I Want To Be A Dog (Érosion érotique)

Sexe est drogue. Normal qu’il se commercialise à éjaculations intenses derrière des portes en tissus noirs, dans des bordels dénommés « sex-clubs », sur les trottoirs, sur les écrans de la toile électronique et dans tous les recoins de la clandestinité excitante (chiottes publiques, aires de repos d’autoroute, gares, abords d’équipements sportifs). Le sexe rejoint l’alcool, les chimiothérapies pour dépressifs, la coke, les jeux d’argent et la clope dans cette course au semblant de la maîtrise de soi et, surtout, la possession de l’autre. Je baise trop.


Je baise à ne plus sentir la nature des baisers que l’on me pose sur les joues. Trop humides, ils m’inspirent un ressenti libidinal. Secs et rapides, ils m’indiffèrent à fracasser la tête du propriétaire de ces lèvres stériles contre la surface cabosseuse la plus proche de mon empoignade crispée. Et puis. Et puis, il y a les baisers qui coulent le long de l’échine et font tordre de plaisir. Ceux-là vous signalent que le toucher est d’importance. Sexe est drogue. Ne pas baiser crée un manque. Baiser rend énergique. Trop baiser ennuie et machinalise. Clignez des paupières. Mardi, Roland se pose sur une banquette de l’Indice 203. Le gentilhomme, dernière connaissance à ouvrir une faille dans mes certitudes, étincelle mon regard malgré ses remarques sur ma vie qui part dans tous les non-senses. « Tes articles sont très drôles mais un peu… » me corrige-t-il. Je ne serais qu’une sex victim froide et perverse résonne dans les circuits internes. Roland m’excite le détournement de fonctionnement quotidien. Clignez des paupières chez Mathieu à loucher des cuillères de soupe réchauffante et à aguicher le convoité-patissier des Enfants Gâtés de propositions indécentes. Mercredi, je décline l’invitation du Carré d’Or (Mon Épouse, Duchesse, K-Line, Cruz Poutre) en direction de La Marquise pour une soirée « Soupe » organisée par Concept Food. Envie de silence. Jeudi, Joël rappelle le désordre en signalant une soirée consacrée à Alain Pacadis sur France Culture. Je zappe l’émission consacrée à la référence absolue du nightclubbing pour me laisser embobiner par Mathieu devant un « Punch-Drunk Love » captivant et sans incidence idéologique majeure au CNP Terreaux. Je n’aime pas les toiles à films. Du moins, je n’ai aucun élan naturel à aller m’enfermer dans une pièce où personne ne se regarde, où tout le monde fixe un seul et unique grand écran pour s’évader égoïstement dans une histoire irréelle. Être assis sans regarder l’autre et se faire happer par un filet lumineux ne me convient que lorsque je suis profondément déprimé. Au 10 de Jacques Haffner, Mathieu analyse ma faiblesse pour les hommes tonsurés ou dégarnis comme « un penchant pour la virilité : la calvitie est provoquée par une trop grande production de testotérone ». Bien rassurant. Clignez des paupières. « Ce qui est fascinant, c’est que la réalité dépasse toujours de très loin la fiction », conclut Frédéric après avoir narré les horreurs risibles de ses petits criminels (empoisonneuses, escrocs et tueurs tarés). Toujours au 10, vendredi, je bise avec affection Pierre Le Magnifique, Guy et Alain du décontracté Le Guilain avant de rejoindre Mon Épouse et Cruz Poutre au Mushi-Mushi et « fêter » sa réouverture après un mois de fermeture administrative. Kamel absent, Dj Slider fait couler la bière alors que Cruz Poutre s’imagine en Béatrice Ardisson : « Je suis en train de télécharger une série de reprises des standards pop rock ». À quand une édition de Lyon Première ? Clignez des paupières. Je casque Mon Épouse, au Voxx, du I Want To Be A Dog des Stooges lorsqu’un cuiré en perfecto nous ferme les paupières en brandissant, hors de sa Lada parquée devant le bar, son cd des Sex Pistols : « Le No Guns est une reprise des Stooges ». J’embrasse la future mère de mes enfants et ouvre le crépuscule à La Jungle dans un échange virulent avec un prédateur qui me bécote en professionnel : « Tu es un scorpion comme moi : si on se mord, nous mourons. Alors casse-toi ». Clignez des paupières. Tombé du Ciel arrose son sixième anniversaire en même temps que Christophe B., son trente-sixième, samedi. « Je la déteste : je suis sûr que c’est une goudou refoulée », se pique Primabella à l’arrivée de Marie-Charlotte, suivie par Julien-Justin, mon frère. Chatte Rouge bouscule ma drague sur un Olivier over-sexy et mes coulées de mains pour Asstouch. Clignez des paupières. « Tes dires me font peur », se laisse enlanguer Patrick au Medley. Le jeune homme n’a rien compris à l’amour compromis que je lui voue. Julien-Justin retrouve Alexandre, « celui qui rêve d’une Mercedes et nous a fait fuir en prétendant être boutiquier », puis je ferme les paupières, assis entre les jambes de Marie en sortie de L’Ambassade, Vincent au volant du bolide pour un dernier Pulps.

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