Déconcentrés

« Elle, je sais que je peux l’avoir n’importe quand : elle m’est acquise », laisse filer Julien Twin K devant sa blonde prenant la sortie du 10. Mardi, Jacques Haffner nous convie à fêter l’anniversaire de Rocco, son chien, alors que cette pauvre bête erre, le museau baveux, entre les tabourets et grogne sa race.


Julien présente son futur projet de soirée près de Gerland à Patrice Béghain : « Tu vas voir, ça va être le feu. Je veux que les gens en prennent plein les yeux et qu’ils s’amusent. » Patrice porte une superbe chemise bleu nuit à liseré rouge cardinal « achetée à New York la semaine dernière ». Par habitude, devant ma débraille, il me bute verbalement : « Vous voilà de plus en plus SDF. » Par habitude, je me vexe tout en sachant que nos relations sont basées sur le « qui aime bien, châtie très bien ». Une vieille fille, prétendue travailleuse à Lyon Mag, flatte l’adjoint dans le sens de l’ego. L’alcool en plein sang, elle suit mon regard mauvais et comprend qu’il ne faut pas m’approcher. Clignez des paupières. « Un vrai flop ! », qualifie Patrice au « bienvendu » du livre de Guillaume Tanhia qui enregistre, sans émoi, le numéro de téléphone d’un pimpo sur son portable. En fin de course à boire, « Hop, maintenant que ça lui a fait plaisir, j’efface ce mec de mon répertoire », peste le producteur avant nos couchés d’insomniaques drunky et solitaires. Clignez des paupières. « Il faut absolument que l’on se voit rapidement afin d’officialiser la création du Club des Pov’ Filles. J’ai déjà recruté quelques amis pour faire partie du jury qui décidera d’accepter ou pas les candidates et candidats : Philippe Neumager, Patrice… », s’emballe Françoise Rey à l’ouverture de rideau sur Philippe Faure dans son Tout Moi. Jeudi, le Théâtre de la Croix-Rousse concentre la Nomenklatura politique et culturelle locale devant l’exercice egotrippé et risible du directeur fantaisiste. Si Moi tout seul, le précédent one-Faure-show, se goûtait comme une série d’exhibitions touchantes par l’universalité des sentiments et ressentiments triturés, Tout Moi se digère tel un spectacle drôle mais un peu trop lyonnais-lyonnais, et en abus de complicité avec le public. à l’identique du journaleux qui écrit ou interpelle son audience d’un « Vous, cher lecteur. Vous, cher téléspectateur », j’ai du mal avec ces comédiens qui prennent le public en otage afin d’appuyer leur jeu comique. Clignez des paupières. En post-représentation, Super Pénélope entreprend une danse latine avec un Marc Renau autant dans le mauvais tempo que Denis Trouxe aux abois d’une quelconque connaissance (perdue ?) près du bar. Le nouveau directeur de l’Office du Tourisme porte toujours sur sa tête l’ennui permanent du mec qui aimerait que tout le monde le remarque et s’occupe de lui. Désagréable. Marc Cardonnel disparaît sans nous laisser l’instant d’un salut. Nous zappons quelques pique-assiettes peu appréciables pour suivre l’intervention pathétique d’un « intermiteux » hurlant à l’adresse de Philippe Faure : « Lèche-bottes ! Vendu ! » L’homme, drunky et titubant, s’élance dans une tirade de mauvais acteur qui en fait trop, beaucoup trop, pour être risible. Clignez des paupières. Vendredi, en table à Koutoubia, Z2 questionne sur la vie amoureuse, amicale, la paternité ou sa présumée attirance pour les femmes castratrices. « Mais ce n’est pas moi qui vais les chercher. Vu que je prends tout ce qui passe, toutes les filles qui veulent bien de moi, je me retrouve effectivement avec des fortes têtes », corrige le gentilhomme. Nous flashgordons vers le Kiki Kaïkaï où Delphine, Nassaboy et Doumé cliquent des mp3 rocky sur l’ordinateur pour une Soupe à la Fille entre amis. Patrick, amour raté du passé, ne me fait plus souffrir. Il est beau mais ne provoque plus aucun sursaut passionnel. Ange tend une cigarette à sa girlfriend qui porte une fleur au doigt. Z2 enchaîne les bières chinoises avant de cligner des paupières. Au Lax Bar, sur un tapis de confettis, Dan bande ses abdos devant l’objectif. Kary fête l’anniversaire du bar de la rue René Leynaud et les drinks coulent le long de nos pommettes. Christophe B. s’échappe et nous gravissons les décibels breakbeat des Drumattic Twins au DV1. Dans une chorégraphie tout en retenue, Laurent Dratler aka Dj Poulet (photo) insiste pour transpirer dans son col roulé trop lourd. Le musicien questionnera Flore sur son projet-album, Mars Hotel. « à la première écoute, c’est un album d’atmosphères assez difficile à pénétrer. Là, je m’y suis fait et j’aime bien me le passer le matin », soutient la meilleure deejaytte qui pourrait effectuer, l’an prochain, un remix du Poulet. Le dancefloor est noyé de clubbers acharnés et gueulant sur une musique spatiale et énervée, mais un peu trop sérieuse et « hétéro ». L’inconvénient récurrent avec le breakbeat et la drum’n bass, c’est que ces deux styles musicaux manquent souvent de groove sexy et d’une touche psychédélique qui transformeraient cette salle de gym tonic pour post-ados rebelles en une vraie piste de danse conviviale. Fermez les paupières.

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