Si les intermittents de l’amour faisaient grève

Un damier de curs rouges lumineux presse une vapeur rouge vivante et chaude sur de larges canapés, un lit encoussiné et des fauteuils crapauds en plastique rose translucide. Le 10 inaugure, mercredi, sa nouvelle salle sexy et enivrée d’une atmosphère hédoniste. Claire Carthonnet reçoit ses invités dans une tenue de lionne vavavoum et crêpe sa crinière de mèches châtain clair dans l’air du temps capillicole.


Elle trinque en compagnie de Victor Bosch, Jean Flachet, Fred D. ou Guillaume Tanhia. Super Pénélope baille. Jean Paul Brunet nous réveille de ces instants où le show off, et son posing raide, nous pousserait volontiers à des écarts impolis. Voilà le désagréable du lieu : ce côté « branché » forcé et rigide qui casse tout le sexy, très mid-90’s, réinventé par Jacques Haffner. Clignez des paupières. Le mari, le visage cisaillé des premières rides, tient les doigts bagués de sa vieille mère. La femme, belle et en bleu traditionnel, endimanchée, roule sa plus jeune fille dans une poussette 4×4. La plus grande enfant porte un bijou de famille trop lourd pour l’âge de ses os. Jeudi, les bonnes familles et cathos poussiéreux se prennent les pieds dans le Tapis Rouge de la rue Auguste-Comte. Je longe rapidement la rue des antiquaires avant de regagner le Campbells pour le cinquième anniversaire de Nuits mobiles. Gilles Pastor sourit au présent de star offert par Jean-René : Un Chanel N° 5 « de circonstance » qui amusera également Vincent Carry et Jean-Alain Fonlupt en navette entre le petit bar et la fête du Grand Café des Négociants. Clignez des paupières. Delphine et Nassaboy, Estelle Desplaces et Raph, Marie et Jacques Perrichon, Valérie et Raphaël Ruffier, les M & Ms, Mon Épouse et Cruz Poutre défilent en amoureux pour me faire monter dans le surdosage éthylique. Z2 branche son rétroprojecteur et hurle : « Qui veut faire une soirée diapo de mes vacances en Bulgarie ? » Le Carré d’Or part s’éponger au Balmoral lorsque Dj Arnie réconcilie Marie Rigaud avec le psychédélisme de l’acid-house, revival musical actuel : « L’Acid joue avec la modularité des sonorités. Des graves, très sombres, aux aigus, joyeux, vous voyagez dans les sentiments et l’imagination ». François Kanardo Verdet nous donne rendez-vous à l’exposition de Thomas Canto, au Buldo, ce jeudi 9, tandis que Philippe Moncorgé insiste pour que l’on tombe dans l’ennui de l’espace VIP du Grand Prix de tennis de Lyon où « j’ai accroché des toiles de Terres Battues ». En fin de nuit, Marie-Charlotte et Julien-Justin nous présentent à un cheptel de jolis bourgeois, folles des pieds, avant de cligner des paupières. Tout commence drôlement sur la terrasse du River Boat, vendredi. La péniche du 2, quai Augagneur gonfle d’une aura ascensionnelle et se profile lieu en vogue. Mathieu s’embrume dans des considérations complexes et nous flashgordons à La Ruche où il s’agitera : « Si les intermittents de l’amour faisaient grève, vous imaginez dans quel bordel enfin, non dans quel néant nous serions. » Clignez des paupières. À Luc (United Café), le mathématicien court après un pimpo lunaire. Je me fais serrer par un amour impossible qui joue au tourniquet aimanté. Un pôle attractif : « Je t’aime beaucoup. Je peux te serrer dans mes bras ? » Un pôle révulsif : « Ce que tu écris me fais peur. Je suis amoureux (mais pas de toi, ndlr) ». Plus tard, une name-dropped de cette rubrique m’accuse de toutes les manipulations textuelles et de susciter des clashs privés. Time Has Changed de Codec And Flexor me courbe le corps dans une danse échappatoire à ces tentatives massacrantes : L’un ne peut m’aimer parce que mes écrits vont trop loin sur ma vie sexuelle. L’autre pourrait me détester parce que je dévoile des angles de vies « publiques » qui ne dérangent qu’eux-et-eux-mêmes et si peu le lecteur dégagé de ces historiettes nocturnes codées. Envie de me couper les poignets. Clignez des paupières, allongé dans le souterrain obscur de la Jungle, un serial fucker en songe sur mon torse : « Dans un monde où l’on veut éliminer notre odorat, j’aime cet endroit pour ses senteurs de culs, poppers et transpiration ». Samedi me relève. Les Enfants Gâtés retrouvent Super Pénélope et Christian au River Boat. Nous discutons parfums et cosmétiques avant de souper sous le grand plafond de la Brasserie Georges et convoquer la direction à l’heure du dessert : « Comment ? une maison de tradition comme la vôtre ne sert plus sa fameuse omelette norvégienne à minuit ? » Clignez des paupières. Au Medley, tout se simplifie en pur amusement. Mathieu se fait courtiser par un Placingo fabuleux « qui parle cinq langues » avant de le repousser froidement. Alain me ferme dans les toilettes et me promet de « faire des efforts » lors de notre prochaine aventure sexuée. Super P. danse jusqu’à épuisement et nous aide à faire un tas dans les escaliers du club. Je questionne les partants : « Vous voulez bien me sucer, là, maintenant ? » Denis corrige : « Vous ne voulez pas le prendre en bouche ? » Fermez les paupières sur des yeux de dessins animés féeriques.

0 comments on “Si les intermittents de l’amour faisaient grèveAdd yours →

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*