Roots in

Nous longeons les quais sous un vent glacé à cisailler les doigts et scléroser les jambes. Sous le casque, la voix sidérale de Bernard Sumner fait raisonner un lancinant « Set you free Set you free / Set you free », tiré du Here To Stay de New Order, revisité par Felix Da Housecat. Jeudi, Julien Micro P. m’embarque sur sa Vespa pour la « Garden Party » donnée en l’honneur du nouveau Type 34. A priori, rien ne devait nous diriger vers ce genre de lieu qui sent la bimbo kilométrique et le pimpo propre et étudiant en école de commerce.


Mais Nathalie Cayuela se charge de la bonne communication et des coupes de champagne pleins les doigts. On ne sait pas trop pourquoi Marie-Charlotte et Philippe Moncorgé gravitent autour de ce long bar aux torches en aluminium renversées et flashant une salle grise et austère où rien ne se passe. Sans effort, Philippe négocie avec une étudiante en communication, en quête éperdue d’un dossier de presse à effectuer gratuitement. « On va monter une exposition à New York et cette jeune femme est disposée à travailler sur le projet » avance, hilare, le peintre. Hubert Lafferière pose pour les caméras de Lyonclubbimbos, à nous faire demander si l’agenda de l’adjoint n’est pas calé sur celui de cette si misérable émission. Clignez des paupières. Julien évite de peu un conflit armé avec des poseurs sans manières. J’avance vers le bar d’un pas assuré et parsème quelques « pardon » dans la masse aseptisée. Les convives sont tellement rassurées de leur « fashion attitude » et « very importance » qu’ils en deviennent rigides et stériles. Leur demander pardon, une main sur l’épaule, est peut-être considéré par ces gens comme servitude alors que ce n’est qu’une marque de savoir-fêter. Voilà mon problème avec ce genre de lieux « tendance » (le label est toujours dans l’air du temps dans le versant campagnard de Lyon) : tout est vulgaire et figé. Rien d’ouvert et rien à ouvrir. Clignez des paupières. Vendredi, Patrice Armengau et Étienne saluent Jean-Paul « doux et éternel ado » Brunet, au 10, dont l’affluence ne cesse de croître et devient dangereuse pour tous paparazzi habitués aux rares événements concentrateurs de « pipaul » locaux : le lieu happe à lui tout seul tout ce que la ville compte de fêtards, cultureux, hommes politiques, influents et prescripteurs de modes. Jacques Haffner est en passe de réussir à fidéliser des personnalités qui ne sortaient pas, ou trop peu, dans un bar qui attend toujours, « administrativement », de devenir club. Patrice A. interroge Roland sur les spécialités des Enfants Gâtés. Le bel homme, en instance d’un pseudo dans cette rubrique (« je préférerais que tu m’oublies en tant que Roland »), ne s’avère pas vendeur né. Positif. Ab de tapiole.com verse sur ma vodka-glace les derniers potins gays à découvrir sur le site : « L’Oasis réouvre à l’angle rue des Capucins et rue Cousotu, mercredi 19, avec visite habillée du nouveau sauna. L’ex-Grand Jardin va devenir un club gay sous la direction de l’ancien patron du Cap Opéra. La brasserie, à côté de la pharmacie du Griffon, sera bientôt un bar-restaurant gay. Tout cela va ramener un peu de fraîcheur ». Clignez des paupières. Nous arrivons trop tard à l’àKGB pour danser sur le dj-set de Stéphane Cayrol. Impossible de savoir si le journaliste de TLM s’est lancé dans un mix « présumé décalé » à la Béatrice Ardisson ou, plus rooty et à la mode, en 2 Many Djs lumineux. Plus loin, un texto explicatif fluorisera le portable : « Très touché de votre passage hier soir avec Jacques et Jean-Paul. J’ai réalisé un petit rêve d’ado. Rien de créatif, juste un petit délire pour grand enfant ». Nous basculons nos verres pour fuir ce lieu insipide. Après un tour de piste à L’Ambassade, je cligne des paupières au Medley et serre dans mes doigts moites une pomme d’amour sucrée offerte par Gilles. dimanche, Nathalie Cayuela trinque au 10 avec Jacques Corre. Mon enjambement provoqué entre Marie Charlotte et Philippe Moncorgé fête son un an d’âge : « Est-ce qu’après un an de relation, tu fais l’amour tous les jours ? » se fent, épuisé, Philippe. Un gogo boy travesti en punk blond se masturbe dans un pichet de jus de fruit à faire soupirer Marie : « Il est énorme ! Énorme ! Laissez-moi passer, pour voir ». Guy Darmet sourit alors que j’entreprends un professeur bourguignon qui vérifie l’étendue de ma pilosité torsale. À l’United Café, je retrouve Jean-Louis et Alain : « Six ans que nous sommes ensemble grâce à toi Promis, tu seras le parrain de notre premier enfant », sourit Jean-Louis. Je rebondis : « J’ai passé toute cette soirée avec des couples que j’ai formé. Étrange ? » Jean-Louis : « Les cordonniers sont les moins bien chaussés ». Fermez les paupières sur les va-et-vient acides du I Dance Alone de Swayzak : « I dance alone Nobody home to confort me ».

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