Poses aoûtiennes

Alors que les plus râleurs tenteront de perpétuer le dicton « À Lyon, la nuit, on s’emmerde et le mois d’août n’arrange rien », ou que d’autres chercheront déjà à renifler ce que les limonadiers vont nous servir de nouveau à la rentrée, un parcours aoûtien vital et alternatif s’impose, afin d’éviter les chaises vides des faux bars à la mode ou des discos trop climatisées suite à une clientèle évaporée.


Ouvre-boîtes. Fixer un rendez-vous en terrasse à des amis pour un apéritif à l’abri des vroum-vroum de l’automobiliste et du soleil qui cagnarde n’est pas chose facile en hyper centre-ville. On se concentrera dans la rue de L’Arbre-Sec pour un Café 203, toujours aussi bien et malin, ou à L’Étoile Opéra, nouveau spot gay apériteux beaucoup moins amusant que ne l’était le Cap Opéra à son heure de gloire. Pour le coup à rire et gay-friendly, il est préférable de se battre une des trois tables en plein air à La Ruche (rue Gentil). Plus aéré, et toujours dans le quartier Terreaux, Les Arcades de la place Louis-Pradel sert enfin ses clients correctement, c’est-à-dire avec sourire et attention. Sa terrasse surplombe l’angle du Péristyle, le salon d’été vital où les amoureux de jazz et de belles choses s’hydratent avec langueur. Déjà un classique et au sommet de la mode estivale. Clignez des paupières. La place Sathonay sent la campagne, mais son Café de la Mairie pue l’étudiant rebelle, rejeton de bobos pas rigolos. On se ruera en face, Aux Enfants Gâtés, pour descendre les pyramides en sorbets de l’excellente fabrique et aussi doux salon de thé. Pour le vrai calme, le Matchico (angle de la montée de la Grande-Côte et rue René-Leynaud) s’impose comme la véritable terrasse de quartier, avec enfants qui jouent au foot et gens peu sauvages en buveurs conviviaux. Dernières alternatives, le boulevard de la Croix-Rousse, avec le Modern Art Café et le Café du Gros caillou (de nouveau comestible), nous permettent de prendre hauteur et léger frais. Sur les quais, on fuira les Café du Pond, Bus Café et autres poudres aux yeux conceptuelles et grosses conserveries de la petite bourgeoisie locale pour des trinques à la Buvette du pont Wilson, à La Passagère et au Café Mug. Clignez des paupières.

Dans le ventre. Même si le dépaysement est garanti dans les restaurants en bord de Saône en sortie Nord de la ville, le must de saison reste encore Chez Francis, quai Rambaud. Un bonheur pour pas cher et cette agréable sensation lors du retour en cinq minutes sur les quais bouillants de la Presqu’île d’avoir fait trois heures de route pour s’isoler et farnienter. Pour ceux qui n’ont pas peur de sentir un peu le graillon, la Friterie Marty (grande rue de la Guillotière) assure toujours autant dans l’assiette que dans l’animation environnante. La fidélité aux tables qui ne déçoivent jamais sera encore renouvelée pour les lasagnes sur musique disco ritale servies Chez Carlo (rue Palais-Grillet), pour les meilleurs couscous de Lyon à Koutoubia (rue Hyppolyte-Flandrin) ou dans la perfection thaïlandaise des Chats Siamois (petite rue des Feuillants). Selon votre baromètre financier, tablées se formeront aux Terrasses de La Tour Rose (rue du Buf), au Nord (rue Neuve), Chez Albert (place Fernand-Rey), au Temps Perdu (rue des Fantasques), à Mon Manège à Moi (rue Neuve) ou en transpiration très tardive au Balmoral (rue Lanterne). Clignez des paupières.

In Da Club. Mis à part la constance dans la qualité isolément défendue par L’Ambassade (rue Stella) et la Marquise (quai Augagneur), mois d’été ou pas, l’ennui règne sur les dancefloors lyonnais : musiques cheesy, lounge d’ascenseurs qui maintient l’efficacité de votre déodorant à son maximum et service à la limite de l’impolitesse. « Les clients n’en ont rien à foutre de la qualité musicale d’un lieu. Plus tu leur mets une musique de merde, plus ils sont contents et tu fais du chiffre », avançait trop justement un chef d’établissement. L’United Café (quai de la Pêcherie) est l’antre de la nuit gay bas de gamme qui amuse presque tout le monde, hétéros compris. La climatisation du DV1 (rue Violi) ne peut plus que souffler fumée et transpiration sur les corps compactés et ravagés par la hardhouse fatigante qui grésille tous les week-ends dans sa salle « techno ». En entrée du club, Richelieu s’invite pour ce petit supplément d’âme kitsch, rétro et sans conséquence, qui faisait et fait encore le succès du Medley (rue Childebert). Le 10 de Jacques Haffner (rue Mulet) passe l’été à la douce avec une fréquentation erratique et un deejay résident qui fait plaisir lorsqu’il part en vacances. Pour les plus conscients qu’ils sont le fer de lance de la mode et du chic, La Voile (quai Maréchal-Joffre) organise des séminaires d’hétéros bien bronzés en trance sur David Guetta (« C’est trop bien. J’adore tes tongs. Ce sont des Dior ? Non ! ? ») et, en hauteur, La Chapelle (montée de Choulans) fait la même chose avec les homos (« C’est trop bien. J’adore ton t-shirt. C’est un Dior ? Non ! ? »). Clignez des paupières. Pour les aventuriers peu fanatiques de Pom’ka entre lunettes de soleil monogrammées, Le Soleil (rue René-Leynaud) offre le rooty sulfureux, et Le Gazomètre, l’esprit festif que l’on cherchait tant. Fermez les paupières.

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