Peur sur la vie

Des pas de course s’approchent de mon dos. J’entends crier mon prénom. Je me retourne et vois trois silhouettes pourchasser un jeune homme, Paul. Lundi, 3h, le ciel est encore chaud et mon âme dans le vague. Paul s’époumone : « Je ne sais pas ce qu’ils me veulent. Je ne leur ai rien fait. » Un molosse s’approche de nous. J’avance mon bras en sa direction afin d’essayer de parler. « Pousse-toi », coupe la brute avant de lancer son poing dans la tête de Paul. Par lâcheté (peut-être) ou parce que je ne sais pas me battre (plus sûrement), je m’écarte d’une dizaine de mètres alors que mon ami est mis à terre et fracassé par les trois frappes. Le 17 répond qu’il arrive. J’ai peur.


Le coeur se bat contre ma peau de poule. En moins de trois minutes, deux voitures de flics banalisées m’encadrent. Paul s’enfuit plus haut, gratuitement détruit. Je suis embarqué pour une virée en centre ville afin de retrouver les malfrats. La batterie de bleus qui m’escorte ne m’impressionne pas. L’autorité policière de la rue ne m’a jamais impressionné. En attente à l’hôtel de police ou dans un commissariat, un peu plus. Là, j’ai souvenir que tout se mélange : gamins menottés, femmes en pleurs, mecs en sang, colts qui vous passent sous les yeux. On ne sait plus quelles sont les victimes, quels sont les agresseurs. Clignez des paupières. Lundi, la chasse aux trois truands s’arrête net lorsqu’un type se balade en pleine rue, un flashball cranté en main. La voiture stoppe et tout s’accélère. L’armé est sommé de s’allonger au sol, quatre flingues pointés sur sa face. Je commence à cauchemarder sur la suite de cette nuit avant de cligner des paupières avec difficulté. Comment digérer ces temps de violence ? Avoir toujours peur ? C’est ce que souhaitent les petits délinquants. C’est ce que souhaitent également les pouvoirs publics et tous ces hommes sarkotiques. Clignez des paupières. Le show-off des rondes du samedi soir où une 3-6 blindée de policiers mâles contrôle une 4-6 crachant du son et empilant quatre caïds à la peau pas assez claire provoque un effet troublant : ce même jeu du rapport de force, ce machisme du « j’ai la plus grosse », qui suinte des caisses. Clignez des paupières. « Dis bonjour à la caméra », nous amusions-nous, il y a quelques nuits, les têtes tendues et grimaçant aux yeux vidéo installés à presque tous les carrefours du quartier Terreaux. Clignez des paupières. Le 21 avril 2002 ne serait peut-être pas un accident électoral où le pays aurait demandé à ses dirigeants d’être plus proches de ses préoccupations quotidiennes. Il aurait plutôt poussé le bulletin un peu loin pour exiger simplisme clair et réductions idéologiques soit une certaine forme de populisme. Belle aubaine pour ces hommes addictés au pouvoir qui, depuis un an, n’ont pas d’autre courage politique que de sortir l’artillerie lourde de la vidéosurveillance et des cars de CRS afin de réduire « l’insécurité » et de montrer concrètement leur « uvre ». L’Ordre (et sa visibilité) est devenu un monument au même titre que les grands travaux en dur que l’élu sort du sol afin de convaincre ses électeurs qu’il « a fait quelque chose ». Les agresseurs de Paul doivent être punis. Que proposent cependant nos maires à ceux qui n’auront pas une caméra dans leur rue ou dans leur cage d’escalier ? Nos dirigeants ont-ils oublié l’environnement social, urbain et éducatif dans lequel germe, à chaque instant, une armada de futures petites frappes ? Doit-on, à Lyon, décréter un couvre-baston à minuit (ou à 1h pour ces présumés causeurs de trouble « antisocial » que seraient les limonadiers) où, tous, nous devrions nous cloîtrer et vivre dans la peur de l’autre ? Clignez des paupières. Le week-end nous amènera, vendredi, à s’évader sur de l’early house savoureusement sillonné par le toujours excellent Manoo et dj Touch à L’Ambassade. Mathieu me jalousera de fricodanser avec une blonde ultra sexy avant qu’Emmanuel B. me textote son départ de la Hot Cargo du Transbordeur. Samedi, je consomme les serial fuckers à La Jungle. Des tours de queues sous la pénombre du bordel, en rappel de Sébastien L. au DV1 : « Oui, je crois en l’amour. Pourquoi cela te dérange-t-il ? » Fermez les paupières.

Sorties préventives (courts-lettrages). Petites projections sur ce que les prochaines nuits auront de « Vital ». Ce mercredi 23 avril, Freaks revient au 10 (10, rue Mulet, quartier Terreaux) avec les no-Djs Colas Rifkiss, François Maihles et, s’il a retrouvé ses disques, Sébastien Érome. Du 28 mai au 1er juin, le Festival des Nuits sonores devrait voir défiler Ellen Allien, Schneider TM, Roussia, Add’n To (X), Pan Sonic, Felix Da Housecat et Derrick Carter dans plusieurs lieux de la ville. Que du bon qui fera certainement oublier le visuel nullissime de ce premier festival électro de la ville : une trop glamoureuse platine-disque sur un vieux parquet pourri qui mérite une sélection officielle pour le sacre du plan de communication le plus ringard de l’année.

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