Lorsque Hemingway libéra le Ritz

Mes pensées font dominos, parfois mikados. Elles se répondent avec lucidité présumée ou désordre fatigué, voire se planquent dans un sas clos de mon cerveau à rendre ma réalité suspecte. A un été d’ombres succède un automne où la réflexion se laisse manger par épreuves physiques : je laisse mon esprit divaguer, manque d’attention, consomme les amants et jette les ennuyeux avec cette fausse méchanceté qui tourne si bien. Une routine qui m’amuse.


« Une forme de misère » présume Jacques Haffner, lundi, en souper Chez Albert. Presque simple. Est-ce misérable d’expérimenter les travers de la vie ? Faut-il, pour se croire heureux, être à deux et n’aimer qu’au strict singulier ? Je ne vis pas dans le défaut « misérable ». L’autre, les autres m’excitent non « par défaut » mais par curiosités et expérimentations. Monter amoureux me manque sans imagination et sans entrain pour cette soi-vivante assurance d’un quotidien d’accompagné. Clignez des paupières. A La Ruche, les yeux en sourire d’un jeune portugais, lové contre un type basique, nous incite à une drague par offrandes de fleurs piquées d’une triste composition. Reine Claude s’oppose à ce pousse-à-la-rupture d’un « ils sont en couple : allez chasser ailleurs ! » avant de me flageller du bouquet à en inonder le carrelage du bar d’un mélange de pétales, eau, feuilles et mégots. A l’United Café, Jacques me souffle des horreurs puis tente de dater le pull noir strié beige et marron de Guillaume : « C’est à ton grand-père ? ». 5h, je textote au jet-setter : « thanx 4 this nite. Kyzz ». Clignez des paupières. Mardi, l’agence Editing vernit son expo Jours de France, de la passion à l’abstention à la Fnac Bellecour. Regard vide, je baise Mon Épouse et K-line puis oublie le parcours photographique de ce post 21 avril traumatisant. « Vous infectez le tabac » me claque Patrice Béghain. « Vous étiez à la messe de Saint Paul dimanche dernier ? » tente-je de riposter, sans énergie et comme devenu habitué de ce rapport « griffer-panser » instauré par l’adjoint. C’est ce qui le rend attachant (plus que sa parenté collombiste). Clignez des paupières. Mercredi, le Cargo de Jour… comme de Nuit (7, rue Pailleron – Lyon 4) ouvre une table à l’invitation de Mathieu. Assiettes de poissons correctes sur discussion mange-tête. Clignez des paupières, un vieil album d’Everything But The Girl sous les oreilles. Vendredi, au Théâtre des Ateliers, la première de Push Up monte, pour mieux descendre, les frustrations sexuelles et amoureuses qui nous projettent souvent dans ce palliatif d’une compensation par quête de pouvoir et petites sauvageries professionnelles. Devant l’ascenseur d’une world compagny, deux femmes s’affrontent au sommet de leur gloire au dernier étage du building. Etage ultime des puissants, celui au dessus duquel le plein vide donne le vertige. Elles partagent ce vide de femmes sans sexe à portée de vie et le déséquilibre du non-amour. Quelques étages en dessous, deux jeunes loups se font les crocs. Ils ont baisé comme ils se battent dans leur boulot, avec violence. Ils pourraient s’aimer mais refusent de s’embrasser par peur de se mordre. Toujours plus bas, deux hommes, manutentionnaires du manque à baiser et de la peur de la dégradation physique, duelisent avec l’arme du mensonge. Témoins récurrents de tous ces tarés, un couple d’agents de sécurité ouvrent et ferment les portes de la scène. Le décor d’un blanc clinique nous renvoie à une pièce de malades mentaux internés et observés par des spectateurs « médecins ». Une vraie réussite d’affrontements d’acteurs et de mise en scène. Lors du pot qui suit cette représentation vitale, Carla se place derrière Renaud Deshesdin (joli comédien aux yeux en « Smarties » à croquer et bref amant de Morjane Kjäck Faraoun dans la pièce) pour diaboliser son sourire. Je draguote le beau gosse avant de clignez des paupières. Gaelle Communal sert une coupe de champagne Veuve Cliquot (1995) et un gâteau au chocolat vavavoum dans son appartement sous les toits. Z2 se lance dans une analyse de la standardisation du mobilier par Ikéa. Un invité prétend que « les magasins Ikéa sont tellement étudiés et dirigistes que cela me fait penser à une entreprise de fachos ». La mensuelle Hot Cargo de La Marquise est devenue le rendez-vous des kids clubbers pour cette rentrée. Nous partons tester la péniche en transformation disco-techouse. « C’est une classe de première année IUT Mécanique qui vient faire la fête » chorégraphie Z2 devant des brailleurs « Biactolisés ». Jérôme d’Art Canut et Ange ne décrochent pas du comptoir. Gaelle se fait pister par un pimpo (« Il n’est pas mal s’il savait se taire ») et Antoine de Lady Soul me refuse un french kiss. En sortie du Medley, Madog ouvre la portière de sa voiture et file sous le pont Morand. J’allonge mon siège et le gourmand s’active sur ma queue pendant que deux mecs se branlent à nos fenêtres. Fermez des paupières épuisées et brûlantes.

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