Lenteur imposée

Le lightstick trace un rail rouge à travers un nuage de fumée tabagique. Mercredi, Sébastien Érome crache une flamme rouge irréelle sur l’écran liquide du Coolpix lorsque Peggy-Laure Allard découvre son nouveau crâne rasé et s’attable au Mushi-Mushi. Sophie et Jean-Marie abusent de superlatifs pour qualifier le travail photographique de Sébastien puis se remémorent leur visite à la Biennale du design de Saint-Étienne : « Le fait d’exposer tous les designers, quelque soit leur nationalité et leur talent, dans un seul espace et sur le même principe du stand nu peut sembler égalitaire. En fait, on voit bien qu’entre un designer belge et un centrafricain, l’attention accordée à l’agencement de leurs oeuvres est loin d’être égalitaire ».


Mon Épouse, qui s’enfuira dans un état drunky vertigineux, relance Nasser sur son futur concours international de Uno. « Ce sera pour mars prochain mais je ne souhaite pas en dire plus », sourit le deejay alors que Cruz Poutre exige un copyright à chaque utilisation du déjà-culte « Se lécher comme des poneys » (©cruz poutre). Kamel arrose le comptoir d’un dernier verre. Clignez des paupières devant la fontaine Bartholdi noircie, les chevaux enlacés de cordes blanches lumineuses. Jeudi, la Fête des lumières s’ouvre sur 4 jours à se cacher et à se replier dans une lenteur imposée. Les masses badaudes qui entêtent les rues de la Presqu’île m’oppressent. J’ai peur. J’ai peur de leurs poussettes, des gosses, de cette foule au sol sans motivation autre que de lever les yeux au ciel, expérience qu’ils ont peut-être oublié depuis longtemps. Le 8 décembre est devenu une fête populaire réussie mais elle ne me regarde pas. Clignez des paupières. Nous trouvons refuge chaleureux à l’inauguration des nouveaux Enfants Gâtés. Le glacier du 3, place Sathonay s’agrandit pour nous réchauffer le gosier d’un salon de thé hivernal : chocolats, pâtisseries et brunchs dominicaux. L’entrée en matière s’initie au goûter pour enfants sages et jus de fruit avant de s’agiter sur liquides alcoolisés et sucreries fondantes. Stéphane L. se fait traiter de gosse pourri lorsqu’il nous explique sa stratégie de séduction : « Je prends mon amant comme un jouet en vitrine. Je le veux tout de suite. Oui, je suis un enfant gâté ». Roland, maître sexy de la maison, m’intimide et me rend gauche. L’accrochage viendra peut-être un jour prochain. Clignez des paupières. À l’approche de l’élection de Miss France au Palais des Sports, les 48 prétendantes au titre de potiche nationale rougissent sur la patinoire de la place Bellecour, vendredi. Le public rigole et l’enthousiasme se gèle. Gérard Collomb doit certainement faire la tournée des boutiques afin de trouver le costume digne de cette grande soirée de branchitude kitsch, samedi 14 décembre. Clignez des paupières. Samedi, un homme tenaille mes jambes sous l’eau en bulles du Double Side. Dans le même fluide sexué, ma main javellisée branle un voisin de baise. Agréable sensation que ces touchers anonymes et multiples. Doux abandon aux massages libidineux. L’étage de la Jungle déroute des hommes ivres, deux queues bandées hors de glory-holes et aspirées par un minet aveuglé et en prière, des chasseurs télécommandés par l’envie. Tout me paraît rude et crade. Tout n’est qu’échappée belle à l’ennui du sommeil. Clignez des paupières. Dimanche, à l’approche de la fermeture de son Modern Bar (ce samedi 14), Babby reçoit au comptoir. En transit, Christian Johan Bégaud nous invite au vernissage des peintures de David Morel dans sa boutique de la place Bellecour, jeudi 12, dès 20h. Le jeune artiste stéphanois, non satisfait de son physique de prince blond, s’entoile sur des grands formats terrifiants de finesse. Exposition vitale. Laconque sort de son internement amoureux avec quelques kilos superflus, accompagnée par L’Ange Brun. Carla se fait pousser par un ivrogne rondouillard. Mon Épouse superpose le style collégienne sur une veste militaire de travelleuse. Puis, la futur mère de mes enfants impose l’alcool à K-Line en crypto-Brigitte Bardot devant les chiens allongés sur le carrelage. Babby déforme ses joues avec sa langue pour me décrire comme « le meilleur suceur de la ville. Tu as des talents de société reconnus ». Mensonge. Je ne suis pas un très bon fellateur. Clignez des paupières. Christophe B. nous glisse des assiettes d’huitres et Sandrine B. espère toujours convertir Primabella à l’hétérosexualité. « Merci de m’avoir traité d’aristo fin de race. Vous vous êtes vu avec votre look de louveteau catho », charge Primabella en direction de Marie-Charlotte. Au Marais, Julien Micro P. se fait harponner par une danseuse orientale. Super Pénélope perd toute gestion de son homme qui testera ses baisers à tour-de-lèvres sous les voutes de L’United Café. Philippe Moncorgé se défroque pour nous laisser tater son caleçon long moule-bite pendant que Julien-Justin vouvoie quelques pimpos afin de décrocher un french kiss lessiveur. Brian, danseur écossais en gavroche toqué, ferme mes paupières d’un furtif attouchement.

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