Adventures beyond the ultraworld

Sur un fronton brodouaisien, des ampoules blanches s’agencent et éclairent des « happy hours » pour happy fews. Mardi, la Biennale d’Art contemporain sert son dîner inaugural sur la terrasse de la piscine du Rhône. Artistes exposés barbotent au milieu d’institutionnels et abonnés mondains. On éprouve toujours un extrême bonheur à se pavaner au bord des bassins d’eau sous ce thorax bétonné splendide.


Même si Vincent Carry devise avec justesse : « Cette soirée n’est pas partie pour être très festive ». Quelques-uns débattent sur la venue ministérielle (antidatée d’un jour) de Jean-Jacques Aillagon et analysent l’événement microscopique : « Il craignait les manifestations d’intermittents lors de l’inauguration » se coagule avec : « Les caciques de l’UMP ont du le piloter pour faire chier Collomb ». Un peu à croc, le maire confiera : « S’ils (Perben & Forrest UMP, ndlr) me mettent la pression à trois ans de l’élection municipale, qu’est-ce que cela va être pendant la campagne ? » Clignez des paupières. Patrice Béghain prétend qu’il n’est pas d’humeur exécrable lorsqu’il dirige sur moi un peu amical : « J’aime la connerie humaine et la beauté ». Super Pénélope s’emballe pour l’organisation d’une soirée haute en fantasmes au Café sur l’eau de Philippe Chavent. « Régine a fait la même fête à Saint-Tropez. La preuve que c’est au sommet de la mode », argue-t-elle à pleine gorgée de bière lorsque Claudius (photo) se gargan-tue de saucisson aux lentilles. Plus je bois, plus je regarde les pieds de ces invités trop calmes. Puis fatalise : « Ils sont un peu ringards les arty. Entre ceux qui traînent toujours en Converse et ceux qui ambitionnent la Stan Smith, personne n’ose l’avant-garde de la basket à double velcro ». Nous clignons des paupières au bar de la Tour rose où j’éteins une cigarette à côté d’un verre final de Martini dry. Mercredi, le Tout-Lyon s’empoussière les mocassins sur le quai Rambaud pour l’ouverture de la BAC à la Sucrière. Michel Noir surtaille la foule de sa silhouette de colosse et fait rire Jean-Paul ‘forever young’ Brunet : « Regardez, Guy Darmet paraît tout petit à côté de lui ». Kanardo Family s’entretient d’un projet secret avec Guy Walter, intrigué par le velours épais écourté sur les chaussures gavroche de François Verdet. Clignez des paupières. Après l’entrée dans le silo d’accueil du site, Philippe Auchère pose pour un cliché dans les toilettes. Super P. s’amuse dans la vigne dansante de Piero Gilardi pendant que je me fais happer par le mur à pixels de Tim Head, particules infimes à synapser la contemplation et l’imaginaire infini. En étage, deux écrans forcent un sourire gêné par l’étrangeté de l’irréel : les avions d’Hiraki Sawa envahissent un appartement et une cage d’escalier pour favoriser notre paranoïa. Nous courons dans toutes les salles avant fermeture. Clignez des paupières au Café sur l’eau Catherine A. drive avec poigne Frédéric Sicre, en serveur-pro («  »Je suis sûre qu’il a trafiqué son CV », s’envenimera-t-elle sans sérieux), et Claire Carthonnet, en escort girl de charme. Jeudi, Françoise Rey et Olivier Angèle pénètrent dans un cabaret à putes, bas fonds coupe-gorge et realistic reconstitué à la Villa Gillet. De vieux téléphones tentent de se faire une place sur des tables encombrées de peluches, entrejambes en greffe avec des ballons capotes. Dans ce merdier qui suinte le malfamé (ou l’affamé sexuel) se font attendre les Frigos de Copi, mis en scène par Gilles Pastor. Ensuite, tout va très vite. Jean-Philippe Salério nous surprend par-derrière, par-devant, par la bouche, par les yeux lorsqu’il ne se fait pas sodomiser par un éléphant bleu sous stroboscope ou que, réincarné en chien qu’il (qu’elle) aurait pu être, il ne lève pas la patte sur un spectateur. Par son interprétation affolante et en veuf-empoigneur de personnages pluriels, le comédien nous allonge à nous faire demander qu’elle est notre réalité, notre définition sexuelle, notre identité. Le questionnement est soutenu par les séquences dansées par Kiki, travelo orientalisé fabuleux et habité d’une ambiguïté généreuse et paisible. Clignez des paupières sur une pièce trop sexuée pour en devenir obscène et négligeable. Vendredi ouvre le River Boat (2, quai Augagneur), nouveau disco-bar gay et petite merveille de décoration sobre et minutieuse soit une certaine idée du chic. Si les chefs à bord ne visent pas une clientèle « branchouille » (tant mieux), tous les embarqués du premier soir semblent plus qu’enjoués. Clignez des paupières au Motor Men Bar dans un clapier souterrain où deux saints se disputent une prière salivante à mes pieds. Samedi, Adventures Beyond the Ultraworld, album classique et vital de The Orb, se répète dans ma carcasse fatiguée avant de finir cette lourde semaine à la Maison de la Danse.Corps est graphique de la compagnie Käfig dévisse ses danseurs costumés en vis sans fin qui sursautent dans des figures hip hop rageuses avant de les amener à s’accomplir dans des élans gracieux, malins et amuseurs. Fermez les paupières.

0 comments on “Adventures beyond the ultraworldAdd yours →

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*