All day and all the night

Au loin, des perles humides de lumière filent s’écraser sur les berges. L’eau noire du fleuve graisse les baleines en béton armé qui thoraxent la terrasse de la Piscine du Rhône. En ses entrailles, lundi, le « Meeting poétique » inaugural du Printemps des Poètes chérit promeneurs nocturnes, artistes, comédiens et lettrés. Le coeur de la langue ne bat plus assez fort pour respirer à pleins poumons.


Au bordel littéraire mouvant et pseudo-improvisé qui avait réussi, lors de l’édition 2002, à extraire et amplifier la magie du ventre nautique succèdent des performances et lectures statiques qui corsettent le visiteur dans un imaginaire trop étriqué. Clignez des paupières. Au Rectangle, jeudi, des Fashionista arty se laissent guidés par des bodybuildés sur les bancs de musculation, une verre pendu au poignet cassé, le sac à main en guise d’haltère. Concept Food continue ses rendez-vous Soup mix pour créer l’émeute autour d’une casserole de pot-au-feu. Isabelle Dejeux grince dès son arrivée : « Il y a trop de monde. C’était plus chaleureux la dernière fois à La Marquise« . Des corps sirotent, allongés sur de grands duvets blancs. Du bruit, beaucoup de bruit. Super Pénélope dresse le court listing de « tous mes ennemis, ici présents » alors qu’Agnès, jeune designer de fauteuils improbables, trouve Laurent Gaudin « très séduisant mais j’ai repéré un jeune mec qui, j’en suis sûre, n’attend que moi ». Philippe Moncorgé fait discussion à part, loin de Marie-Charlotte, et s’apprête à lancer un nouveau projet lunaire et très certainement inutile, donc indispensable. Je ne lui laisse pas le temps de m’éclaircir sur cette création et me jette sur une vitre embuée pour y inscrire : « My Heart Belongs To Mammy ». Clignez des paupières. Après un exercice de poids avec Pierre Budimir, des baisers aux M & Ms (Géraldine et Kévin), Sylvie Perret et Agnès Vézirian, François Kanardo Verdet nous entraînent au vernissage de La Nombreuse au Modern Art Café. Avant chemin, nous aurons eu le temps d’harponner le jeune timide, « je m’appelle Laurent. Je suis d’Orléans », courtiserie de la designeuse vampire. La terrasse déborde de kids-skaters et borderliners. « A l’intérieur, c’est freaks », ressort, transpirante, Super Pénélope. Julien Micro P. cligne des paupières sur sa Vespa. Nous ne rejoindrons pas David Cantéra pour danser sur le set époustouflant de Mr Scruff à La Marquise mais jouerons la séduction sur l’investissable Laurent au Matchico, bar où personne ne peut faire la gueule dans son coin tellement il y a de bavards sous l’épaisse couche de fumée tabageuse. Agnès Morel gagne la partie avec le provincial d’une entre-confession : « J’ai besoin d’un câlin ». Clignez des paupières. Des pans vitrés, enquillés les uns derrière les autres, dupliquent le corps des danseurs. De petits écrans à projections amplifient, floutent les battements de jambes et mains. Vendredi, Saburo Teshigawara bascule la Maison de la Danse dans une oeuvre belle mais difficile. Je n’arrive pas à larguer ma quête de compréhension pour rejoindre l’instable, ces résonances lumineuses qui déforment ou multiplient, ce combat pour l’unité de l’être, ses rêveries, les traces que l’on veut au delà de la vie laisser, cette pleine sérénité atteinte en fin de course. Le spectacle est trop intelligent pour un homme qui n’a pas assez dormi. Clignez des paupières. Après une invitation à souper au Crème (2, rue Fernand-Rey, quartier des Pentes) en compagnie de Super Pénélope, nous tablons avec Mon Épouse, Duchesse, Cruz Poutre et Joël au KiKi KaïKaï (10, rue Burdeau, quartier des Pentes), nouveau bar brocante à la mode. Troublé par la présence de Patrick, mon amour au plus que conditionnel, j’oublie la discussion du Carré d’Or autour de « la fellation complète soit la F.C. et l’interrompue, la F.I. » définies comme « celle où tu avales et l’autre pas ». Clignez des paupières. Samedi, Joël ouvre son duplex avec terrasse-à-alcoolisme à « des troupeaux de créatures anglaises avec des seins de partout », pointe Duchesse. Maître XXY affirme que je « ne peux pas ne pas croire en l’amour » alors que je lui explique que la croyance à besoin d’idéologie. Or, je n’ai aucune idée sur ce que sera mon prochain amour, ni quand il se manifestera. Duchesse cligne des paupières sur cette surboum enivrante en hurlant le « Girl, I want to be with you all the time. All day and all the night » des The Kinks. Dimanche, au Gay Tea Dance du 10, Richelieu promet de venir rire à Freaks, ce mercredi 19 dans ce même bar, où je suis censé jouer au pousseur de disques. L’auto-promo faite, Guy Darmet en retour du Bresil corrige l’impression mitigée que m’a laissé le spectacle de vendredi. « Évidemment, si tu te couches à 7h du matin, tu n’es pas forcément en bonne condition pour apprécier ce spectacle », abuse-t-il d’un sourire. Claire Carthonnet se prend au jeu du vouvoiement et annonce la sortie de son livre pour le 28 avril chez Robert Laffont. Fermez les paupières.

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