Croire maîtriser

« Tu penses que la vie est complexe parce que tu n’es entouré que de gens comme toi, compliqués », grésillait ma soeur au téléphone depuis son lotissement privatif pour Américains anormalement fortunés et soi-vivant paisibles. « Fais gaffe. à trop jouer avec les autres, les prendre, balader puis jeter, c’est toi qui vas te retrouver mis sur la touche », avisait Élodie B, en ancienne manipulatrice.


Ces deux échanges du passé remontent dans ma mémoire depuis quelques semaines, depuis que le Bidiblex a rompu la communication par violent silence. En quoi l’amourette virtuelle et le toucher d’une nuit avec ce Parisien indécis a-t-il pu ainsi me perturber ? L’échec de ce début d’histoire ne me pique plus. L’homme m’a manqué. Je l’ai manqué. Pas la bonne place au bon moment. Le maladroit a cependant renversé toutes les petites boîtes bien rangées dans le coffre-faible, là, juste derrière les oreilles. Tout est tombé et flotte dans le pétrole nocif en dépôt au fond du cerveau. De ce foutoir, je me trouve à quatre pattes à essayer de tout replacer comme avant, faire semblant que rien ne peut me changer. Croire maîtriser. Maintenant, je ne suis pas sorti de la semaine. Je n’ai pas voulu me frotter à ces vies que je connais ou crois connaître. Je ne veux pas voir mes ami-e-s, celles et ceux qui sont » »comme toi, compliqués ». Impossible d’éponger les autres, n’importe qui. Impression que mes très proches barbotent dans des problématiques affectives auxquelles je ne sais apporter qu’une écoute mais aucun conseil ou jugement. Je regarde leur vie mais leur vie me regarde de travers. Impression que mes lointains, tous ces « one-shots » manipulés dans des bordels, tous ces faux mondains, notables ou semi-puissants sont endimanchés dans des codes que je connais tellement qu’ils me paraissent incapables de me faire avancer et rire. Bidiblex m’a réinitié au rire con, celui qui n’a pas de références et d’intelligence déclarée. Là, j’ai envie de rire con. Plus certainement, j’ai besoin de monter amoureux juste pour la sensation et non un quelconque avenir. Clignez des paupières. Dimanche, entre deux vagues de pluie noire, Patrick P. me pousse hors du moi et nous flashgordons d’un bar gay vers un autre dans une succession généralisée de toiles d’araignée aux plafonds et horreurs d’Halloween. Au Lax Bar, les drinks se descendent devant le spectacle hilarant des Sister Folies (Mandarine et Éric), deux pédales dont une partie de la communauté gay voudrait ne plus entendre parler. Clignez des paupières. Le travelotage n’est pas à la mode chez les pédés. Ils sont dans une telle quête de consommation du « même droit pour tous » et « être comme tout le monde » que voir deux transformistes faire du play-back sur Bananarama et Mylène Farmer devrait sûrement les rendre homophobes. J’avoue à Patrick mon seul et unique fantasme de changement en femme : « Je voudrais porter des talons aiguilles, un smoking noir et une coiffe de meneuse de revue avec des plumes rouge et or bandant à plus d’un mètre au-dessus de ma tête ». J’oublie d’ajouter, qu’en accessoires, je tiendrais en laisse deux hommes nus à quatre pattes et deux paons empaillés sur roulettes en bois. Clignez des paupières. Après s’être faufilés entre les nuiteux de La Ruche où un serveur « vit très mal son déguisement de Cruella », nous tenons comptoir au Motor Men Bar pour une hypothétique chasse à culs. Un chien fait rouler des bites dans ses yeux mais nous zappons même si son air de solide paysan réanime ma libido éteinte depuis quelques jours. à peine tente-je d’approcher Nicolas Fafiotte afin d’obtenir son aide pour mon nouveau look de travelo que le styliste court se dandiner sur le dancefloor du 10, scotché de ballons roses. Jacques Haffner vante les progrès de son nouveau gogo-boy : « Tu as vu, il se met à poil sans difficulté maintenant. La première fois, il portait un boxer qu’il ne voulait pas enlever. » Emma et Cart 1 viennent de fermer le Café 203 et ne peuvent plus dormir. Un jeune et joli serveur du bar des Cédat Frères m’embrasse alors que nous n’avons même pas baisé ensemble. Je repousse l’entrain de promixité du garnement et aligne plusieurs verres sur le noir du bar. à l’extérieur, sous les gouttes, Manu Cédat entreprend des glissades sur les grilles métalliques protégeant les arbres pare-béton. Le MD tourne en répétition le Eve, extrait bizarre du grand album d’Ada et, mes démons anesthésiés, je ferme les paupières presque en paix.

Nuits mobiles – puissance 500

La semaine prochaine, Lyon Capitale pousse le compteur sur sa 500e édition. à cette occasion, cet édito prendra un coup de bougie incendiaire et s’ouvrira, en partie, aux plumes et visuels des lectrices et lecteurs. Tous textes (300 signes maximum), dessins, grafs et photos sont à envoyer avant ce samedi à la rédaction.

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