Zee magnificient truth

Le pavé blanc sur l’écran de mon Imac attend que les touches du clavier le noircissent de signes. La semaine écoulée m’a grippé à soigner un coup de froid qui assomme. Si peu de sorties effectuées que je cale à cligner des paupières. Alors qu’écrire ? Régler quelques comptes avec mes ennemis ? Déclarer ma flamme à mes amours éternelles ? Inventer du faux ?


Avant que nous attachions ensemble nos vies, Super Pénélope pensait que Nuits Mobiles était une pure invention d’un chroniqueur, frimeur bien propre sur lui et à l’imagination fertile. Ce n’est pas la première lectrice à m’avoir tordu un peu plus les dents dans cette interprétation de ce qu’elle aime pourtant lire. D’autres y sont allés(e)s en négations : « Je n’y comprends rien mais je lis quand même » ou « Tu enjolives la nuit : Lyon est une ville triste », voire « Tu détournes une réalité et utilises les gens que tu croises pour servir un texte littéraire ». Ces « retours » en griefs et flatteries ne m’interrogent jamais sur la teneur de mon écrit. Je me fous du lecteur qui parcourt cette rubrique hebdomadaire. Je ne le connais pas et ne pense jamais à lui. Nonobstant, il me rappelle parfois à la réalité du rédacteur qui diffuse sa vie chaque semaine dans ce journal : une nuit, une certaine Valérie m’empoigne à La Marquise et me raconte la sienne et l’admiration qu’elle me voue. C’est forcément gênant. Un petit matin, un homme me brosse : « J’ai découpé et rangé ton dernier article tellement c’était beau ». C’est gênant. « Écris un livre », relancent souvent de fidèles lecteurs. C’est toujours gênant. Il y a aussi ceux qui ont l’habitude d’être « droppés » dans cette colonne et pensent que dévoiler une partie infime de leur vie peut les faire basculer dans l’horreur. J’abuse. Mais ils abusent. Combien de lecteurs lisent ce texte à cet instant ? Impossible à savoir. Il y a aussi ceux qui me connaissent et s’évertuent aux excès nocturnes pour être « name-dropped ». Clignez des paupières. Je me fous du lecteur. Parce qu’il n’y a pas un lecteur-recepteur qui ne ressemble à un autre. Parce que je n’ai pas envie de faire plaisir à quelques-uns. Parce que je n’ai pas de « cibles » comme les quincailleries médiatiques les définissent aujourd’hui. Alors, pourquoi déballer ma vie ici ? « Cela doit vous être d’une utilité thérapeutique un peu comme un journal intime », croyait savoir un confrère traînant ses névroses au comptoir du Medley. Je suis un peu malade des pensées comme tout un chacun mais fréquentais, chaque mardi soir, une psychiatre tout en écrivant ici. Pas de quoi encombrer ces colonnes pour me soigner. Clignez des paupières. Je suis fils d’ouvriers, petit-fils de paysans et originaire d’un de ces trous du cul du pays qu’affectionnent les Jean-Pierre (Pernaud et Raffarin) populistes. La ville est mon espace et le village, ma désolation. Voilà pourquoi j’écris. L’urbain me happe, me bouffe et j’en redemande. J’aime Lyon tel le campagnard de souche qui découvre l’existence d’un escalator à l’arrivée du train dans la « grande » gare. J’aime cette ville parce qu’elle m’apporte ce qui m’est vital : de la nourriture artistique et de la boisson humaine. Je vire rapidement à la moquerie ou la méchanceté lorsque je croise ces « notables » qui voudraient être « tendance » (sic pour ce sale mot qui tache les doigts) et s’imaginent « parisiens » (re-sic). Ils me paraissent avoir plutôt les pieds à l’étroit dans la bouse d’une basse-cour. Les quelques médias qui s’intéressent à la vie nocturne adorent les basses-cours. Ils s’engluent dedans avec délectation et prétendent faire ainsi du « people ». Voilà pourquoi j’écris. Pour jouer le rôle d’un missionnaire prétentieux qui espère laisser, dans les archives du textuel, une trace autre que celle d’une bimbo accrochée à son sac bon marché et souriant pour un instant sans saveur devant l’objectif d’un photographe. J’ai l’arrogance d’être le seul rédacteur lyonnais à sortir la Nuit telle qu’elle peut se déchiffrer dans ces colonnes avec la bénédiction (d’indifférence ?) de mon directeur de publication adoré (l’homme sait se faire aimer et manipuler votre attache). Mais je suis pris, à répétitions, par les doutes du pigiste qui se sent un peu seul dans son entreprise de diffusion d’une nuit différente. À quoi sert une telle rubrique dans cette déferlante du « pipoul » sur papier glacé, du nivellement de l’esprit nocturne à hauteur de la bourgeoisie oisive ou du trash insensé et sensationnel ? Je ne sais. Peut-être, rêvé-je de finir journaliste maudit tel un Alain Pacadis assassiné. Je ne sais. Mais tout continue. Fermez les paupières sur une chronique poussive. Ce n’est pas la première et certainement pas la dernière.

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