Les yeux pleins de sucres

«  »Ils ont bien chauffé pour nous faire rentrer mais, là, c’est glacial » grelottera Pierre le Magnifique, mercredi, sous la verrière des Subsistances. L’émission Des Racines et des Ailes aligne, parmi son public ventilé d’une fraîche brise, quelques notables locaux. A table, Regis Neyret, Monsieur vieilles-pierres-forever, débute son historique de la luxueuse friche artistique à un Patrick De Carolis en pose d’écoute, la main collée au menton. On se dit qu’il va bientôt dropper Denis Trouxe, fondateur de ce pataquès municipal, lorsque courent sur les pavés Vincent Bady et une troupe d’intermittents du spectacle (sic !) appâtés par des caméras prime-time. En plein cadre derrière le présentateur fardé de France 3, les manifestants se font couper l’antenne par un premier reportage.


De Carolis arrache son micro et quitte le plateau en star. Certaines langues de vipère, prêtes à mordre un Klaus Hersche déjà moribond dans le microcosme culturel, auraient entendu un « Vous me le payerez ! » du journaliste au directeur des Subsistances. Voilà pour le seul moment passionnant de cette interminable soirée : l’ex-adjoint à la Culture sans sa minute de gloire et le petit Suisse se tapant la honte dans la sécurité de son lieu vide et sa gêne devant les intermittents. Au drink organisé au Cosmo, Super Pénélope s’excuse de m’avoir choisi comme escort-boy dans ce triste endroit. Émmanuel Merieu me donne la chair de coq, ce ressentiment animalier où vous détestez quelqu’un sans même l’avoir salué. Le metteur en scène sent l’intellectualisme juteux et l’usage du faux révolté. Clignez des paupières. Jeudi au vernissage de David Morel, Christian Yohan Bégot ouvre sa boutique de la place Bellecour à de jeunes beaux-hardeux, des amis esthètes, Nicolas Stifter et Madame pour une exposition haute-sensibilité de fins tableaux détaillés de bizzareries discrètes. Après un plateau fromage au Bastringue en compagnie d’Elodie Bouesnard et son Lolosodo d’architecte, je me retrouve plaqué contre une paroi obscure à la Jungle par un pimpo impatient. Mes mains se lassent et mon partenaire me quitte d’un « On ne va pas passer 15 minutes à se tripoter comme ça sans baiser ». Tant pis, tant mieux. Clignez des paupières. Dire que la Nuit Lumière à La Sucrière est une pure merveille pourrait sembler abusif dans cette rubrique, étant entendu que Lyon Capitale en est un des principaux organisateurs et que je pourrais être taxé d’autopromotion. Pourtant, vendredi, les sourires se plissent en coeur, le Tout Lyon se mixe sous le béton magique de l’Entrepôt des sucres. K-Line acquiesce : « Il y a un mélange de people impressionnant. Un vrai tour de force ». Mon Épouse, Jean-Paul Brunet, Philippe Chavent, Helena et Gregoire Roche, Michel Essertier et Marie-Pierre, Hubert Lafférière, Cruz Poutre, Carla, Jean-Pierre Bouchard, Joël, Paul Satis, Duchesse et Maître XXY s’invitent à cette folie douce. Ours Fort s’imagine à la cérémonie des oscars devant les caméras de TLM, le corps raide, un pied en avant, une main dans la poche, l’autre au bras d’une escort-girl. La belle rigole de sa prestation de potiche : « Je viens de finir un tournage avec Marc Dorcel et j’avais besoin d’argent ». Plus loin, Jean-Luc Estournel propose à Jacques Haffner de poser nu en ma compagnie afin d’illustrer le signe des Gémeaux dans son calendrier people bientôt en vente au profit d’Étudiants contre le Sida : « Le contraste entre toi, en sortie d’Auschwitz, et Jacques peut être intéressant ». Oui, si je cache mes cotes saillantes en posant derrière le real jet-setter. François Verdet se lance dans le piquage de badges Kanardo sur les vestes d’élus. Patrice Beghain se voit remettre officiellement ce médaillon de canard pixélisé avant de nous faire photojeter en James Bond boys, dos à dos et tirant des balles de nos doigts. Nous tentons d’approcher Gérard Collomb afin de lui remettre une distinction « kanardo » mais le maire joue son Bertrand Delanoë à retardement, poursuivi par les caméras drivées par Guillaume. Ce même maire, en pleine éloge des mesures sarkotiques, ne tentera pas de jouer le Petit Nicolas lorsque Claire Carthonet viendra l’interpeler sur les figures scandaleuses et imposées aux prostituées lyonnaises : Monsieur Collomb tourne rapidement les talons sans discussion. Clignez des paupières. Z2, coiffé d’un bonnet de Père Noël inonde le ciel de petits pétards serpentins devant un Alain Turgeon, néo-dandy en écharpe écossaise. Mon Épouse propose de charger Laurent ‘wanabee Boyer’ Natale, en pleine captation («  »Il garde la DV chez lui pour se filmer sous tous les angles », se moquera un invité), du titre suprême : « Le Frédéric Taddéï lyonnais ». Julien Micro P. se libidine à grande vitesse lorsque je cligne des paupières. Dans les Pentes, la fête Lunettes bordélise bouteilles dans tous les coins de l’atelier, Antoine en pleine chorégraphie progressive («  »Dis-moi que je suis le meilleur danseur du Monde » »), Grande Cécile en crise (« J’ai perdu mon pull Agnès B. et mes clés d’appart ») et toute une faune survitaminée incouchage. Fermez les paupières, samedi, à la fermeture définitive du Modern Bar. Que l’âme du comptoir de Babby vive encore et dans pleins d’ailleurs.

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