ont aucun talent et que se vanter d’être dans la marge les arrange bien. Il y a les Courageux-mais-pas-téméraires qui s’insèrent dans « un milieu » afin de s’y faire accepter par petites compromissions et qui, une fois « des nôtres », tentent d’y greffer leurs propres empreintes. Parfois, ils oublient et se font broyer à en perdre toute personnalité. Il y a les Arrivistes qui sucent plus que je pourrais le faire dans une cabine d’un bordel, ne défendent rien d’autre que leur envie de pouvoir. Ces prostituées sociales grimpent très vite pour se faire (rejeter ?), le jour où meilleurs apprentis qu’eux les éjectent. Il y a les Vicieux-malins qui observent, ont un pied dans l’eau du bain et l’autre solidement planté au sol. Avec persévérance et patience, « dedans mais en dehors » de leur milieu, talentueux mais sans plus, ils obtiennent respect (et crainte) des leurs. Et puis, il y a les génies. Ceux-là n’ont rien à faire d’autre que d’être. Où me situe-je ? Entre Courageux-mais-pas-téméraires et Vicieux-malin. Peut-être. Clignez des paupières après des baisers affectueux à Antoine et Julien Micro P. Au Medley, Catherine et Guillaume vampirisent la piste pour des orientaleries sans manières et à rire. Line joue de son sourire (mais pas de sa générosité en boissons) pour vendre son lieu : « Chéri, toi qui bosse à France Dimanche, annonces les 15 ans de nuit de Richelieu. C’est dimanche 20 ». Sans problème le plan vital de la semaine prochaine. À La Jungle, le pantalon baissé, je m’endors après avoir subi les assauts bucoliques d’un César agile. Clignement de paupières honteux. Je passe la nuit de samedi avec une semi-érection douloureuse, d’homme fatigué, avant qu’un ASSA ne s’endorme une oreille à l’écoute de mon nombril sous un drap chaud. Dimanche coulera le long de la Saône, au Confluent, pour un déjeuner spécial et ensoleillé au secret d’un lieu méconnu de Gérard Collomb : Géraldine, Sylvie Perret, Sandrine B, Sophie Descroix (trop jolie), Kevin, Imbert, Agostino, Caroline et Anthony Hawkins, Vincent Carry et autres invités tranquilles pour « sauvons Francis ». Fermez les paupières.

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