Une Carla à 12 000 euros

Le parquet, coffré en forme d’étoile, disjoncte ses petites lattes de bois et se soulève par endroits. Jeudi, cette mystérieuse et inquiétante pièce de Vincent Kohler se vernit à la BF15 et intrigue les visiteurs du soir. Carla se morfond, pas peu fière, d’être maintenant une oeuvre vendue.


Le moulage de son corps par Daniel Firman « vient de partir pour douze mille euros à la FIAC. Tu te rends compte ? Ma mère pleurerait si elle savait à quel prix je suis ainsi bradée. » Après Art Press, c’est le magazine Le Point qui starifie la plus belle, modèle des dernières pièces de l’artiste. Clignez des paupières. Devant un mur acidulé par de grandes pastilles colorées et naïves, Dominique de feu et regretté Tombé du Ciel s’est travesti en Michael Jackson et offre des kirs à la fraise. Pour les deux ans du Café In (18 rue de Cuire, quartier Plateau de la Croix-Rousse), Samuel s’arme d’une tenue régressive d’Albator et attaque gentiment le Moon Dancer : « Nous fêtons cet anniversaire sur le thème des dessins animés de notre enfance et lui joue la provocation en se déguisant en pédophile. » Le bar pousse les coeurs en sourire sur le trottoir et nous sucrons les estomacs de confiseries pour gamins chahuteurs. Christophe B. sort d’une rencontre pro constitution européenne organisée à la Cité internationale : « Il y a trois cent socialistes bon teints pour deux mille coupes de champagne. C’est chiant à mourir. » Clignez des paupières. Je ne suis pas à ma place. Je ne vois et ne veux voir personne. Pourtant, celui qui plaque son corps contre le mien sur un matelas du Double Side pense que mon absence d’envie sexuelle peut lui être favorable, que je suis une proie à l’abandon et comestible. Par méprise, il ignore ma faculté à me ressaisir, à ne pas me laisser prendre comme de la chair morte et facile, à pervertir ce qui est un instant de faiblesse manifeste en une charge prédatrice. être dans le rien puis se forcer à dévorer. Clignez des paupières. Les enceintes forcent les basses du remix imbuvable d’une poufiasse chantante à l’United Café. Pierre David doit hurler pour se faire entendre. à mon désir de me coucher devant les images débilitantes de la télévision, l’artiste contre : « Ce qui est bien avec l’humanité, c’est qu’elle nous donne toujours espoir d’un mieux et d’une embellie. Lorsque tu regardes la télévision, tu sais que son futur ne pourra être que pire. » Clignez des paupières devant un bel amant au cou d’un idiot fini. Vendredi, Frédéric Sicre et Thomas Delpy reçoivent les premiers festifs de leurs soirées dégustations au Vercoquin (33 rue de la Thibaudière, quartier Guillotière). Catherine A. et Philippe Chavent sortent de la nouvelle cave pour griller des cigarettes en râlant contre l’interdiction de fumer imposée. The Firegirl profite de cette mise en extérieur forcée pour hurler à chaque passage d’un camion de pompiers en direction de la caserne Saint-Louis avoisinante. « Philippe, il faut absolument que tu organises une soirée caritative avec les pompiers. Nous inviterions toute une caserne pour aguicher les invité(e)s », supplie la grimpeuse de grandes échelles. Fred D. et Pierre le Magnifique saluent les mines fatiguées de voyageurs assis dans le dernier bus partant pour Vénissieux. « Bien fait pour eux. Quelle idée d’aller habituer en banlieue », abusent-ils tandis que Philippe joue avec son portable pour appeler Guillaume Tanhia. Clignez des paupières. Nous perdons notre dignité en accumulant des drinks au Bar de la Tour Rose. Le maître de maison défend justement la non stérilisation du monde : « Que ferons-nous le jour où toutes les odeurs, y compris celles du tabac, seront anéanties par ces défenseurs de l’hygiène et de la santé publique ? » Nous buvons encore et toujours jusqu’à cligner des paupières dans un trébuchement d’ivresse. Au levé du jour, à L’Apothéose, un pimpo me caresse le torse lorsqu’un journaleux pour un pseudo magazine électro national charge un de ses amis : « Il est pédé à soixante dix pour cent. Je vais faire en sorte de le faire grimper vers les cent. » Clignez des paupières. En sueur entrainante, je rage de n’avoir pu danser sur The Hacker, en ouverture de l’écho Sonore au Transbordeur. J’attaque au milieu d’une foule compacte mais vagabonde des contorsions nerveuses sur le mix imparfait de Miss Kittin. L’icône mondiale de l’électro barré cherche depuis quelque temps le bon rythme entre musique expérimentale et beats en rave action. Z2 se plaint : « C’est pas facile. Elle ne sait pas trop où elle va. » Pourtant, rien n’empêche la Grenobloise d’une fin de set énergique sur lequel David Cantéra, torse nu et les mains baladeuses, lèvera les bras au ciel et Anne LS poussera des « youli ! » de bonheur. Nous laisserons rapidement Agoria fatiguer les danseurs d’une techno dite « tuning » pour les critiques les plus gentilles ou « l’an prochain, il a toutes ses chances au regard du retour annoncé de la transe », pour mon commentaire assassin à l’écoute de la baston sans âme agressant nos oreilles. Fermez les paupières dans un Transclub peuplé d’allumés magnifiques qui nous sortent de cette impression d’emmerde ressentie toute la soirée devant ces clubbers plus en errance qu’en danse.

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