Ça m’est venu comme ça

C’était à ne rien comprendre, « et tu n’as même pas mis Super Pénélope en photo », ajoute une consoeur, mercredi, en driving vers l’ÀKgb afin de fêter, en famille, les dix ans de Lyon Capitale. La galerie de photographies qui occupait cette rubrique la semaine dernière est certainement l’exercice de style le plus abscons jamais réalisé dans Nuits mobiles.


L’idée était de traduire sept années de nuits sans tomber dans le name dropping commémoratif qui m’aurait renvoyé direct vers le musée, vers ce mauvais rôle de « personnalité emblématique de la night » (tel m’assommera un nuiteux en fin de semaine). Me taire et laisser l’image parler, les instants poser pour l’infini de l’obscurité. Alors, ce n’était pas des gens, des amis, des amants mais plutôt des moments dans des lieux. La nuit n’est aimable que lorsqu’il existe ces Divine Comédie, Village Club, Vertubleu, Mi Mots Arts, Ambassade, Dark’s Klub qu’une faune familière habite et dévore. Certains avancent que c’est la programmation musicale, le service, les tarifs ou encore la décoration qui donne le ton d’un établissement. Ignorants. C’est avant tout le limonadier en chef qui imprime sa touch. Je n’ai que peu de considération pour cette espèce d’animal nocturne qui s’accroche plus à son tiroir-caisse qu’au mieux être de sa « clientèle ». Pourtant quelques-uns marquent la nightlife par efforts d’offrir du qualitatif, singulier et convivial. Clignez des paupières. Dans le restaurant-disco pour blaireaux en costumes (millésimés Jean-Luc Delarue – 1994), la rédaction du journal bascule les verres de vodka et tout vrille sur la piste de danse sur des tubes inaudibles mais que notre niveau de drunkitude accepte dans un excès de chauds déhanchés. Clignez des paupières. Au DV1, Jarring Effects donne une party pour jeunes pentards qui aiment bien réfléchir entre deux morceaux de breakbeats. à défaut, ils renversent leurs drinks sur le dancefloor et mes pieds glissent vers la sortie. Clignez des paupières. Je ne me rappelle plus si l’homme qui me pompe dans un recoin de La Jungle finira dans mon lit. Ces derniers jours, mes envies sexuelles sont tellement minces que je ne garde plus mémoire des « one-shots » effectués par hygiène. Le nécessaire amoureux se fait pressant. Je sortirai de ce néant où plus rien ne m’accroche. Les grosses guitares rocky de M83 soutiennent mon insomnie. Le Stanton enveloppant mes oreilles couvre le bruit de rue matinal annonçant un nouveau jour d’absence. Clignez des paupières. Jeudi, Le Bimb fluorise le portable. Pour avoir name droppé son amoureux dans cette colonne, mon dernier amant s’amuse : « Comme son entreprise est abonnée à un organisme qui archive tous les articles de presse la citant, Dimitri s’est fait chambrer en plein meeting à la suite de ton papier ». Bon à se rappeler et nouvelle précaution à prendre : ne pas accoler, dans le texte, le nom d’une personne à son activité dans une multinationale obsédée par son image. Clignez des paupières. Anne LS discoïse à Barcelone. Patrick P. abuse à Barcelone. Ce soir, je resterai auprès de mes sales pensées. Clignez des paupières. Le regard trouble et les idées tristes, Il prend sa veste et part sans salut. Vendredi, Z2 quitte le comptoir de L’Avant-Première et laisse impuissante Carla. « Je ne sais pas quoi faire pour lui. Je ne sais pas faire. Quand je suis bien et vois l’autre ne pas aller, je me replie sur une certaine forme d’égoïsme en ne voulant pas affronter sa déprime », mal adresse la plus vavavoum des jeunes femmes. Lorsque je ne vais vraiment pas, je bazarde tout et me laisse aller jusqu’au fond du trou sans autoriser quiconque à me conseiller ou prétendre m’aider. Clignez des paupières. « De toute façon, on ne quittera pas ce bar tant que vous ne nous aurez pas servi nos drinks ! » hurle l’escort girl de Carla au milieu d’une Ruche en fermeture. Je remue un exemplaire de Lyon Clubbimbos découpé en forme de drapeau où seul le nom du titre flotte au mât. « Comme ça, c’est beaucoup plus facile à lire et les poufs pourront se ventiler les seins avec, devant les caméras de TLM », surenchérit une peste. Jacques Haffner donne enfin dans le re-gendering avec une pré-barbe poussive. « C’est mon hommage à Yasser Arafat… Tiens, cette connerie, ça m’est venu comme ça, d’un coup », biaise le déconneur en chef du 10. Claudius demeure digne malgré son trop plein d’alcool fort. Guillaume Tanhia prétend n’utiliser aucune coloration pour secouer sa tête d’un brun uni. Patrice Béghain me légumise : « Vous êtes les pelures de l’oignon. J’espère que vous ne provoquez pas de pleurs ». Clignez des paupières. Nous ferons tourner la fin du week-end dans un DV1 toujours aussi vital en oubliant l’anniversaire de L’Ambassade. A Jackin’ Phreak danse minimal house sur un live de Mathew Dears aux sonorités novatrices mais d’un rythme sans relief. Samedi, à Clash, Dj T fera hurler la foule avec une electroclash basique mais bien roulée. Sa dernière lancée de mix se chargera d’acid house aérienne. Une jeune nymphette partira au cou du deejay et me sourira : « Celui-là, je l’ai eu en deux secondes ». Fermez les paupières.

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