Night Fight

Mardi, Nathalie Cayuela défigure La Chapelle lors de la soirée de lancement de Francom. Presse. Aux habituels frimeurs du lieu succèdent, pour un soir, des convives amusantes, drôles et bavardes. Jacques Haffner introduit Claire Carthonnet comme nouvelle ambassadrice de son club qui attire sur son corsage nombrilien le verbe de Denis de Mongolfier.


Robert V se moque du « vacherin » en coiffe sur Lady Wonder et la tacle en sourire : « Et tu trouves que Jean-Louis Tourraine est bien habillé ? Tu as vu son costume ! ? » Après deux bouchées et quelques salutations, Marie Charlotte me présente un publicitaire pour PMR (Personnes à Mobilité Réduite) et Édouard, jeune Forrest UMP, qui prétend « (avoir) une grosse queue, je vous assure ». Clignez des paupières sur un cocktail de rentrée haut de gamme. Un comptoir d’aérogare, équipé de ses chariots et pèse-bagages, agglutine les faux voyageurs. Horaires et destinations défilent sur le flight board et deux agents de l’air filtrent les curieux derrière un portique d’embarquement pour l’étage de la galerie. Jeudi, La BF15 vernit son Airport avec pigeons voyageurs dans les starting blocks et piste de décollage en visée sur le palais Saint-Pierre. Je ne sais pas si l’initiateur du projet, Yann Toma, considère cette installation comme une uvre d’art mais le visiteur a plutôt l’impression de planer dans un jeu d’enfant basique : virtualiser un espace (cabinet de médecin, boulangerie) dans une seule pièce et « faire comme si tu étais ». Cette madeleine régressive digérée, l’exposition ne présente aucun intérêt. Clignez des paupières. « Intéressant », voire « très intéressant », se répète à l’emporte-pièce exposée de tout vernissage d’art. L’expression sauve le « savant visiteur » d’une « mauvaise » interprétation de ce qu’il croit percevoir à travers l’uvre, ou l’objet, qu’on lui tend. Au vernissage de Rendez-Vous (Galerie des Terreaux), Cruz Poutre détecte « toute la jet set des Pentes » avant que Gérard Collomb et ses adjoints slaloment d’une salle à l’autre. À l’entonnoir pour bellâtres, nous repérons un bon filet de jeunes hommes « vavavoum » bien plus excitants que les artistes installés. Rodolphe, visage magnifique et déjà harponné à la BF15, se fait aligner par Robert V : « Ta tenue de plombier ? C’est la mode du moment ? ». Julien (photo) m’éloigne : « Ce soir, je ne suis pas escorté par ma copine. Pour autant, évite de me draguer ». Nous tournons dans Romance de Virginie Polanski, backroom blanche au plafond rose entêtée d’un sample de « Je t’aime moi non plus ». L’installation aurait pu atteindre le septième ciel si elle s’était simplifiée : son côté bricolage fugitif, radiateur et petits déchets roses arrachés compliquent l’intention fast-sex du dédale. La Fake Bomb de Mark Bain explose comme la pièce la plus marquante de l’exposition : une bombe « hypersonic » à porter en sac-à-dos et à dégoupiller par appel téléphonique sur un mobile-déclencheur. L’idée tueuse de l’artiste est que l’on puisse s’entraîner à vivre au milieu de bombes humaines « factices ». Malin et atomique. Clignez des paupières. À La Sucrière, le dîner donné en suite du vernissage attable ses invités alors que je joue le no-dj, passeur obligé d’une musique à faibles densités pour un lieu à l’acoustique infâme. Dans mon épreuve, Henri Parado viendra me soutenir d’une discussion de passionné en early hip hop et d’un verre de vin avant de cligner des paupières. « Tu veux un coup d’absinthe ? », se relève ASSA 48 après m’avoir tiré l’entrejambe jusqu’à soif dans l’ombre de La Jungle. Sexe tendu, je goulotte une pleine gorgée de l’alcool qui rend fou. Le joli et passablement junké replace la bouteille dans sa veste. Il ouvre un regard à part, très à l’écart de ces banalités sexuées. Un écorché qui se saigne. Je m’imagine vivre une histoire amoureuse commune en liaison directe avec la destruction par excès de tout et manipulation cynique de tous. Clignez des paupières. Samedi, Super Pénélope me convie à la présentation de la Battle Hip Hop, défis de danse à suivre en soirée sur la place des Terreaux. Dans l’Amphithéâtre de l’Opéra, nous dilatons nos pupilles sous l’effet des figures de breakdance résumées par les Pokémons. Clignez des paupières. Z2 s’échappe après quatre flûtes de « je ne sais pas ce qu’ils nous font boire mais, au quatrième, je suis presque bourré » et enfourche son vélo, « un Motobécane, 10 vitesses ». Au 10, Reine Claude a sorti les bijoux de famille pour son cinquantième anniversaire. « Elles sont belles. N’est-ce pas Bébé ? », reclique-t-elle ses oreilles de sa rivière de faux diamants. Marie-Stéphane et Super Pénélope échangent sur le thème générique « amours et bébés » et je me tords les boyaux à la vue de Lynx et Patrick, deux amours impossibles en sérieux copinage. Au Medley, le « n’importe quoi » nous emporte : Marie Stéphane roule des bras sur Claude François. Super P. me frotte sur Beyoncé. Claudius lâche Catherine A dans l’arène sans inquiétude de dérive incontrôlée de la belle. Alain s’allongerait bien dans mon lit pour me buccoler mais se fatigue d’un « tu habites trop loin ». Fermez les paupières.

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