Vanishing point

« Ma banque m’a donné un vrai code de blonde » digivalide Le Bimb sur le lecteur CB, lundi, au Café 203. Je retrouve mon dernier amour avec cet effet de la petite madeleine que l’on ne veut plus tremper dans des « je t’aime » refroidis et douloureux. Je regarde, trois ans après notre féroce rupture, le jeune parisien me relater ses descentes au Dépôt (« je n’y vais pas pour le bordel mais parce que la musique est parfaite »), sa branchitude à fréquenter les Duplex, Tango, Chez Carmen et KABP ou sa fashion-attitude victimisée à m’offrir un cd remix du Closer de Mr Fingers.


J’aime toujours, j’aimerai toujours, Le Bimb avec l’agacement de s’être planté sur le casting et cette lucidité que l’on ne choisit pas de qui on monte amoureux, que l’on épouse rarement le profil type attendu. Clignez des paupières. Nous nous duotisons, mercredi, pour un dîner au Chats Siamois (4, petite rue des Feuillants) avec cette nostalgie souriante d’un vieux couple silencieux qui s’extasie dans l’assiette. Trop longtemps conseillé, trop souvent évité, le restaurant thaïlandais agite épices et goûts à l’en faire devenir ma future cantine. Parfait. Clignez des paupières, en courbe sur le flanc droit et les lèvres ventousées sur la nuque du Bimb en sommeil : plus de sexe mais encore de l’affection. Jeudi, sur le même lit, Duchesse et K-line font bedtimes TV devant la finale de Pop Stars : « Toi ma fille, si tu gagnes, la prod’ t’a prévu un rendez-vous direct chez le dentiste. Elle a vraiment une sale peau. All I Want is you ! tinlin ! tinlin ! » double Duchesse moqueuse et addictée au real-show. Clignez des paupières. Mon aversion pour le real-journalism qui consiste à décortiquer ce qui se passe dans une rédaction (la stagiaire qui amène le café, l’attaché de presse en liaison webcam sur l’Imac) et conjointement à masquer la vacuité du contenu et gonfler l’égo du « journaleu » devrait m’interdire de parler de l’anniversaire de Lyon Capitale au Cube, vendredi. Pourtant, la soirée tourne borderline avec des corps dénudés proches de la partouze généralisée, des confidences sous perfusions de pom’ka et grimpe vers un sommet de débauche (Kévin, c’était comment les urgences ? Prompt rétablissement). Jérôme d’Art Canut me bascule dans un souk insoutenable avant que nous flashgordions à L’Ambassade. Les yeux de fous, nous naviguons sur le set de dj Karisma et tapons du pied pour que tout s’accélère et que le champagne coule au fond du gosier. Clignez des paupières. Pour l’anniversaire de Laconque à La Luz, samedi, j’avance une mine de défaite. Christophe B. et Primabella s’échappent. Super Pénélope et Julien Micro P. partent au Chats Siamois. Le « reviens y » est trop fort. Carla et Z2 font place sur table pour une soupe au concombre et mon éveil. « The président Off thee USA » tourne Z2 à nous faire rire par l’absurde. Carla s’attarde sur les avant-bras du restaurateur avant de se lancer dans une bataille de ballons à l’inauguration du Scandal (16, rue René-Leynaud – quartier Pentes). Clignez des paupières à La Jungle où mes mains sentent la peau odorante d’un Youssef, beau mâle amourable. Plus l’énergie. Dimanche, Sandrine B. déguste un sorbet pomme-framboise chez les jeunes mariés de Félicie, le dimanche aussi. Sylvie clique son Polaroïd (« Barbie, espècediconnasse ») fluoré sur nos mines réjouies et Jean-Marc fait tourner un Earth Wind & Fire de sa Compilation de l’Amour. « Jeunes et déjà vieux » pourrait-on qualifier les Quartiers d’octobre visités en fin d’après-midi aux Subsistances. L’emploi du site est calibré de telle manière que l’on se balade plus sur les pavés que dans les spectacles proposés. Des représentations de 45 minutes se succèdent à capacités limitées et ouvrent la curiosité de « On fait quoi maintenant ? Là-bas, c’est plein Ici, ça a déjà commençé ». Avec patience, nous atteignons le navrant : Label Cedana se goulotte dans un abri plastifié blanc ouvert de fenêtres translucides pour matage de contorsions sur composition technoïdale. Cet exercice poussif, au carbone 14 relevé « an 1988 », se veut peut-être moderne. Il est ringard par sa volonté affichée de faire electro-disjoncté. Ce qui était valable lors de l’avènement de la culture « techno » ne l’est plus 20 ans après : tout juste majeure, on attend plus des artistes, qui l’utilisent dans leur « uvre », une maltraitance, un viol et non ce bruitage chorégraphique lisse et insipide. La suite n’est pas mieux. Le Théâtre Komma aligne les spectateurs sur des rangées de chaises, façon salle d’attente d’un hall de gare, pour rien. Sans propos compréhensibles, sans émois remuants, les comédiens tournent autour de nous à faire les malins. On voudrait quitter la salle mais nos sièges en enfilades ne permettent pas la discrétion. Alors, on regarde par les fenêtres ceux qui n’ont pas pu assister à cet ennui et scrutent l’inaction, l’inattention, la fermeture des paupières.

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