Gros plan sur le poil de Tony

Depuis le printemps, tous les quinze jours, je retrouvais les « têtes pensantes » de l’association Lesbian and Gay Pride de Lyon pour la préparation de la marche arc-en-ciel. Je ne sais toujours pas pourquoi j’ai mis les pieds dans cette organisation. Mardi, lors d’une réunion de bilan post-manifestations, je trouve quelques réponses face au conglomérat d’associatifs homo.


Avant de m’attarder, un jour prochain, sur le fonctionnement de ces petites structures presque vides de tout, l’impression première pour un novice qui s’investit là-dedans peut se résumer en quelques lignes. Le « milieu » associatif gay ressemble, encore plus que tout autre « réseau », à une assemblée de royalistes sans couronne où la consanguinité fait loi. Il n’est pas lieu de coucheries mais de rivalités mesquines, prétentions à courtes vues, défiances des énergies entrantes et égocentrismes pitoyables. Il y a, dans ces machins, l’idée forte et paranoïaque du « tous contre nous ». Les hommes politiques, nouveaux bénévoles ou commerçants gays sont perçus comme des ennemis au génie des pédés associés. Clignez des paupières. J’adhère à cette analyse : le génie peut avancer seul et s’imposer naturellement à tous. Le malin et pas trop con s’insère dans l’ensemble afin de composer avec ceux qui peuvent servir sa cause ou son ambition. Le crétin s’enferme dans son monde et martèle une vérité qu’il croit hélas indiscutable. Clignez des paupières. En sortie d’assemblée, Barth flashgorde une descente alcoolisée à l’United Café. Une belle bimbo le frotte au comptoir et, en cinq minutes de chaud aux yeux, propose : « Tu as une voiture ? Tu habites où ? » Le goujat aimable fixe une autre proie. « Je sais que tu veux m’aimer. Je t’attendrai ici toute la nuit pour que nous partions ensemble », m’accroche un joli idiot et futur amant facile à bâillonner. Fatigué, j’accepte la baise proposée et cligne des paupières pour échapper au bavardage de ce one-shot accidentel. Vendredi, le quai du Rhône aligne ses guinguettes humidifiées par les averses. Devant le réchaud du Soup Mix, Pierre le Magnifique me promet : « J’ai un stylo anti-cernes à t’offrir. Ce ne sera pas un Yves Saint Laurent mais un Jean-Paul Gaultier avec un pinceau pour les cils ». Sur un bol de soupe au pistou, Patrice Béghain souffle : « Edgar, vous ne m’aimez plus ? » En opération spéciale, The Firegirl (lire son dernier post scriptum) recrute de nouveaux participants au prochain bal des pompiers de la Guillotière. Clignez des paupières. Anne LS encourage le flux des badauds qui longent le fleuve à danser avec Alain Turgeon. L’écrivain s’ébouriffe en « no-mix-no-sense » sur la guinguette de Là Hors De et provoque des poussées de « youli ! » amuseurs. Plus loin, Ty Von Dickxit soulève sa djellaba, exhibe sa queue avant d’exposer un poil pubien sur notre table. Cart 1 et Emma surjouent la régression scato : « Prend une photo, en gros plan, du poil de Tony ». Fred Sicre annonce l’ouverture prochaine de son Vercoquin, hybride d’un bar coolant et d’une cave à vin délicate. Sur la Presqu’île trempée, Julien-Justin nous balade d’un 10, surpeuplé de gays présumés importants et de blondes laquées, vers l’United Café, redéfini en plage pour pimpos overdrunky. Clignez des paupières, face au lever du jour, sur les mollets tendus de deux serial fuckers en éjaculation à La Jungle. Dans quelques années, les berges du Rhône seront peut-être devenues une zone de flânerie populaire. Le fleuve sera caution de bien-être et valeur touristique. Le Quai des Guinguettes reflète cet avenir probable : il ne s’y passe rien mais tout passant s’y sent à l’aise, même si le commerce est l’accompagnateur principal du parcours pédestre. Samedi, en poste sur le green à danser de Lyon Capitale, Raphaël Ruffier souffle ses bougies d’anniversaire tendues par Laconque. Nous rions et chorégraphions du n’importe quoi sur Michael Jackson puis Claude François. Clignez des paupières. Sur la terrasse chinoise du trio Chavent-Stifter-Cantéra, Super Pénélope et Marie-Stéphane Guy défilent en show-girls ultra-féminines devant Catherine A., Claudius et A Jackin Phreak. Les Twins K débutent leurs excès. Z2 et Carla papillonnent près des lampions rouges. Clignez des paupières. Tous laisseront notre dignité au bar de La Tour Rose. Julien des Twins K (photo) voudra lécher le sexe de Super Pénélope entre deux déculottées. Z2 et Fabrice imposeront une mise en boucle du rocker d’Alter Ego. Catherine A. prendra équilibre joyeux dans les bras de Claudius avant de fermer les paupières.

Label rouge. Partenaire particulier cherche… Rêvé toute une année que revienne le 14 juillet. Bottes alignées devant les chambrées. Odeur de cuir, rance. Moiteur. Sirènes bitonales. Attente. Magie d’être au coeur du secret et de l’interdit. Cachée dans une caserne. Dernier bastion de liberté absolue, tolérance. Apprentissage du sens généreux. Pour de vrai et sans cynisme.

Grand Bal des pompiers de la Guillotière. Mercredi 14 juillet à partir de 21h au 3, rue de la Madeleine, Lyon 7e.

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