Donnez-moi du sens

Je suis un enfant de la Génération Mitterrand, de ceux qui sont passés de l’école à la vie dite « active » avec les victoires présidentielles de « Tonton », ponctuant des âges charnières (onze puis dix-huit ans).


Ma mère, communiste avant de rejoindre les idées d’une autre extrême, a dû me biberonner à la « Tonton-mania ». J’ai toujours voté « socialiste » même quand rien ne m’y incitait. Tout le monde l’appelait « Tonton ». De droite, de gauche, Mitterrand s’était incrusté dans chaque foyer comme un familier, l’oncle qui fascine. Son successeur restera toujours « Chirac » sans demande préalable d’adoption. Clignez des paupières. Pourquoi parler ici de Mitterrand ? Par nostalgie d’une époque qui a vu naître les radios libres, portes ouvertes sur la musique dans ma chambre de solitaire. Par nostalgie des premières rave parties, de la révolution musicale amorcée par l’acid house, des premières luttes contre le sida et pour la reconnaissance des homosexuel(les). Les années 00 ne me donnent plus de sens. La gauche n’est hélas plus mitterrandienne. Lorsque l’homme à l’écharpe rouge promouvait l’éducation et la culture accessibles et gratuites pour tous, ses enfants politiques vendent des « chèques-culture » ou des fêtes foraines aussi divertissantes qu’une merde à la télévision. Si la droite a toujours été complexée vis-à-vis de la chose culturelle et se recroqueville encore sur le « patrimoine », la gauche s’est vantée à profusion de détenir le savoir jusqu’à en devenir puante de vieilles prétentions. Clignez des paupières. Aujourd’hui, que font nos politiques ? Les socialistes ont remplacé les Grands Travaux du Père par les Grands événements, ces festivals et réunions de masse qui ont le goût d’un passé empirique et moyenâgeux où la « populace » se défoulait dans l’arène et sur la place publique, avant de retourner dans son quotidien abrutissant et surveillé. Lyon excelle, sur beaucoup de points, dans cette nouvelle ère du vide. En fin d’une nuit, Guillaume Tanhia me traitait « d’idéologue chiant, de petit branché jamais content » après lui avoir décrit les 60 lions dispersés dans la ville comme « des mako-moulages monstrueux et décoratifs dont le seul intérêt est de pouvoir être chevauchés par les fêtards drunky ». Clignez des paupières. « Aujourd’hui, il y a un monde entre les hommes politiques qui initient des manifestations électoralement rémunératrices et les cultureux égocentrés sur une certaine forme d’élitisme, d’exclusion, où il ne faut surtout pas rire », synthétisait une amie. Seuls véhicules d’enthousiasme, le Théâtre de la Croix-Rousse manie le populaire avec intelligence, Serge Dorny ouvre grand et gratuitement les portes de l’Opéra, la Biennale de la danse touche la ville entière de ses merveilles en scène, le Musée d’Art contemporain organise des raves et les Subsistances accumulent des représentations denses pour s’imposer, un jour prochain, comme un lieu au sens fort. Clignez des paupières. Samedi, dans ce même « laboratoire de la création », Steven Cohen frotte une caméra le long de son corps nu. Il pénètre tous ses orifices sensitifs jusqu’à s’auto-sodomiser en doublon sur grand écran. Autour de lui, la furie enrôleuse pour masse perdue du dictateur nazi, d’un Pétain faussement sage ou de chants hitlériens. Toute l’horreur des idées transmises par haut-parleurs bascule ce que la décence bourgeoise qualifierait de pornographie obscène (un travelo à poil s’enfonçant une tige métallique dans le gland ou une caméra dans l’anus) en une défense de la chair de chacun et de son droit à la liberté de penser, de sentir et d’agir. De cette impudeur crue, l’artiste s’est investi « non pas à travailler sur la mémoire des atrocités commises par le régime nazi, mais sur notre présent qui n’est toujours pas à l’abri d’une nouvelle stigmatisation d’une majorité contre une minorité ». Clignez des paupières. En final, une vidéo montre le Sud-Africain au milieu de la cour du CHRD, une croix juive surdimensionnée sur la tête. Nu sous un maquillage doux, il avance délicatement sur des platform shoes celestes. Les passants sourient. Et puis, trois flics viennent le pousser avant de le menotter. Cathy Bouvard : « La directrice du lieu a appelé la police sans même aller voir Steven. Elle a ensuite refusé de retirer la plainte qu’elle avait déposée. » Sans commentaire, fermez les paupières.

Label rouge. Loin du concept-archi du Centre de secours de Nanterre. L’endroit fleure plutôt un air de pub savonnée à l’illusion de France pacifiée. Intemporel dans nos hyper-urbanités. Deux chapelles-sentinelles de part et d’autre du bâtiment. Peur des retours de flammes infernales ?… On pénètre par un porche, dans une large cour plantée d’arbres. La grotte secrète est là. à suivre…

Grand bal des pompiers de la Guillotière. Les 13 et 14 juillet à partir de 21h. 3, rue de la Madeleine. Lyon 7e.

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