Les yeux tristes

« Ce qui cloche ? C’est mon regard : j’ai les yeux tristes », s’ausculte Maxime, le sourire relevé et un verre d’absinthe en bordure de dents. Une de ces dernières nuits de décembre, je le regarde, construis un cadre autour de son regard avec mes mains croisées. Exactement. Le gentilhomme porte les yeux éteints. Comme d’autres, il remaquille cette tristesse par un menton animé, une bouche tordue de rires et un front bavard. Mais le regard demeure un judas.


Je pense alors à toutes ces figures qui défilent dans la nightlife, à ces regards qui ne pétillent plus et se griment d’artifices pour briller encore. Clignez des paupières. L’alcool sert au cerveau un échauffement lobotomique et je retrouve Anne LS dans la party organisée par Vincent Carry à l’occasion de l’anniversaire de Jésus-Christ. Personne n’ignore que le messie est déjà mort. Tous font pourtant comme si de rien n’était. Blandine Chrétien sort de l’absinthe du placard et nous grillons quelques synapses supplémentaires. En sous-sol, Z2 cherche une prise électrique pour brancher son écharpe de clignotants pour résineux. Richard B. (photo) passe sa nuit à éplucher des mandarines pendant que Le Petit Poucet se colle à Carla en la buvant d’un air enfantin et désirable ou que Prousty remanie son casque capillaire. Clignez des paupières. Agoria se qualifie comme « La Ruine » en suite d’un de mes écrits excessifs. Pseudonyme trouvé, nous partons boire quelques drinks au DV1. La Ruine débat spirit of music et défend la programmation des Nuits Sonores. Je glisse et charge les insultes pour Violaine Didier, co-programmatrice WASP du festival et accessoirement invitée des Subsistances pour mettre de l’arty ringard et somnolent dans les salles du laboratoire. Le dj-producteur trinque. Blandine boit des bières puis cligne des paupières. Quelques jours après une bûche dans le Triève, la paresse me ralentit dans de longs sommeils légers et nécessaires. Il y a de la rétrospective dans mon isolement. Ce chrono idiot qui impose un court souvenir avant la seule mort qui annonce une renaissance automatique. Voilà peut-être pourquoi cette débauche de fêtes forcées et dîners prestigieux : la nouvelle année fait suite à une fin qui n’en est pas une et n’imprime que des espérances ou résolutions. Clignez des paupières. Un matin d’insomnie proche du 31, deux pimpos se tassent contre mes cuisses à l’étage de L’Apothéose, grande nouvelle pour les incouchables borderline. Les deux veulent finir sous mes draps et se relaient pour sucer ma queue fatiguée. Même si le sexy des deux idiots me grandit l’ego, le manque d’envie me coffre dans le sofa. Clignez des paupières. L’an nouveau enferme Patrick, Christophe B. et Primabella pour un souper de luxe et une nuit qui n’en finit plus. Champagne sabré, baisers d’amour, discours d’alcooliques ininterrompus et fermeture de paupières sur le premier jour, le suivant.

Killers 2004

Les podiums nuiteux et imposés de l’année dernière :

club de l’année : DV1 (6, rue Violi, quartier des Terreaux). La disco crypto-gay est déjà un mythe par la grâce d’une programmation électro upperclass et d’un trip clubby chaud et souriant. Seule la porte est d’une sévérité incompréhensible.

bar de l’année : L’Escalier (rue de la Plâtière, quartier des Terreaux). Un bar de quartier. Un bar pour borderliners. Un bar pas cher et amourable.

soirée de l’année : Clash au DV1. Cette mensuelle labélisée par Lionel Maublanc est la seule en ville qui garantisse uplifting général, senteurs de sexe et musique chic (même un peu facile). L’édition présentant The Visitor fut mémorable. Mais également : Journées de réouverture des Subsistances, Bal des pompiers à la caserne Saint-Louis, et soirée de clôture des Nuits Sonores à la Tour Rose.

nightgroover de l’année : Patrice Béghain. Même s’il ne finit jamais les bras en l’air sur un dancefloor technoïsé, l’adjoint à la Culture peut aisément faire durer la nuit dans le beau. Mais également : Anne LS, Prousty et Blandine Chrétien dans son Kangoo rouge.

dj-set de l’année : Undo et Vicknoise à la piscine du Rhône pendant les Nuits Sonores. Ceux qui n’y étaient pas n’ont qu’à pleurer de jalousie. Mais également : Dj Flore et Josh Wink aux Nuits Sonores.

expo de l’année : Le Moine et le Démon au musée d’Art contemporain. On ne comprend pas pourquoi une exposition aussi haut de gamme et captivante a été présentée à l’approche de la trêve estivale, privant ainsi de nombreux visiteurs d’un ensemble de pièces impressionnables. Mais également : Panos des Kanardo et la visite nocturne du palais Saint-Pierre dans le cadre de son bicentenaire.

spectacle de l’année : The show must go on de Jérôme Bel à la Maison de la danse. Lorsque la non-chorégraphie, maîtrisée au silence près, provoque l’agitation et les questionnements des spectateurs. La perfection. Mais également : Fremdkoerper de Chris Haring lors de la Biennale de la danse, I Wouldn’t Be Seen Dead in That de Steven Cohen et Elu aux Subsistances, et I Apologize de Gisèle Vienne, Dennis Cooper et Peter Rehberg, toujours aux Subsistances.

0 comments on “Les yeux tristesAdd yours →

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*