La machine à bouloches

Les étincelles jaunes et rouges des bolides se courbent ou se détendent pour entrer et sortir de mes semelles. Un champ infini de lampadaires s’étire jusqu’à ne marquer, au loin, qu’un horizon clair dans l’obscurité. Sous mes pieds, le tunnel de la Croix-Rousse. Au milieu de la rue des Fantasques, Le Temps Perdu. Lundi, les amis du Clairon fêtent la réussite de la vente d’uvres en soutien de la Lettre confidentielle d’Albert Agostino. Myriam éclate ballons de rouge sur papillotes de poissons avant de regonfler les questions d’amour et de psychanalyse.


La tablée se drinkize de politiques, cultures et engagements. Vincent Girard, célèbre pour ses luminaires go-between et que l’on a connu beaucoup plus agressif dans ses postures à cramer l’objectif d’une vidéosurveillance pour indécence, lance son énigme : « Comment magnétiser un livre afin de pouvoir le placer dans n’importe quelle position sur une plaque de fer aimantée ? » Après un long brainstorming chez ses voisins d’assiettes, plutôt pessimistes sur l’issue de l’entreprise, l’artiste expulse : « Votre incompréhension ouvre les portes de ma compréhension ». Clignez des paupières. Cette rare intelligence dans la disposition des uvres, la force des propos et les émotions provoquées font de l’exposition consacrée à Adrian Piper une des plus impressionnantes expériences arty du moment. Jeudi, l’Institut d’Art Contemporain de Villeurbanne vernit une rétrospective de l’artiste noire américaine. Même si ce type d’événement inaugural distrait plus qu’il ne rend attentif aux pièces exposées (nuée de « beausardeux », arty-people et pique-picoles habituels qui forcent la public-relation), le trouble et l’attraction de l’exposition agitent l’inner-eyes. Des yeux, il est question dans une boîte en colimaçon dont le coeur nous emprisonne sur une série de visages d’hommes noirs aux yeux verdâtres. Malaise pour le petit bourgeois blanc. Ouvrez très grandes les paupières. Vendredi, Rue Royale Architectes donne son pot d’agence annuel. Déprimé ou pas, le rendez-vous ne pouvait pas être évité, étant toujours vécu comme le plus grand et le plus borderline des apéros de début d’année. Dans la cour de l’immeuble, une piste d’atterrissage rouge sanguin pour hélicoptère de Guillaume Gelay et Arno Piroud nous avertit qu’il faudra bien redescendre d’en haut. En haut, les invités se hélicent dans une ronde autour d’expos, de verres et d’amusements. Édouard, homme au regard persan, scanne : « Il y a des arty, des Pentards, beaucoup d’alcooliques Non ? ». Jean-Alain Fonlupt se fond d’admiration dans les éléphants détourés de Fred de Boc. J’enlace Gaelle Communal, mon coeur palpitant. Gilles Buna étudie de très près l’architecture des bouteilles vides lorsque Carla et Z2 dynamitent les lieux. « Non, je n’ai pas le look Dynasty. D’accord, mon pull bouloche un peu » se défend Carla après s’être vu gratifiée de « très à la mode, ton look Dynasty. Il ne te manque plus que la grosse ceinture en chute sur les hanches ». Dj Fraggle, expatrié à Paris, crâne : « Je peux t’envoyer une machine à bouloches depuis la capitale. Très efficace ». Z2 se dandine, toisé d’un « An Emotionnal Beat In A World Of Fury » en script sur son t-shirt. Pierre Obrecht promet l’envoi expéditif de sa carte de vux, forcément vital : le bel homme est habité par l’originalité de la chose. Virginie teste en continu son portable-photographique de fashion victim. Puis je m’enferme dans les toilettes avec Arletty. Elle baisse son pantalon, d’une main maintient la porte fermée, de l’autre touche le filet d’eau ouvert sur le lavabo pour laver ce qui n’est pas encore le temps. Étrange impression de se placardiser avec une pieuvre joyeuse. Clignez des paupières sur un moment heureux. Au Double Side, je désaoule dans un jacuzzi où deux bouches se glissent sous ma serviette sans que l’envie ne m’agite. Drunky, le sexe est trop dur. À La Jungle, un « butch » se laisse pincer à sang les seins et se sent prêt à avaler. Clignez des paupières. « C’était pour la soirée d’un mec qui bossait pour Christian Lacroix un truc dans le genre. Mais mixer là-bas me foutait en l’air mes vacances Pour le CV, mon nom est sur le flyer. Ca suffit, non ? » tente de se justifier Dj Arnie, programmé au Bains Douches lors de la Fashion Week. Samedi, Christian et Frédéric Sicre amusent leurs invités au Maya Bar. Arnie se fait harceler par un pimpo très « je suis Genevois bien monté ». Primabella refuse bavardage de table avec Lola et m’encourage à la drague de Valery, jeune blond et professeur de philo. Gérard, fashion victim intemporelle, se défait de son manteau grippé d’un renard en peau morte sur l’épaule. Alcools et danses digestives sur le mix-album vital « Dj-Kicks-Tiga » pour continuer cette nuit excitée. Clignez des paupières. L’Ambassade se rythme sur l’afro-house du plus qu’excellent Dj Manoo à en faire « transer » Frédéric Sicre et Jacques Haffner en veillée de son Gay Tea Dance hebdomadaire au 10. Fermez les paupières en perte de sens lors de l’after d’Enjoy au DV1.

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