Mon geste

La Galerie BF15 inaugure sa nouvelle saison d’expositions, mercredi, et expulse l’extra cubage de visiteurs sur la place des Terreaux. Depuis la vitrine, nous apercevons, derrière une assemblée de têtes en ligne, l’informité patatoïdale d’un Luc Chambon gonflé en Père Ubu blanc.


Nous réussissons à faire chemin jusqu’aux tubes de vodka mais ils ne seront pas pour moi. « Tu fais comme ces gens qui décident d’arrêter de boire tout un mois ? », se moque Sylvie Perret après mon annonce d’un sevrage d’alcool. « La dernière fois que je n’ai pas bu ? Je ne m’en souviens plus », plaisante Catherine A. « Il paraît que tu es devenu sportif », décoche Philippe Chavent auquel j’aimerais faire croire que « je vais aller à la piscine de Vaise… pour tenir les vestiaires, un job en or ». Clignez des paupières. Au même moment, au très en vogue Péristyle, Françoise Rey ne désespère pas de créer « le club des Pauvres Filles. Moyennant une adhésion mensuelle, chaque pauvre fille en manque d’amour et sexe se verrait offrir un voyage ou un dîner, histoire qu’elle oublie son malheur. Je serais membre à vie de l’association ». Clignez des paupières. Jeudi, le musée d’Art contemporain vernit l’exposition Jan Fabre. Impossible de se frayer une voie vers les salles au milieu de saluts mouillés et automatiques. Harassé de revoir, déjà, tous les arty-mondains ancestraux que l’on avait oublié depuis le milieu de l’été, Stéphane Vambre flashgorde vers la galerie Roger Tator et ses installations « Cocktail ». Entre un mur en papier peint écossais crocheté par deux cornes de cerfs en bois brut et des dents en porcelaine cariées de smarties colorés, l’art présenté ne vole pas trop haut. Anne LS et Caroline Alt s’échappent. Frédéric Sicre vient de quitter le chantier de son Vercoquin, cave délicate et bar à déguster en ouverture dès octobre. Clignez des paupières. Elles se basculent sur des chaises à prier en aluminium brossé. Ils retournent ces mêmes armatures et les tendent en défense bestiale devant leur visage. La deuxième pièce présentée par la Compagnie Aterballeto à la Maison de la danse aligne femmes face aux hommes pour des Noces de Stravinsky distrayantes. La chorégraphie récure la crispation de danseuses qui, lorsqu’elles sont portées, énervent leurs mollets et se tordent les pieds de nervosité. « Ce n’est pas ennuyeux mais assez anecdotique », résume Pierre David. à l’entracte, Patrice Béghain porte un regard de faux expert en élevage agricole et pesticides utilisés par les paysans poilus. Clignez des paupières. Un monstre de muscle et épilé intégral fouette une bimbo siliconée sur le comptoir du 10. Pour cette rentrée des classes, Jacques (a dit) Haffner commet encore dans l’exhibition sexy vulgos mais tout le monde s’en moque. Paul Satis sourit presque. Bras au ciel, Super Pénélope et Gilles Pastor dansent sur un tube cheesy avant de clignez des paupières. Agité sur le remix de Chicken Lips du « We don’t play guitars » des Chicks On Speed, mon éveil de plomb m’agite dans l’insomnie. Changement de ton. « Je fais mon geste encore et encore/des milliers de fois/je suis un geste qui se répète/des milliers de fois/Je suis l’accoutumance à ce geste/Je suis l’oeil qui voit/Je suis aussi le geste qui précède » assomme Programme dans « Mon geste ». Vendredi, des mass symbols (Mickey, la Joconde, logo d’un hypermarché) drôlement peints par Cristian Rusu à l’aide de mici grillés au barbecue (galerie Néon) aux très prenantes figurines animées d’Alexandru Antik (galerie Swap), le parcours artistique initié par le « Transylvania Express » nous replace dans des créations underground fraîches et réussies. Laconque m’attrape pour s’asseoir à l’Opéra. Le rideau ouvre une scène meublée d’un cerf empaillé, mort allongé. Un squelette argenté, boule à facettes malveillante, se perche au plafond. Des dizaines d’escarpins rouges pailletés s’aiguillent au sol. Le décor ainsi posé par Christian Rizzo annonce d’entrée les non-variations de thèmes : la mort, l’homme à côté de ses pompes, le kitch baroque. La présentation faite, la pièce mimée emmerde avec ses freaks grossiers et son irrévérence déjà bien usée. D’une installation artistique suffisante, le chorégraphe nous fait regarder nos montres devant ses élongations miséreuses de corps qui ne doivent déranger ou réjouir que les accros du bon goût, du coup, émerveillés par l’ennuyeux. Clignez des paupières sur un jeu de table énergique et droit sorti d’un épisode excitant de Fame, mis en rythme par Forsythe. Samedi, Super Pénélope et Anne LS poupettent dans de longues robes en tulle noir sous la verrière des Subsistances. Le Bal de La Belle et la Bête convie un parterre d’invités déguisés pour certains dans ce pur esprit royaliste que l’on retrouve dans les rallyes entre petits gens fortunés (« Il faut bien qu’ils amortissent leurs costumes », lâchera une peste) et d’autres, plus inspirés, dans une interprétation vavavoum de l’univers de Jean Cocteau. à coups de drinks sous nos loups masqueurs, le lieu perd de son modelage un tantinet ringard et devient salle d’amusements, à provoquer les endimanchés sur dancefloor. Fermez les paupières à l’United Café lorsque Super Pénélope reçoit toutes les félicitations de gentils pédés trop émerveillés par nos chiffons princiers.

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