Ouverture

« Non, non. Ce n’est pas de la chanson engagée. Enfin ils luttent contre la double peine et le Front National« , avait réussi à me convaincre Mathieu pour l’accompagner au concert de La Tordue. Mais, mardi, au Transbordeur, les deux groupes programmés en première partie ouvrent une soirée pour post-pubères fumeurs de joints et vaguement révoltés. Une suite de duos balance dans la fosse des textes minorés et réducteurs « sociétaux » par accords simplets de guitare sèche, violoncelle ou accordéon. « C’est très Amélie Poulain« , essaie de me détendre, Mathieu.


« C’est très chanson-à-boire entre jeunes pentards qui finiront conseillers bancaires en cravates et écouteront en boucle le futur intégral de Carla Bruni. Peut-être même, habiteront-ils le canal Saint-Martin », charge-je. La Tordue aligne chansons engagées et réalistes bien foutues mais sans aucun rythme. Ce qui m’éloigne de la variété française est cette culture profonde qu’affectionnent les gens du pays pour le texte, au détriment du groovy : pour plaire et vendre ici, il faut que les interprètes montrent qu’ils ont du coffre ou qu’ils narrent une histoire « intéressante ». La musique n’est qu’une triste accompagnatrice. Seuls, Gainsbourg, la musique électronique et le hip hop national nous sauvent de cette misère ambiante du pauvre son. Clignez des paupières. Vendredi, nous entreprenons un zapping nocturne des bars gays après avoir trinqué au Kikikaïkaï en compagnie de Pierre-Bertrand. Au lendemain de la soirée inaugurale du bar le plus dans l’air du temps et qui provoquait une grosse colère de Super Pénélope pour s’en être fait refoulée («  »Elle voulait absolument un carton d’invitation alors qu’on y tout le temps fourré. C’est fini de ce lieu » »), Emmanuel me représente Mariana, peste et dérisoirement détestée. Mathieu insiste pour un passage éclaire à L’United Café afin de mater quelques pimpos provinciaux avant de nous retrouver à pleurer, rue Mercière, devant les cages à poules du Restaurant Agricole. « Libérez ces pauvres bêtes », menace-je les serveurs, un doigt près des becs. « Mais, nous les changeons tous les deux jours. Elles retrouvent une basse-cour pour souffler un peu », se dédouanent les tortionnaires. Clignez des paupières. « Ils te montrent la cage et tu choisis ta volaille. J’ai choisi la plus craintive, la seule qui se tapissait au fond, par pure cruauté », maline Carla au Medley après un souper au nouveau restaurant de Michel Barthod. « C’est votre canard ? Je suis heureux de connaître votre nouvel amant », me félicite Julien-Justin à l’approche de Pierre-Betrand. Line balance la tête et prétend : « Je me suis colorée en blonde platine pour enfin retrouver l’intelligence ». Nous clignons des paupières lorsque sortent Mariana et Emmanuel d’une private party, rue Neuve. « Je vous laisse mon téléphone et vous promets de vous croquer dans toutes les positions » abuse le dessinateur à en rendre jaloux mon boyfriend. Mariana happe Mathieu pour une dernière danse à L’Ambassade, rouverte « all night long ». Samedi, au petit matin, Pierre-Bertrand glisse sa bouche contre mon oreiller : « Je ne sais pas si vous avez besoin de -Moi- dans votre lit ou juste -Quelqu’un- dans votre lit ». Question sans réponse. Clignez des paupières. La trentaine de participants au championnat international de Uno de Lyon se divise en plusieurs tables du Kikikaïkaï. Je me fais descendre dès la première manche alors que Mon Epouse, Super Pénélope et Cruz Poutre défendent l’honneur du Carré d’Or à coup de « Uno ! Si ! J’ai dit « Uno » ! Toi, ne me cherche pas ! ». Chaque gagnant du round dispute la pool de « la win » et les autres ramassent les miettes dans une compétition dégénérée de « la loose ». Je m’insurge contre le fait que « les losers ne pourront jamais être repêchés et réintégrer le pool des winners », avant de me faire moucher par Vin.100 et Nassaboy. Après « Petite » et « Grande » Finale, la remise des prix honore Mon Epouse, Antoine ou Doumé. Je serai gratifié du prix de la mauvaise foi (sic). Pré-drunky par une après-midi ludique et familiale à réinventer au plus vite, nous partons fumer le narguilé avec Elodie et Bruno Ansellem chez Sandrine B. Duchesse et K-Line jouent les body-girls lascives de Robert V. sur un canapé en osier hamiltonien et sniffent du poppers entre deux pommes en fumée. Nous shampouinons sur les meilleures senteurs du marché (entre Guerlain, Caron ou Yves Saint-Laurent) avant de tituber et cligner des paupières. Dimanche, lors du traditionnel hard strip au « Gay Tea Dance » du 10, Jacques Haffner annonce la nuit-dédicace du pavé de la bellissime Claire Carthonnet, J’ai quelque chose à vous dire, le mardi 28 avril dans sa disco retapinée en centre sexy huilé et ultra-mondain. Fermer les paupières sur un moelleux et doux I’ve Got You under My Skin de Franck Sinatra.

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