Sur une moquette à vomir

Dans le patio du Sofitel, les premiers buveurs de beaujolais doivent se calfeutrer l’estomac de bouchées et attendre que le petit vin monte au front avant de se déséquilibrer la cravate. Pour une fois, mercredi, je zappe cette avant-primeur qui impose souvent les crachats de quelques mauvais verbes sur certains « peopleux ».


C’est au Lax Bar que Rhose Lyon lance son « nouveau pôle gay oriented » ou une structure pédé ouverte au monde et destinée à secouer les burnes des hétéros et homos (infos sur www.rhose.org). Le team des Subsistances liquide paisiblement quelques drinks et promeut la soirée vitale et obligée du mercredi 1er décembre : Sida Basta. Nous y serons sans faute après une marche des associations (entre Bellecour et la place de la Comédie, à 17h30) qui devra attirer plus de foule que ces vingt courageux de l’an dernier, trempés et un peu esseulés. Clignez des paupières. En table, au Café 203, Mathieu se pince l’oreille pour feindre d’entendre les délires éthyliques de Mika et Yann. Je fume plusieurs clopes. Je joue avec mon briquet avant que Manu Cédat ne nous annonce la fermeture définitive de l’Ovale 203 et notre expulsion du bar. « Tiens, clique là. Je viens juste de tremper ma queue dans mon verre », accroche Mika devant l’objectif du photojet à L’United Café. Au milieu de kids habillés en stretch moulant, je radare un serial fucker qui se dirige dans les chiottes après un regard insistant collé sur ses lèvres. Clignez des paupières. Il ferme la porte, se défroque et s’accroupit. Un mec, la vessie en civière et en forceps sur la poignée du clapier à gâteries improvisé, gueule : « Vous ne pouvez pas aller baiser ailleurs ? Il y a des bordels pour ça. » Non, j’aime bien effectuer des séances de tripotages dans les chiottes. De mémoire, l’acte sexué le plus incongru pratiqué dans un club se positionne sous l’ère du Palace. Un petit matin, mon amant me cajolait la bite, en prière devant le comptoir crowdy du Privilège, club situé sous le mythique théâtre de vie parisien. Clignez des paupières. Jeudi, la dalle en marbre noire de l’Opéra National devient glissante pour le « beaujolais nouveau » de Lyon Capitale. Nous goulotons plusieurs verres et sticks de gruyère suisse qui « vont te donner une haleine terrible », selon Claudius, un drapé malien jeté sur l’épaule. Guillaume Tanhia, initiateur de ce type d’accessoire too much, me lance des coups de pied en suite de la rumeur lancée ici sur sa coloration capillaire. Déjà drunky, nous flashgordons vers le 10 après un salut souriant à Serge Dorny, personne définitivement aimable, Cruz Poutre et Fabrice Arfi. « Mais vous êtes-vous regardé pour me dire cela ? », se froisse Patrice Béghain après une charge sur son désordonné de cravate-chemise. L’adjoint m’invite à être son gentleman agreement pour la soirée du vin nouveau au Hilton même si, à mon goût, l’hôtel de la Cité offre « une moquette tellement épaisse que l’on a envie de vomir ». Fred D. est d’accord pour immoler le chien de Jacques Haffner au beaujolais : « Ensuite Jacques, dans une douleur insoutenable, se mettra nu sur le bar ». Clignez des paupières. Kevin me pousse sur son vélo et nous slalomons jusqu’au Bar du Passage, lieu caché et alliance jouissive de cuir et boiserie. Marc joue ses dernières heures de la semaine avant de partir à Las Vegas pour concourir au titre de meilleur « jet-cocktailer » mondial. Le fin préparateur de drinks m’assomme de Martini dry, le sommet de la boisson chic. Nous prenons des nouvelles de Marie, en nouvelle maîtresse du Kitao (26 rue Neuve, quartier Cordeliers) avant de cligner des paupières. Samedi, Le Vercoquin de Frédéric Sicre et Thomas Delpy (33 rue de la Thibaudière, quartier Guillotière) ouvre les bouteilles et asperge Anne LS et Super Pénélope de rires bien mariés. Deux jeunes premiers se bécotent sur le banc vert avant de partir baiser dans une montée d’escalier. A Jackin’ Phreak avoue adorer Depeche Mode « dont le remix acid-house réalisé par Ewan Pearson est d’une beauté absolue ». Pénélope s’enflamme sur la grande exposition Andy Warhol au MAC en janvier prochain avant d’essayer de joindre Catherine A. pour un test de dignité sous polyalcools au Bar de La Tour Rose. Sans réponse de la borderliner, nous pénétrons dans une Ambassade surpeuplée et emplotée de danseurs sur des blocs lumineux. Nous exagérons des chorégraphies fusionnelles sur une musique soul discoïsée. Peter (photo) grimace en architecte berlinois frimeur. Emmanuel B. me baise et voudrait voir tout le monde en plein jour. Un couple de malpropres se frotte sur le zinc. Le son coule à flots dans nos coeurs et nous clignons des paupières. Un switch entre un Medley sur sa fermeture et une Jungle en agitation souterraine pour une partie de safety bites en compagnie d’un grommeleur infatigable me couche à l’Apothéose. Au grand matin, Patrick me réveille : « Je dormais sur un canapé comme toi. Là, j’arrête. Je pars me coucher ». Je l’embrasse pour de vrai puis ferme les paupières.

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