Je ne suis personne

« Il n’y a pas osmose : tu n’as même pas de poppers et tu me prends pour une bouche » tente de s’humaniser, lundi, un gentilhomme à qui je caresse la tête alors qu’un inconnu ne dégage plus sa bouche du glory-hole, en attente de mon retour de trique. À La Jungle, une érection solide m’éloigne du vrai. Je donne mon sexe ennuyé avant de cligner des paupières. Mardi, au Café 203, Mathieu prétend que la culture est source de compréhension du monde qui nous entoure et enrichissement personnel. Mais quel « capital vie » peut apporter le savoir ? À quoi sert la connaissance si celle-là ne bouscule pas notre fonctionnement interne ? À crever riche d’intellectualisme ? À briller en société de réflexions abstraites ?


Les arts me bousculent dans ce qu’ils ont de sensibles et d’émouvants. Le « sensé réfléchi » soit m’ennuie, soit flatte mon ego. Intérêt plus que minime. Intérêt plus appuyé au Théâtre du Point du Jour pour les Loteries de Sarah Fourage et la Compagnie du Bonhomme. Cinq personnages freaky encastrés dans des boîtes coulissantes sortent un à un tels des pantins en bataille et manipulés dans un jeu de vieux gamins cruels. Le spectateur s’invite dans cette petite boutique de l’horreur d’un amour perdu par bêtise et d’un vice en fin d’histoire : l’atrocité grossière d’un conte inhumain dans l’humain de la plaisanterie, du peu sérieux qu’est la vie. Une vraie fête foraine. Une belle pièce servie par de brillants comédiens. Nicolas Fine en fin de représentation tire pourtant la grimace malgré les félicitations de Super Pénélope et Julien Micro P. « Nous n’étions moins bons qu’hier », baisse les yeux sur son papier à rouler, le comédien. Nicolas me trouble par tous ces doutes qui semblent le remplir et le rendre friable, à l’investir de mon manque d’affects. A un amusé « Tu ne m’as jamais proposé ta couche », le jeune homme entretient mon attirance : « Mais, tu ne me l’as jamais demandé ». Clignez des paupières. Mercredi, Fab de tapiole.com déambule dans les couloirs de l’Oasis pour une visite guidée du nouveau sauna homo (2, rue Coustou. Quartier Pentes). « Là, ce sera ma suite perso. Bon, j’apporterai quelques bricoles et objets de déco. C’est pas mal comme chambre à baiser. Non ? » s’émoustille le webwriter dans un grand placard à sexe. La pré-ouverture privée de ce bel ensemble à vapeur regroupe patrons gays et quelques jeunes femmes (qui seront, dès le lendemain, interdites du lieu), ventilés par la machinerie chauffante. Tous sirotent verre sur verre à défaut de se déshabiller. L’air est chaud et la folie molle. Clignez des paupières. Apercevoir Laurence Renaudin, jeudi, chez Olivier Houg signale d’entrée que le vernissage réunira forcément le Terracota du milieu arty. Le temps de viser les installations (sans gros choc dans la face) amène Z2, un ballon de rouge en boutonnière et le pas léger, dans les pas d’Anne-Lise et Michael pour un début de nuit décrassant. Aurélie Haberey tient en sac ses derniers clichés destinés à l’exposition photographique que la jeune femme lancera le 19 mars prochain au Modern Art Café. « J’aimerais te les montrer mais ce n’est pas le lieu », me tient affectueusement le bras ma portraitiste « presque » attitrée. Clignez des paupières. Nous courons le quartier Ainay pour une chute en table. Le Bastringue se recueille, assis devant une conteuse. Le Comptoir Saint Hélène s’électrise au bar avec les exagérations de Karine B. et à l’étage avec un Z2 amoureux virtuel qui veut rêver encore et toujours : « Mais, je m’en moque si je n’embrasse jamais cette fille. L’idée de pouvoir un jour l’embrasser suffit à alimenter mes espoirs » ricoche-t-il lorsqu’Anne-Lise souhaite le ramener à la réalité crue. Clignez des paupières au Pulps à gigoter sur un mix crypto 80’s dans le genre « je t’enchaîne un Tiga And Zyntherius avec un Chicks On Speed, le tout avec mes pieds mais dans le move du moment ». Vendredi, Philippe Faure joue la dernière de son Malade Imaginaire au Théatre de La Croix-Rousse. Comme dans Moi Tout Seul, ce qui touche à l’admirable chez le comédien-directeur est cette capacité à être juste dans la retenue d’une émotion, des tourments que l’on imagine tout près de la peau. Il y a chez ce « Malade » de Faure, toute la mauvaise fois, la quête éperdue de tendresse, la frilosité à s’étouffer sous les tonnes de coussins qui blanchissent la scène et tous ces palliatifs irréels qui nous remuent tous. Vital et à reconsommer la saison prochaine sans ordonnance. Au souper d’après représentation, Matt bondit sur la sono à en ôter le couscous de la bouche de Philippe Faure et observer l’agité rythmique. Super Pénélope retrouve son Micro. P en fermeture du 10 avant de s’emballer à la table de Carla au Funambule. Clignez des paupières. Michel Essertier tente de me convaincre que : « Où tu dis d’aller, les gens vont. Tu es un révélateur ». Je ne suis personne. Fermez les paupières.

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