Bel état et cetera

Il paraît que le bonheur n’est pas racontable. Ce bel état n’attirerait que les moqueries des perturbé(e)s et l’ennui de ceux pour qui la vie doit être une souffreteuse en rebonds. Le bonheur commet l’affront de l’indiscutable et de l’inutilité des avis extérieurs.


Dès lors, le mal-être et l’errance s’accommodent mieux avec notre genre humain en affection pour les transferts sur autrui de nos manques en surstock. Une personne heureuse est presque imperméable. En plainte, on se sent bien plus existant. Clignez des paupières. « Je préfère les chansons dont les textes racontent des souffrances », veut croire Bidiblex, amourache virtuelle de l’été. Mon convoité imaginait une histoire durable avec un autre homme. Il vient juste de se planter. Sa peine m’attriste et me rend jaloux de ce perdu regretté. Le wild boy n’entame en rien mon coma idyllique. Il me questionne pourtant sur tous ces amours ratées et rencontres d’aveugles : penser à quelqu’un qui louche sur un autre qui lui-même souhaiterait se lier à un autre et qui, comble du mauvais hasard, rêve peut-être du premier. La boucle stérile fermée, les poursuivants-poursuivis partagent le même gâchis de chercheurs d’or boiteux à canne blanche. Clignez des paupières. Les quais du Rhône se redensifient de voitures clignotantes. Leurs flux intensifs énervent les corps en marche. La rentrée se gorge de rumeurs nocturnes et d’usants avenirs. Jeudi, Anne LS écarte les orteils en terrasse du Voxx en vue de nous convaincre « d’être bronzée jusqu’à la plante des pieds ». Emma vise le soleil avec l’objectif photo de son mobile. « Tu y viendras même si tu dis être contre cette technologie », shoote-t-elle frénétiquement. Je résisterai toujours à ce futur qui fera de nous des lobotomisés de la mémoire. Que deviendra notre cerveau lorsque notre main se greffera à une machine savante capable d’alléger nos cellules pensantes d’un instant vivace par images pixelisées ? Ferons-nous encore l’effort pour refigurer ce moment mis en archive par simple pression du doigt ? Déjà, je voudrais avoir le courage de casser l’écran du numérique et retrouver le plaisir d’attendre le développement d’un film enroulé et ses clichés ratés sur papier glacé. Mais, un jour, je céderai à l’appel du portable qui fait tout. Clignez des paupières. Vendredi, Bidiblex refuse mes baisers textotés. Mes demandes de retour sur émerveillement restent écran mort. La balance penche à mon désavantage. Se faire trop présent ou demandeur ne peut que perturber le sonné. Voire que ce dernier prenne coeur à son pouls avant arrêt immédiat de l’émoi. A contrario, l’indifférence et la distance attire souvent l’attention du partenaire. Tout l’art d’une histoire en binôme tiens dans ce jeu enfantin : le tape-cul. Les deux gosses rient et s’amusent tant que le bras articulé les envoie rapidement vers le ciel puis claque au sol à limite de la fessée douloureuse. Dès que l’un croit être plus malin que l’autre en le bloquant en l’air, les pleurs se mêlent aux reproches. Clignez des paupières. « Tu ne voudrais pas que l’on se trouve une cabine ? » frôle un sérial fucker dans un couloir de La Jungle, samedi. Je demeure debout, sans toucher murs. Si beaucoup tiennent patiente et drague adossés à l’entrée d’une cabine, je n’ai jamais pu soutenir mon corps dans telle posture lascive, vulgaire et tapineuse. Il me faut être fièrement droit. Je pense à l’homme que je voudrais séduire avant de gérer les attouchements du premier baiseur volontaire et une deuxième tête chercheuse invitée. Je manipule au verbe les fantasmes de ces gentils cobayes et les laisser, enfin, en paix avec leurs verges. A ce présent de bien monté dans l’état amoureux, je ne veux toucher personne. Fermez des paupières.

Courts-lettrages pour nuits vitales.
Petits rappels de là où il faudra bien vivre. Le DV1, de loin le nightclub le plus actif et fréquentable de la ville, alignera quelques rendez-vous d’importance : ce vendredi 3, les perversions électro de Jennifer Cardini ouvriront une longue série de soirées « Je hais le vendredi ». Le samedi 11, la disco du 6 rue Violi transpirera lors de la très hip soirée « Clash » avec le retour de Mark Moore en maître à danser. Vital. Dès le 12 septembre, la onzième Biennale de la danse occupera tous les terrains culturels de la ville. Le samedi 19 septembre regroupera la nomenklatura locale lors du traditionnel bal costumé promis, pour cette édition Europa, aux Subsistances. Sur le thême de « La Belle et la Bête », le spot pipoul du mois donne déjà sujet à débat sur les déguisements à porter. Du 22 au 25 septembre, Marsatac décolle à Marseille avec Detroit Grand Pubahs, Roots Manuva, The Herbaliser, Blackstrobe et plus sur marsatac.com.

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