L’idylle avait perdu toute crédibilité

Jeudi, la chorale À voix et à vapeur prend estrade au coeur de la chapelle de la Trinité. L’ensemble lesbien et gay donne son premier concert soutenu par des spectateurs acquis à la cause chantante.


Nous organisons un casting de fantasmeurs auprès des beaux gosses qui dégorgent avec force et justesse du Bach, Gabriel Fauré ou, plus drôlement folle, le Dancing Queen d’Abba. « Je réserve le pianiste », impose Patrick P. « Le batteur sent le sexe », vise Mikael lorsque le Melly L. Quartet vient plomber le concert d’une série de morceaux jazzy-variéteux. Z2 textote sur l’écran du portable : « Pj Harvey était très bien ». Clignez des paupières. « Tous ces clubbers qui pensent uniquement à se défoncer, qui n’ont plus aucune conscience politique ou ne rêvent plus à rien, c’est assez terrifiant », se consterne Patrick P. accoudé à une table haute de Lax Bar. Nous raccordons nos pratiques nocturnes sur cette violence souterraine qui, du branché à l’étudiant straight et petit bourgeois, s’invite à l’insu de la toute puissance publique. À chaque matin gris, je croise des gens usés et endormis contre un mur, là où leur corps lâche d’ivresse. Certains portent le regard tendu et cerné vers un sans lieu vague. Ici, une fille hurle que son mec ne l’aime pas assez. Là, une bande s’épaule pour un retour au domicile oublié. Depuis quelques mois, l’excès de tout active la nightlife. L’impression palpable que l’ordre vendu et imposé par nos têtes gouvernantes est défié non seulement par les petits délinquants pointés du doigt mais également par l’ensemble des jeunes adultes. Au discours étatique du « Ne bougez-pas. Vous ne courez vers aucun avenir radieux mais nous veillons sur vous et votre sécurité », la masse, moins conne qu’elle n’est prise, semble rétorquer : « D’accord, je fais semblant de vous obéir. Mais dès que vous aurez le dos tourné, je vous niquerai par le désordre et l’oubli que vous n’avez rien à nous proposer ». Clignez des paupières. Vendredi, deux gogos passent les mains dans leur shorty en imprimé camouflage lors de la Military Night imposée à Lax Bar. Un Pierre, « hétéro curieux », tentera de convaincre son monde que le clubbing massif vendu à Ibiza demeure une expérience nécessaire et absolue. Nous laisserons le beau gosse pour se précipiter dans la fournaise du DV1. L’authentique et merveilleux nighclub de la rue Violi fourmille de looks imprévisibles et gueules avenantes. Sous un filet vert laserifié sur les torses nus de pimpos en action, Chloé glace le dancefloor de sonorités dark et brutales à en oublier le groove. Peu importe, tous lèvent le doigt pour en redemander. Clignez des paupières. « C’était prévisible, même nécessaire lorsque tu vois tous ces sosies dans le Marais parisien. L’idylle avait perdu toute crédibilité », sourit Super Pénélope, samedi, en terrasse de l’Escalier. à l’annonce faite par la maison Mattel de virer Ken et de donner un nouvel amant, Blaine, à la poupée Barbie©, nous sommes soulagés et inspirés : « Il faisait trop tapette. Espérons que Blaine ait un peu de poil sur la poitrine et soit un peu burné. » Clignez des paupières. Marc Œvavavoum’ Cardonnel nous accueille pour ce qui devait être une des plus belles Nuits de Fourvière. Toute la Nomenklatura locale s’avance vers la scène du théâtre antique : Seb Broquet promotionne son prochain dj-set à la Pointe Lafayette, Paris. Les K & K boivent, reboivent et préviennent : « Nous faisons le warm up du prochain Marsatac. Une vidéo nous accompagnera et montrera une biche courir puis Britney Spears foncer dans l’anus de la bête. » Antoine S. se passionne pour les supporters de rugby. Thierry Pilat et Greg, de Jarring Effect, doivent duétiser « underground » au bar. Sur scène, Télépopmusic mixe de la soupe froide et indigeste avant de supporter un live de The Infadels. Clignez des paupières. The Rapture joue un peu moins costaud qu’au Ninkasi Kao mais toujours dans l’upperclass. Marie-Stéphane Guy, en pleine déroute anti-regendering, déclare forfait après avoir crâné : « Touche mes cuisses. Tu as vu les muscles ? Chaque week-end, je suis entourée de superbes surfers ». Nous devrons, enfin, tenir nos oreilles à l’écart des Glimmer Twins, ersatz peu inspirés des 2 Many Djs, pour finir cette soirée passable sur un live de Vitalic, méchante dose d’énergie vigoureuse qui, d’Emma et Anne LS à Christelle Chambre (photo) et David Cantéra, provoquera une sauterie générale dans l’arène à en perdre souffle et faire perdurer notre idolâtrie pour le Dijonnais. Fermez les paupières.

Label rouge. Vécu la moitié de ma vie en face d’une caserne. Aucun fantasme, je le jure. Mes compagnons de bal virent au rouge, s’échauffant aux postures hiératiques des pompiers. String et tenue ultra-vulgaire, charte vestimentaire des traqueuses de GL ou LGP. Brigade d’esthétique sur d’autres fronts_ Un examen des bars à thèmes s’engage…

Grand bal des pompiers de la Guillotière. Les 13 et 14 juillet, à partir de 21h, au 3, rue de la Madeleine, Lyon 7e.

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