Better, stronger, faster

Place Catalunya, mercredi, une file d’attente déborde sur le trottoir de la Fnac Barcelone. Smoothy court-circuite ce serpent humain prêt à mordre des billets-à-danser puis tente de récupérer son sésame pour trois jours de fêtes féroces. Sonar affiche déjà complet sur plusieurs lieux.


Le festival de musiques électroniques, modèle mondial de toutes les autres manifestations du genre et pèlerinage annuel pour plus de 90 000 corps fous, débute dans quelques heures. Clignez des paupières. « D’accord, nous commençons les nuits doucement », acquiesce Spanky en table au Marguarita Blue et déjà trempée dans l’alcool. Un trapèze bascule un athlète sur les têtes des habitués. Deux Américaines nécessiteraient une descente de la Brigade d’Esthétisme au regard de leur tenue de « soeurs jumelles pouffiasses ». Clignez des paupières. Sur La Rambla, je questionne un tapin pour retrouver le chemin de Salsitas, bar hypeux où top models et expatriés sexy se languissent sous des ventilateurs coloniaux. La transexuelle profite de son explication pour me malaxer les couilles et inciter Switchy à lancer : « Pas capable de t’en taper dix dans la foulée ? » Non. Au City Hall, des beats housy convenus arrosent nos drinks et me jettent dans un Métro, club gay à matage intensif entre minets et « gym queens » poilus. Essoufflé et atteint d’une insomnie heureuse, je me perds dans le quartier voisin avant de cligner des paupières. Jeudi, au musée d’Art contemporain (CCCB/MACBA), les premiers festivaliers s’aimantent devant des enceintes géantes et se bronzent de body music sur une pelouse de synthèse verte. Au bar VIP, je bataille idéologiquement avec le crew des Nuits Sonores sur l’avant-garde pertinente de Sonar (trempée dans le hip hop black) à l’opposé de la programmation du rejeton rhônalpin (plus blanche, rocky et passéiste). Le futur est ici, là et maintenant. Clignez des paupières. Au Loft, pas un seul décimètre carré pour respirer dans ce club gigantesque, fer de lance de l’électro local. Sur le dancefloor mis en arène par des coursives circulaires en étage, la foule hurle aux premières agressions de Vitalic. Le live abrasif du Dijonnais souffle les tympans et infecte les pores de peaux. Tous se débattent tels des aliénés encamisolés dans un voyage sonore merveilleux. « C’est génial », répète Vincent Carry en boucle. Nous ouvrirons le jour sur The Hacker avant de cligner des paupières un peu lourdes et ne brochants plus que pour mon objectif ultime : « Je veux coucher avec Vitalic« . Torses suants, pantalons mi-fesses et crânes mouillés se ventilent sous le cagnard, vendredi. Au MACBA, François Kévorkian joue avec la drum’n bass, la house old school dans un mix tribal pour une mise en jambes souriante. Un bref repos sur le bruitisme ambient machinisé par Kim, Joakim & Charles nous flashgorde sur le toit d’un immeuble pour un apéritif soulful en compagnie de Lino et ses invités. Au milieu d’une forêt d’antennes de télévision, la tombée du jour élève une chaleur moite et lourde. Clignez des paupières. Montjuic 2 ouvre déjà ses portes à 30 000 danseurs. Les petits snobs prétendront que cette masse humaine donne l’impression « d’une foire, d’une usine à danser ». Nous switcherons d’un Tim Wright percutant dans la grande salle à un Buddy Peace, perfectionniste du hip hop tordant et plein de grâce. En poussée de « Youli ! » sur le speed garage jumpant de So Solid Crew, nous tendrons les bras à un mix sous-alimenté en son mais toujours aussi adhésif de Mathiew Herbert puis sur les shortcuts sous amphétamines imposés par 2 Many Dj. D’une sucette Chupa Chups, j’embouche le visage séduisant de William, Américain qui « come from L.A. just for the festival. Here is la crème de la crème in music« . Dans le Vip Area, Spanky se fait photoshooter au cou du chanteur des Roots Manuera. Au grand jour, les corps usés, nous croisons ces perchés de la party, ceux qui ne peuvent plus dormir. Un homme se hisse au sommet d’un luminaire (photo) et refuse de descendre. Karine B. ne bouge plus. Oliverto parle tout seul, titube rempli de dopes. Xavier Guétat nous encastre dans sa BMW. À six, coincés dans le coupé décapotable, Switchy rigole de souffrances : « Là, je subis un double choc : frontal et latéral ». Clignez des paupières. Vendredi, allongés sur des coussins sous le hall gothique du Daf Restaurant, Violaine et Reimé, D.A. de ce lieu chic, sirotent paisibles. Devant les chiottes, un jeune Londonien questionne : « If the toilet’s doors are closed so much time that’s mean people are taking drugs in ». Je lui souris un classique : « Lines inside equal lines outside ». Claqué de porte avant clignement de paupières sur les joues de Perrine Lacroix. A Montjuic 2, je perds les amis en extase devant Kid Koala et soumets mon corps à Richard X. William plaque ses mains sur la tête et acquiesce « Yes, they are the hymns of this Sonar » aprés l’hystérie collective provoquée par le Rocker d’Alter Ego et Pleasure from the bass de Tiga. Au Vip Area, Spanky crâne après visionnage de sa photo au bras d’Horace Andy, chanteur de Massive Attack. J’entreprends un match de basket imaginaire avec une bombas survitaminée et finis par gigoter dans une boîte en plexi transparente, distributeur géant de sucettes. Mes excès ne seront rien comparés à ceux offerts par Aliberto et David, tous deux déjà junkés à l’extrême. Smoothy sautille sur l’important dj-set de Tiga. Switchy filme un trio piochant dans la coke avec les doigts. Fermez les paupières sur tant de bonheur pur au milieu d’une foule de 5 000 incouchables en transe dans un after sauvage.

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