J’ai du sang sur les doigts

« Tomorrow, tomorrow will not be like today tomorrow, I will be happy tomorrow » languit Superpitcher (Kompakt Rec.) sur un nuage hyperphonique qui égrène les perles blanches d’une guitare sèche. Clignez des paupières. Cette première Nuits Mobiles de l’an 3 aurait pu, initialement, se titrer « Le Reste Off 2002 », compilation de tout ce que je n’ai pas voulu écrire sur la vieille année : Le 30 décembre 2001, mon agression en appartement par un présumé amant qui m’amène à faire une déposition d’homme drunky aux yeux rouges accoudé à Laconque au commissariat du troisième.

L’expérience nocturne mémorable du Printemps des Poètes à La Piscine du Rhône où les participants se laissent enfermer dans des cabines humides et s’offrent les frayeurs lettrées de la Compagnie des Trois Huit. En avril, quatre CRS à nos trousses lorsque Christophe B. braille, à 1h du matin, un « Stop aux fachos » dans le mégaphone après une manifestation contre Le Pen. La fierté et le soulagement de se voir féliciter par un photographe, le 5 mai à la préfecture, suite à notre happening dans la permanence chiraquienne pour brandir des pancartes « Monsieur 82 %, j’ai vomi après avoir voté pour toi ». La délivrance rythmique imposée aux corps de Marie, Violaine, Nicolas Stifter et David Cantéra par le dj-set massif de Mr Scruff pendant le Sonar Festival de Barcelone en juin. Mon jeu de prédateur cynique sur tous mes ASSAS (Amants Sans Suite Amoureuse) « scorpionisés » à La Jungle, au Medley et au Double Side. Mes trois années de célibat (déjà) malgré les accroches de Rachid, Alexis et Patrick. Un été noir où les huissiers me coursent pour des loyers impayés, où Guillaume P. part dans le décor routier pour finir dans un cimetière du Bordelais, où je ne crois pas pouvoir survivre au père suicidé à l’aube de ces 32 années qui s’approchent tant de moi. Les frissons de bonheur offert par la Compagnie Quasar lors de la toujours très respectable Biennale de la Danse. La formation du Carré d’Or (Duchesse, Super-Pénélope, Mon Épouse, Carla, K-Line, Cruz Poutre, Maître XXY, Joël, OLB, Julien Micro P.) dans ce trop stylé et peu familier quartier des Pentes. Le Geogaddi de Boards Of Canada qui restera l’album hi-fi de l’année. Mon manque de tenue à m’endormir dans une cabine de La Jungle, le pantalon baissé et la queue vigilante. Mon agacement face à ce conservatisme « raffarineux » qui assoupit cette belle et riche ville. Le mépris que m’inspirent les djs locaux, incapables de restyliser les genres. Mon questionnement sur le pourquoi une « petite » ville comme Grenoble produit des Miss Kittin & The Hacker, machines à danser infernales et internationalement reconnues, alors que Lyon ne s’exporte que par ses musiques « dubs » pour fumeurs de joints tranquilles. Les remerciements affectueux (à certains, amoureux) pour ce 2002 curieux à Mon Épouse, Christophe B., Babby du Modern Bar, Mireille et Jean-Luc de feu VertuBleu, Patrice Béghain, Jacques Haffner, Carla, Z2, Guillaume, Kamel du Mushi-Mushi, Jean-Olivier Arfeullière, Sandrine B., Primabella, Line et Gilles du Medley, Géraldine et Kévin, La Koutoubia, Florent de la Table d’Hyppolite, Les Chats Siamois, Marc Gassion, Le Bimb, K-Line, Mathieu, Gaelle Communal et à tous les lecteurs dont j’ignore l’exis-dense et pour lesquels je n’écris pas. Clignez des paupières. Et puis. Et puis, je sors d’un rêve perturbant : j’ai du sang sur les doigts. Je suis allongé dans une barque sur une rivière noire et bercé par un courant calme. J’ouvre les yeux et la pleine lune noie mes pupilles de son blanc crémeux. Je fixe l’astre, ce Nevada lointain. Le long du rivage feuillu, une foule tente d’attirer mon regard par des cris d’horreurs, pour certains, et de joies, pour la plupart. Mes mains sont rouges et chaudes. Un nuage, magnétisé par le rond clair, vide la lumière de mes rétines et assombrit le ciel. Je tente de m’asseoir et m’appuie sur mes bras. Une douleur électrique se nervure de mes poignets à mes épaules jusqu’à marquer une grimace sur mon visage pourtant apaisé. Je capte les alentours, les applaudissements, les montrés-du-doigts accusateurs. La cale du flotteur boit les étoiles, petites têtes d’allumettes en feu sur une flaque de sang. Mes doigts n’ont plus d’ongles. J’ai mal mais suis heureux comme, en plein éveillé, je suis heureux de ma naïveté préservée mais en douleur face à ce méchant cynisme qui m’attrape et pourrait me basculer dans l’aigreur caractéristique du vieux con. Clignez des paupières. Je me réveille la bouche pâteuse et tente de me rappeler la suite de mon parcours sanguinaire. Sans issue. Dommage. « Tomorrow will be not like today tomorrow, il will be happy » relance le lecteur-cd. J’ouvre grandes les paupières, puis souris. Bienvenue à tous en 2003.

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