De quoi mourrons-nous ?

Mardi, Jean-Philippe Salerio rejoue, à merveille, ce travelo top model sous multidopes et se dédouble en un chien pisseur sur les jambes du spectateur, en rat sexy, en négresse mauvaise servante ou en mère castratrice qui « veut bien une tasse de thé avec un nuage de sperme, mon chéri ».


Aux Subsistances, la reprise du Frigo de Copi par Gilles Pastor, est toute aussi dérangée et poilante que les premières représentations de cette pièce à la Villa Gillet, l’an dernier. La mise en scène a gagné en rythme et donne encore plus de crampes à nos estomacs en rire. Elle a pourtant un peu perdu de moments flottants et de poésie. Kiki, ex teneur de bar lyonnais, danse l’Orient avec une douceur extrême et nous regarde si tendrement que l’on se calme. On se repose de ce monde agité et bruyant. Clignez des paupières. Vendredi, Christophe B. commande des drinks à ne plus pouvoir tenir debout. Je le regarde d’amour à la porte de L’Escalier. Je ne veux plus boire. J’ai besoin de m’allonger sur un sol factice et douillet. Sans nécessité, je patauge dans le jacuzzi du Double Side et me laisse masser par un homme carré, les mains trop dirigées sur ma bite pour être cajoleuses et agréables. Je mate la tête hors de l’eau d’un Olivier au sourire malin. Je coule face à lui et tends mes doigts sur son torse immergé. Clignez des paupières. Lorsque je ne veux plus avoir à écouter, à parler, à m’expliquer ou à représenter le mauvais garçon que je ne suis pas toujours, seule la musique me rend invisible et heureux. La danse est, et sera, toujours mon dernier refuge. Beaucoup, en me regardant fermer les yeux et laisser partir mon corps dans le rythme, imaginent que je suis sous l’influence d’un quelconque gobage d’ectasy ou d’excitants chimiques. Or, rien n’active plus mon cerveau que de laisser les basses lourdes prendre la place de mes pensées, couler dans mes muscles et vider la nervosité qui me crispe dans une insomnie permanente. Au DV1, tout est là pour me sentir hors de ces angoisses passagères : les frontières sexuelles, sociales et de castes s’effacent dans ce grand foutoir en dégoulis sous une body music en high quality et captivante. Au jour clair dans la rue, je suis déterminé à écrire, un jour prochain, une ode à ce nightclub si grandiose que l’on a du mal à croire qu’il existe et, surtout, soit lyonnais. Clignez des paupières. « Ta gueule ! Tu es un extrémiste ! », s’incruste un serial fucker au comptoir de La Jungle. En exposé à un collègue de mon envie de quitter la ville « si… enfin, lorsque Perben sera élu en 2008 », le journaliste me traite de défaitiste et de ne pas apprécier, à sa juste valeur, la gestion « villageoise » de la cité faite par la municipalité actuelle. J’insiste. Je suis un accro à Lyon. Mais si les « apparentés » socialistes n’ont pas encore su donner une envergure humaniste et ultra-urbaine à cette ville de petits notables campagnards, ce n’est pas un conservateur « Forest UMP » qui va arranger nos vies. J’ai besoin de ne pas me sentir dans une bourgade de bouseux. Il faudra peut-être que je parte. Clignez des paupières. Reine Claude fête son départ pour Paris à L’Apothéose (rue Terraille, quartier Opéra). Le nouveau club d’after, et de baise en étage, love les incouchables sur des sofas moelleux. Lynx s’agrippe à mes épaules : « Ça fait une semaine que Claude fête son départ. On va finir par mourir avec tout ce que l’on fume et boit ». De quoi mourrons-nous ? Le gentilhomme s’accorde sur cette analyse d’ivrognes en fin de course : notre génération de trentenaires attardé(e)s navigue en permanence dans la précarité. Il y a moins de vingt ans, des plans de carrière, des enfants voulus jusqu’à la maison de campagne pour sa future retraite, nos contemporains stabilisaient tout avant la quarantaine et, pour les plus malins, prenaient le pouvoir. Là, nous sommes incapables de prendre la place des quinquas qui nous dirigent, tout occupé(e)s que nous sommes à se chercher ou à trouver ces petites choses qui nous mettront en paix. « On finira avec des cirrhoses du foie, des cancers et, pour ceux qui ont trop pris de came, avec des troubles neurologiques importants. Voilà de quoi nous mourrons », ferme Lynx. Clignez des paupières. Samedi, nous sommes en recueillement jouissif au Studio 24. Medeski, Martin and Wood clos le festival 24 Pistes par un concert à se frotter les bras pour les nettoyer de leur chair de poule. Entre rock jazzy seventies et batailles de sons électroniques et clochettes cuivrées, le trio new-yorkais nous fait voyager dans un univers sans fin et classieux. Caroline Alt et Anthony Hopkins s’échappent au Ninkasi Kao. Jac Perrichon devrait retrouver son nouvel amour, son enfant. Nous flashgordons vers un nouveau cycle interminable entre un DV1 pour gym queens en torse épongé et L’Apothéose («  »l’apocalypse » selon Cédric) où une jeune fille enchaîne les fellations à l’étage en criant : « Viens là. Baisse ton pantalon. Allez, viens là, je te dis ». Fermez des paupières.

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