The Difference It Makes

Mercredi, journée mondiale de lutte contre le sida, nous retrouvons les manifestants réunis sur la place Antonin-Poncet avant une marche solidaire. Comme chaque année, peu d’institutionnels ou de limonadiers gays prennent part à la manifestation. Michel Chomarat se fera remarquer sans glisser une saloperie sexuelle. Sylvie Guillaume, de tous les combats, s’infiltre dans le cortège avec sa mine toujours un peu triste. Kary du Lax Bar doit être la seule chef d’établissement nocturne qui défilera au milieu des 450 participants.


Facilement plus nombreux que les vingt engagés mouillés de l’an dernier, la marche n’a pourtant pas véhiculé de messages forts. Une promenade sous une seule bannière assez consensuelle dont on a déjà oublié le message brandi. Cependant, il est encourageant de voir ce rassemblement reprendre un peu de vigueur. Reste à lui donner un contenu. Ce n’est pas Gérard Collomb qui nous y aidera. Par un mauvais hasard de calendrier (la mairie centrale est habituée à ce type de crash entre un événement citoyen et une gaudriole pour pousseurs de chariots en supermarché), le maire crypto-socialiste inaugure, juste au final de la marche et sous le regard des manifestants, un sapin de Noël suédois sur la place Louis-Pradel. Un moment surréaliste à se sentir honteux : une foule lâchant des ballons blancs imprimés d’un ruban rouge face à une estrade parquetée d’huiles officielles qui s’émerveillent devant un résineux en guirlandes. Clignez des paupières. Aux Subsistances, la soirée Sida Basta ! conjugue thématiques autour de la maladie et spectacles « complets » pour un millier de visiteurs. Guillaume Tanhia refuse d’essayer mon coordonné blouse rose et chapeau haut de forme noir moucheté de pointes rouges lumineuses. Je m’approche de couples ou de groupes en leur proposant des préservatifs. N’étant pas un professionnel dans l’action de prévention, je joue l’humour. Les interpellés me sourient. Ils acceptent le protège-mort tendu, le touchent puis le rangent dans leur poche. L’utiliseront-ils ? Le connaissent-t-ils ? L’idée qu’ils soient déjà en contact physique avec ce bout de plastique peu glamour me satisfait. Clignez des paupières. Dans la « Rhose Room », des vidéoprojections dénudent des corps et Franck Sinatra, Dean Martin ou Billie Holiday assouplissent les nerfs dans des canapés cotonneux. Rhose et Là Hors De cisaillent la nuit entre le confort et le dérangé d’une réalité du sida que beaucoup ne connaissent pas, plus, ou ne veulent pas voir. Super Pénélope et Marie-Stéphane Guy jouent les girlies des années trente. Emma et Anne LS se crampent dans un fou rire devant le crooning maniéré en playback par Cart 1. Dj Flore nous annonce la sortie urgente de son premier maxi orienté breaks beats. Nous n’aurons pas le temps de sortir de la pièce rose pour aller danser sur le plateau musical des Nuits Sonores. Juste de cligner des paupières face à Sex In Dallas en clôture de cet événement réussi. Jeudi, Marie et David Cantéra effectuent leur première sortie de parents radieux au vernissage de Bublex à la galerie BF15. Claudius supervise le saucissonnage d’un gourdin « de bien belle taille » et enverre du vin blanc pour buveurs arty. En fuite de l’espace d’exposition saturé de curieux, Pierre Obrecht promet une de ses cartes de voeux, missives traditionnelles d’originalité. Clignez des paupières. Z2 bouge la tête en trainspotter sage scotché aux platines de Undo. À travers les ondes, terrifiques de psybody music, ventilées par le deejay barcelonais, La Marquise aligne des moments heureux pour Écho Sonore. Nous sniffons du poppers avec Super Pénélope et Stéphane V jusqu’à troubler notre équilibre. Vincent Carry refait le monde. Cyrille Bonin voudrait inventer un autre monde par l’écrit. Anne LS et Prousty lèvent le pouce au ciel et ne veulent plus s’arrêter de danser. Clignez des paupières fracassées par un trop plein de bonnes vibrations, l’intérieur bouffé par cet atmosphérique « The Difference It Makes » de The MFA. Samedi, je me fais bloquer par une femme sensible aux vestiaires de The Gallery. Elle lit cet édito. Elle m’apprécie. Elle me qualifie. Je ne me sens pas à ma place, veux fuir, ne pas entendre parler de ça. Je n’écris pour personne. Chaque fois qu’un lecteur de cette rubrique me regarde comme une personne sensible et importante (non parce que je représente un journal mais par ce que je peux représenter d’humanité errante), j’ai peur. Clignez des paupières. Sous les tentures blanches stroboscopées, Steven Redant malaxe l’anthem Xpress 2 à des beats rocky. Les enceintes tabassent à merveilles mais les coeurs n’y sont pas. Antoine S. me couvre de drinks et nous dissertons « pudeur, intimité et perversion » avant de cligner des paupières. Dans une course vers le petit jour, nos forces déclinent au 10, malmené par une horde de club kids vulgaires, au bord de l’Apothéose et dans La Jungle où un pseudo caillera pose sa tête sur ma cuisse et pleure. Je lui peigne doucement ses cheveux puis ferme les paupières.

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