Overdose éphémère

Vernissage, jeudi, au Rectangle, pour l’exposition « Actualités » dont on ne saisira guère le propos et encore moins l’unité « actuelle ». Des pièces « intéressantes » (comme on dit lorsque l’on ne trouve pas de mots pour qualifier notre insensibilité aux objets accrochés). Clignez des paupières. Pure action caritative à se montrer au concert marketing London Live Gig du Diesel Store (29, rue Édouard-Herriot). Je ne devrais jamais oublier le chic de Claire qui a toujours refusé de fréquenter ces opérations commerciales orchestrées par des boutiquiers.


La soirée se veut punky londonienne, certes animée par des bobbies bandants et un groupe pop-rock gentillet, mais je me sens à côté de la plaque branchée. Une nuée de punky-kids au sommet de la hype d’il y a deux ans. Je suis toujours surpris par la forte réactivité des jeunes gamins face aux modes (jeux ou vêtements) et affligé par cette lenteur des post-ados à épouser une nouvelle hype ; pire, leur incapacité à l’inventer. Disons que ni les boutiquiers et encore moins les établissements nocturnes lyonnais ne dévoilent un bout d’avant-garde. Je lève les yeux vers un ciel où les nuages seraient pixélisés de couleurs flashy, où des beaux gosses porteraient des t-shirts courts en couche sur des manches longues et banderaient leurs torses logotés d’un smiley jaune clinquant, où le vent soufflerait des rythmiques acides. La fin de cette mode électro-punk 80’s sonnera à Lyon dans quelques mois pendant que l’acid-house fait son retour dans les autres métropoles : Lyon, toujours petite provinciale de petits notables conservateurs. Clignez des paupières. Le portable accumule appels et messages. La pluie rend le sol glissant. Je n’ai plus soif. Je ne veux presque plus baiser. Mes anciens amours se manifestent tous au même moment. J’ai le souffle coupant. Le sommeil m’appelle. Le silence et la solitude m’accueillent. Rien. Besoin de presque rien. Overdose éphémère d’agir sur mes nuits. Je n’ai jamais considéré le coucher du soleil comme le commencement d’heures tendres ou superficielles. La nuit est violente. Pas de cette violence sociale diurne qu’il nous faudra bien accepter (puisque nous refusons de remettre en cause ce système capitaliste et charognard) et que les hommes sarkotiques voudraient faire disparaître par quelques coups de matraques électoralistes. Elle est violente dans ce qu’elle offre, à nous tous, un défouloir en ombres pour nos peurs physiques, nos désirs sexués, nos névroses ingérables et nos frustrations. Si je sors sans envie et peu solide, je me fais broyer par la faune nocturne. Un peu à l’image de ces matins hideux où, lorsque les portes des voitures de métro s’ouvrent, vous décidez de ne pas vous conglomérer à la fourmilière unidirectionnelle et de la couper à la perpendiculaire : si vous n’êtes pas ferme et décidé, vous vous cognez aux pas conditionnés de ces gens matinaux. Dans ma fréquentation de bars, bordels et discos, je suis prédateur déterminé : durcir mon corps pour intimider l’autre à ne pas me bousculer de son ivresse et ouvrir les yeux sur une proie excitante et amicale. Ce blindage ne maquille pas mes faiblesses mais me décolle de la victimisation. « L’inconnu qui se tire après deux heures de baise, je le vis très mal : je suis encore plus frustrée », lors d’un dîner. « Ils sont tous cons. Comment veux-tu que je trouve quelqu’un ? », sur un sofa de disco. « Mais tu ne peux pas faire l’amour à quelqu’un que tu ne connais pas : c’est de la pure consommation sexuelle », en aparté. Que de victimes d’illusions, d’amour absolu, du carcan « pas de chair sans complicité intelligible ». À jeu de prédateurs égal, échanges riches en sensualités et plaisirs. Ordonner à un mec de se mettre à quatre pattes m’amuse non par sadisme mais parce que l’autre est soit mon égal partenaire, soit une victime qui n’a pas encore compris que la douleur n’est pas la seule composante de sa consistance, de son existence. De 11 à 22 ans, mon être se tordait de la dé-pendaison du père. De 22 à 25, mon corps se crispait de la découpe de la mère. Et alors ? Ces souffrances, cette culpabilité stupide et ce rôle de « pauvre petit » me rendaient-ils plus vif ? Peut-être plus borderliner qu’une moyenne inconnue mais certainement plus réel, plus concret, moins dans la lune. Je touche l’autre par besoin animal. Je bois pour le cancer. Je prends quelques stupéfiants pour tester mon cerveau. Je baise pour me sentir léger et souriant, les couilles vides. Je danse avec la musique, seule composition aérienne à procurer du plaisir. J’écris ici non pas, et surtout pas, pour le lecteur potentiel ou habituel mais pour un essai maladroit d’un autrement. Écrire de l’émotion et fermez les paupières.

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